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A propos de la participation des chrétiens au génocide rwandais

Tous n’ont pas été des bourreaux

Cyril MUSILA

04 / 1999

Après le génocide rwandais, l’Eglise catholique dans son ensemble a été mise en question. Le débat sur la participation des chrétiens rwandais dans le génocide est souvent formulé à travers cette question : comment des haines et des massacres ont-ils pu éclater dans un pays où le christianisme semblait si bien enraciné? Devant la question, l’Eglise rwandaise, à travers la hiérarchie et ses fidèles, s’est remise en question. Le scandale des églises et des lieux de culte transformés en abbatoirs par des massacreurs chrétiens a mené à remettre en question les méthodes d’évangélisation et l’oeuvre missionnaire de presque tout un siècle.

Si des chrétiens ont pris une part active dans le génocide, cela révèle la fragilité du christianisme rwandais, puissant en apparence par les moyens matériels qu’il a apportés dans ce pays, mais incapable de transformer les mentalités en profondeur. Ce sont en effet ces églises chrétiennes qui ont bâti les premières écoles, formé l’élite du pays, tenu les premiers dispensaires et centres de santé, et leur apport au développement social représentait une forte contribution.

Mais avec toutes ces oeuvres, l’Eglise du Rwanda s’était comportée comme une puissance politique, économique et sociale.

Les voies traditionnelles que l’Eglise avait choisies, notamment les oeuvres de développement et actions caritatives, les écoles et les dispensaires, n’ont pas été perçues comme signe d’un message de libération intérieure et d’épanouissement spirituel. Dans les luttes fratricides pour les pouvoirs et les possessions, les fonctions ecclésiastiques ont été perçues comme des sphères de pouvoir à arracher au même titre que les fonctions administratives.

L’autre mode de présence privilégié par les autorités chrétiennes était le terrain religieux, le terrain sacré. On avait trop vite jugé chrétien le fait que les fidèles venaient nombreux à la messe, le fait qu’ils aimaient le culte et recevaient les sacrements. La pratique révèlait certes la vitalité et le dynamisme de l’Eglise, mais un discernement était nécessaire entre évangéliser et rendre religieux, car la rencontre avec le Christ doit purifier la religiosité. Les manifestations religieuses et cultuelles, en tant que modes de présence de l’Eglise étaient alors à repenser.

Mais il y a des signes d’espoir pour l’avenir. A côté de ce tableau sur de l’Eglise, les communautés chrétiennes signalent la présence des étincelles qui brillent encore. Ces lueurs d’espoir sur lesquelles se fondent aujourd’hui l’élan de réconciliation sont des actes posés par quelques chrétiens pendant le génocide. Alors que la tendance générale aujourd’hui est de diaboliser en bloc, on note que des Hutus se sont cachés pour ne pas être forcés à commettre des tueries. Certains se sont enfuis, d’autres ont protesté en formant des ’cercles de fraternité et d’unité’, des communautés interethniques Tutsi-Hutu pour épargner les Tutsis des génocidaires. Des fraternités de prêtres, par exemple la fraternité Charles Foucauld, les communautés religieuses avaient dépassé les clivages Hutu-Tutsi. Au risque des représailles ou de vengeance, ils prenaient sur eux la responsabilité de cacher des personnes menacées de mort. Ces petits actes d’héroïsme vécus par des inconnus et des anonymes sont nombreux. Il existe dans certaines paroisses une recherche de ces témoins pour les mettre en valeur et corriger l’idée que l’Eglise a échoué toute sa mission au Rwanda.

Mots-clés

église catholique, communauté religieuse, médiation pour la paix, réconciliation nationale, conflit ethnique


, Rwanda

Commentaire

Les critiques ont été très sévères contre l’Eglise et ses oeuvres sociales, pourtant importantes dans un pays aussi pauvre. Mais les privilégier au point d’en faire le centre de la vie des églises a détourné des objectifs majeurs. Les prêtres, les évêques, selon ces critiques, se sont transformés en gestionnaires, en hommes d’affaires, s’identifiant parfois au pouvoir et au système décrié.

Devant le désir de connaître la vérité sur ses responsabilités dans le génocide et à cause du poids des massacres, l’Eglise du Rwanda s’est trouvée impuissante pour reconnaître que tout le monde n’était pas bourreau. Etaient -ce le complexe, la haine ou la vengeance de la société qui ont couvert ces actes de valeur? Alors qu’aujourd’hui la tendance est de construire la paix, ces exemples sont des valeurs sur lesquelles le Rwanda doit bâtir son avenir. Dans cette perspective d’avenir, l’Eglise devra mettre en lumière et faire l’éloge de tous ces exemples de bonté, de compassion et de fraternité chrétiennes. Grâce à eux, des coeurs blessés et déchirés pourront retrouver goût à la vie et croire de nouveau en l’homme.

Notes

Fiche réalisée dans le cadre de l’atelier ’religion et paix’, à la conférence de La Haye mai 1999 à partir d’un résumé des points de vue développés par plusieurs auteurs dans la Revue chrétienne Dialogue. Pour plus d’informations vous pouvez contacter l’auteur à l’adresse suivante : 66 rue des Cascades 75020 Paris Tel/Fax : (33)-01. 43. 49. 05. 82.

Source

Articles et dossiers

Dialogue, 1997/12 (Belgique), 201

Centre de Recherche sur la Paix - Institut catholique de Paris - 21 rue d’Assas, 75006 Paris FRANCE- Tel 33/01 44 39 84 99. - France - www.icp.fr/fasse/crp.php

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