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Swadyaya : aux sources de l’hindouisme

En Inde, un mouvement de masse transforme les villages par la spiritualité

Marlène TUININGA

03 / 1998

Opérer une transformation sociale par la spiritualité, tel est le défi que relève, avec autant d’enthousiasme que de discrétion, un mouvement de masse indien situé principalement dans la partie ouest du sous-continent. Et ceci, depuis cinquante ans. Comptant aujourd’hui plus de deux millions de membres, implantés dans environ quinze mille villages, ce village connu sous le nom de Swadyaya (mot sanskrit signifiant: se connaître soi-même)commmence aujourd’hui à connaître un début de notoriété. En 1997, en effet, son fondateur Pandurang Athavale reçut à Londres le célèbre prix Templeton pour le progrès de la religion.

Ni mouvement politique, encore moins secte, Swadyaya, se voulant ’holistique’, se situe à la charnière de la recherche spirituelle qui, en Inde, semblait depuis l’assassinat de Gandhi s’être repliée dans la sphère individuelle - et la transformation sociale. D’ailleurs certains ’Swadyayens’ n’hésitent pas à qualifier leur fondateur de successeur direct de Ghandi : Pour eux, celui-ci aurait repris la non violence là où le Mahathma - que le contexte de l’époque avait entraîné sur un terrain trop exclusivement politique- l’avait laissée sur le seuil du sens originel du concept de ’varadji’, la non-violence active par l’amour.

Agé aujourd’hui de 77 ans, Pandurang Shastru Athavale- ’ Ddadaji ’ (grand frère)pour ses disciples- lui-même, est beaucoup plus modeste. La philosophie de base de ce professeur de Veda, fin connaisseur aussi, des philosophies occidentales, est directement empruntée au grand texte sacré de l’hindouisme, le Bagavadh Ghita : Dieu est présent dans chaque être vivant, dans chaque homme, quels que soient sa croyance, sa race, sa caste, ou son sexe. Pour honorer Dieu présent dans son semblable, l’homme doit non pas chanter des mantras, mais donner de son temps, de son énergie et de sa compétence, de manière désintéressée. Concrètement cela veut dire que chaque disciple de Dadaji donne tous les quinze jours une journée entière de travail au service des autres, gratuitement, tout encaissement d’argent étant proscrit.

Recette à l’apparence simple. Pourtant au fil des quarante ans d’existence du mouvement- depuis exactement, qu’en 1948, Dadaji, entouré d’un groupe de jeunes intellectuels, décida de quitter Bombay pour aller porter sa bonne parole dans les villages de Maharasthra et du Gujarat - le temps, la compétence et l’énergie ainsi dégagés ont donné des résultats étonnants. Dans ces deux provinces, on peut visiter des fermes, des pépinières, des vergers - mais aussi des programmes alimentaires, des centres de formation, des bateaux de pêches, des temples polyvalents où les habitants de plusieurs villages regroupés viennent travailler, régulièrement et à tour de rôle. Une fois tous les quinze jours ils ont ainsi la possibilité d’échanger entre voisins qui, bien souvent, jusque là s’ignoraient, et créent ensemble ce que Swadyaya appelle ’ de la richesse impersonnelle ’. Les gains sont distribués aux nécessiteux de la communauté. Le tout, bien entendu, en conformité avec la pensée indoue, dans le respect de la nature, donc en faisant appel au maximum aux procédés biologiques. Et avec une créativité qui, dans un fonctionnement sans hiérarchie, fait appel à la créativité de tous.

Mots-clés

hindouisme, dialogue interreligieux, participation paysanne, changement social, islam


, Inde, Maharashtra, Gujarat

Commentaire

Le résultat - tel que j’ai pu vérifier dans la région de Vadodara (l’ancien Baroda), située au Nord de Bombay - est que le climat social dans les villages touchés par Swadyaya s’est transformé du tout au tout : on n’y trouve plus de barrières entre les castes, il n’y est plus question de dot au moment du mariage, belles-mères et belles-filles se parlent, les pères de famille commencent à abandonner leur comportement patriarcal. Et surtout, les agriculteurs et leurs fils qui, attirés par les mirages de la société de consommation et de la ville, rêvaient, avant de travailler en usine, se reconnaissent fiers d’être paysans.

Quel pourrait être l’impact de cette pensée extraordinairement vivifiante transposée à d’autres religions et à des cultures non villageoises ? Les Swadyayens sont pour leur part persuadés de sa valeur universelle. Il est vrai que même à Bombay, Dadaji a pu, réunir sur la place du centre ville un public de centaines de milliers de personnes. Dans certains villages, les habitants ont construit des lieux de célébrations entre Hindous et Musulmans. Sur place mais aussi à l’étranger, de plus en plus de pasteurs et d’intellectuels chrétiens se montrent intéressés.

En faisant appel à ce qu’il y a à la fois de plus ancien et de plus profond dans chaque religion, Dadaji et Swadyaya auraient-ils trouvé la ’ pierre philosophale ’ de l’unité retrouvée entre action et réflexion, entre homme et nature, entre public et privé ? Toujours est-il que les hommes et les femmes enthousiastes que j’ai rencontrés sont la preuve vivante que l’être humain est capable de se mettre en mouvement pour autre chose que l’argent ou la quête du pouvoir : pour les autres et pour le don de soi.

Notes

Contact : SWADYAYA, Sat Vichar Darshan, Nirmal niketan 2, Dr Bhajekarlane, Mumbai 400 004

Source

Témoignage ; Texte original

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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