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La religion : vase communicant de violence et de paix

L’ambiguïté de la religion relève de l’ambiguïté du sacré

Elena LASIDA

04 / 1999

La religion apparaît aujourd’hui comme cause de conflit et de guerre dans plusieurs parties du monde : entre catholiques, musulmans et orthodoxes en Europe de l’Est, entre catholiques et protestants en Irlande, entre juifs et musulmans en Israël,...

Elle apparaît également comme médiatrice dans la résolution des plusieurs conflits inter-communautaires : dans les Conférences Nationales des pays africains, dans la fin de l’appartheid en Afrique du Sud, dans la fin de la guerre civile au Guatemala.

La religion semble ainsi véhiculer les passions les plus guerrières et les actions les plus pacificatrices. Elle est traversée par l’ambiguïté. Elle délimite l’appartenance communautaire, et de ce fait crée souvent des divisions à l’intérieur même d’une unité nationale, et en même temps elle unifie au-delà des frontières locales et des identités nationales. Elle masque souvent des rivalités qui relèvent de différences culturelles, sociales, économiques, politiques ou autres, et en même temps elle leur sert de moyen d’expression. Quand elle pousse à la violence et à l’affrontement, elle cache souvent d’autres causes de conflit ; et quand elle aide au processus de paix, elle sert plutôt à révéler et à dire ce que dans la logique guerrière ne peut pas être dit. Quand elle est revendiquée comme cause de violence elle intègre et homogénéise toutes les différences identitaires sous l’identité confessionnelle. Quand elle devient instrument de paix, quand elle rend possible le pardon et la réconciliation, elle désintègre pour unir autrement. La religion ’contient’ donc la violence dans les deux sens du terme contenir : elle la recèle et lui fait barrage ; elle la porte et l’arrête ; elle l’enflamme et l’endigue.

Cette ambiguïté observée dans le rôle joué aujourd’hui par la religion dans plusieurs des conflits locaux et internationaux, pose la question de sa nature. Identifier les facteurs qui expliquent cette ambiguïté peut aider à trouver des moyens pour désarmer sa potentialité guerrière et pour se servir de sa potentialité pacificatrice. A cet égard la théorie de René Girard sur le sacrifice nous semble ouvrir des pistes intéressantes. Selon cet auteur, cette ambiguïté est propre à la logique sacrificielle. Le sacrifice constitue en lui même un acte violent et de ce fait recèle la violence, et en même temps il apaise les violences intestines et empêche les conflits d’éclater. Girard explique ainsi à travers le sacrifice, la constitution et la stabilité des sociétés primitives. Mais à travers cette théorie du sacrifice, il dévoile la logique du sacré. La violence et le sacré apparaissent comme inséparables. Le sacré dans le religieux primitif apparaît comme une ’combinaison étrange de violence et de non-violence’. Il domestique la violence, la règle, l’ordonne, la canalise, afin de l’utiliser contre toute forme de violence proprement intolérable. Le sacré permet ainsi de passer d’une violence pernicieuse à une violence bénéfique.

Dans le religieux contemporain le sacré a pris d’autres formes, mais il est toujours traversé par ce rapport ambivalent envers la violence. En effet, quand le religieux sert à arrêter la violence tel que le sacrifice dans les sociétés primitives, il le fait en passant par un autre type de violence. Il ne s’agit plus d’une violence physique mais d’une violence morale et spirituelle, car le pardon et la réconciliation font toujours violence à l’autosuffisance individuelle et communautaire.

L’ambivalence guerre et paix identifiée dans la religion apparaît ainsi comme deux formes de violence dans la logique du sacré. Identifier cette ambivalence dans chaque conflit et dans la forme cultuelle de chaque religion aiderait peut-être à la faire basculer d’un pôle à l’autre, d’arme de guerre à instrument de paix.

Mots-clés

violence, paix, religion, religion et violence, sociologie de la violence


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Notes

Fiche réalisée dans le cadre de l’atelier sur ’ Religion et Paix ’, La Haye, mai 1999.

René Girard est un anthropologue français qui a proposé une théorie générale sur l’origine du social à partir de l’étude de la place et de la fonction du sacrifice dans les sociétés dites primitives. Il a ainsi contribué à dévoiler des rouages de la violence au sein même du comportement humain et de la constitution du lien social.

Source

Livre

GIRARD, René, La violence et le sacré, Grasset, 1972 (France)

Centre de Recherche sur la Paix - Institut catholique de Paris - 21 rue d’Assas, 75006 Paris FRANCE- Tel 33/01 44 39 84 99. - France - www.icp.fr/fasse/crp.php

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