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Le Collectif de Lutte contre l’Impunité au Burkina Faso

La société civile se mobilise contre les assassinats orchestrés par l’appareil d’Etat

Augustin Kounkine SOME

02 / 2001

La naissance du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques, appelé ’ collectif pour la lutte contre l’impunité ’ ou tout simplement ’ le Collectif ’, est la manifestation d’un ras-le-bol de la population burkinabé face aux dérives totalitaires et répressives de la IV° République.

En effet, après l’adoption d’une constitution en 1991 à la suite d’une période révolutionnaire de 8 ans qu’a connu le pays, on s’attendait à une vie politique basée sur le respect de la loi. Mais au contraire on constate un regain de violence étatique typique, sinon plus forte que celle des années d’exception. Cette violence s’exerce tant sur les individus que sur les groupes d’individus. On assiste ainsi à des assassinats politiques connus des Burkinabé sous les appellations d’ ’accidents’, à des détournements et à des répressions policières sévères.

Quelques exemples :

-deux élèves sont tués par balles tirées par les forces de l’ordre lors d’une manifestation de lycéens à Garango en 1996

-des gendarmes battent à mort Auguste Pépin Ouedraogo, un agent de la société nationale d’électricité

-en 1992, le leader du principal mouvement d’étudiants d’alors est enlevé, torturé et tué. Jusqu’à ce jour ses parents ne savent pas où se trouve sa tombe

- en novembre 2000, un élève d’une école primaire, âgé de douze ans à peine, est tué par balle lors d’une manifestation de scolaires à Boussé dans une localité non loin de Ouagadougou.

-Le chauffeur du frère cadet du président de la République, François Compaoré, accusé de vol, est enlevé et battu à mort par des éléments de la garde présidentielle. C’ est en enquêtant sur cette violation flagrante du droit à la vie que le journaliste Norbert Zongo perdra lui-même la sienne, carbonisé avec trois de ses compagnons dans le véhicule qui le conduisait au village.

Face à ces violations des droits de la personne, des organisations de la société civile dont le Mouvement Burkinabé des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP), l’Association des journalistes du Burkina (AJB), l’ Association des jeunes Avocats du Burkina, (AJAB), la Confédération Générale des Travailleurs du Burkina (CGTB)et des partis politiques (Parti pour la Démocratie et le Progrès du célèbre Historien Joseph KI - Zerbo)se sont réunis. Ils forment un collectif pour dire ’ trop c’est trop ’ et revendiquer justice, car les assassinats s’amoncelaient sans que leurs auteurs ne soient nullement inquiétés par la justice.

Le mouvement ’ trop c’est trop ’ prenait la forme de meetings, marches, grève, sit-in, déclarations, de journées mortes dites ’’vendredis noirs’’ ou ’débrayage actif’’. Ces actions ont obligé la justice à s’activer et à prendre ses responsabilités. C’est ainsi qu’on est arrivé au démantèlement de la garde présidentielle qui était composée de militaires impliquée dans certains forfaits, au jugement et à la condamnation des auteurs de la mort du chauffeur, à, la création de plusieurs Commissions d’enquête dont la Commission pour la réconciliation nationale chargée de l’examen des crimes de sang résultant de la violence en politique et des crimes économiques (détournement de deniers de l’état, fraude etc.), et celle chargée de la mise en oeuvre des recommandations issues du Collège des sages (qui est des commissions de sages religieux et coutumiers en vue de proposer des voies de sortie de la crise)et d’autres commissions.

Toujours sous la pression du Collectif, l’affaire Norbert Zongo connaît un traitement spécial car un juge d’instruction a été désigné et bénéficie de beaucoup d’avantages et de libertés pour faire la lumière sur cet assassinat.

Pour comprendre pourquoi le Collectif a remporté des succès, il faut savoir que la société civile burkinabé a une culture et une force de mobilisation quand il s’agit de l’intérêt général. En se référant à l’histoire on se rappelle le soulèvement populaire du 03 janvier 1966 initié par les syndicats qui a conduit à la chute du pouvoir de Maurice Yaméogo, premier Président du Burkina Faso. Cette date est d’ailleurs commémorée chaque année.

A cela il faut ajouter une cause exogène qui est le portage politique extérieur et la médiatisation des actions du Collectif par Reporters Sans Frontières, une association internationale de journalistes. D’ailleurs Robert Ménard, Secrétaire général de RSF sera expulsé puis interdit d’entrée sur le territoire du Burkina.

Mots-clés

indépendance de la justice, société civile


, Burkina Faso

Commentaire

A l’image de la mobilisation des scolaires ayant conduit à la chute de Président Moussa Traoré au Mali, ou celle des Ivoiriens qui ont dit non à la dictature du Général Robert Gueï, il faut que la société africaine (et en général les forces sociales de par le monde)comprenne que seule leur mobilisation peut conduire à une amélioration dans la façon de gouverner nos sociétés ; que seule une société civile forte peut valablement influencer durablement sur les politiques. L’expérience burkinabé est une invite à la persévérance pour une société civile africaine et mondiale plus forte.

Source

Récit d’expérience ; Texte original

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