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Un problème environnemental transformé en source de revenu

Cas de la jacinthe d’eau douce en compost chez des jardiniers de Jarela (Bamako Mali)

Hameye Timbaleck TRAORE

12 / 1999

Plante ornementale introduite par le colonisateur français à partir de la Guinée-Conakry, la jacinthe d’eau douce, appelée ’bagani’ en bamanan est devenue si envahissante qu’elle a fini par poser un sérieux problème environnemental sur le fleuve Niger (Mali). Notons, entre autres méfaits : l’obstruction de la surface de l’eau rendant difficile la navigabilité du fleuve,l’étouffement de la faune et de la flore aquatique.

L’ONG Assistance - Reconversion - Développement (AREC-DEV)en collaboration avec un Groupement d’intérêt Economique (GIE)de 30 maraîchers de Niarela a mené une expérience de valorisation de cette plante nuisible en la transformant en un fertilisant actuellement commercialisé pour le bien des jardiniers de la zone.

OBJECTIFS DU PROJET :

- Former les 30 membres à la conservation et à la protection de l’environnement et particulièrement aux méfaits de la jacinthe d’eau et des engrais chimiques.

- Former le GIE à la technique de production du compost à partir de la jacinthe d’eau douce et faire ressortir et valoriser les pratiques et savoir-faire paysans dans le domaine.

- Défricher 4 ha de jacinthe d’eau, dans les zones de pêche, les canaux de navigation...

- produire à titre expérimental 2 t de compost.

- Amener le GIE à pérenniser les actions du projet : auto-production, auto-consommation, auto-gestion, auto-financement.

LES ACTIVITES :

L’ONG a fourni le matériel nécessaire : pirogue-brouettes, pousse-pousse, houes, pics, pelles, gants, bottes, rüteaux..., la matière additionnelle : urée, paille, phosphate, chaux éteinte, bouses de vache, polyéthylène, et le personnel qualifié : un microbiologiste, un chargé de projet, deux animateurs agro-forestiers. Les membres du GIE, dont 8 femmes, ont fourni la main d-oeuvre : arrachage et transport de la jacinthe, creusement et remplissage des fosses...

Formations théoriques et travaux pratiques se sont déroulés de manière concomitante pendant trois mois, à l’issue desquels 21 fosses ont été remplies et 4,112 t. de compost produites. La technique a consisté à creuser des fosses (1mx1mx6m)étanches grâce à la pose de polyéthylène dans le fond et sur les parois, à les remplir de couches successives de jacinthe hâchée, améliorées à l’urée, au phosphate, à la chaux éteinte, à la cendre et aux bouses de vache. Le tout recouvert de paille et arrosé matin et soir pour maintenir le mélange humide.

Les échanges avec les paysans nous ont permis de réaliser que ces derniers avaient déjà utilisé la jacinthe d’eau douce comme biofertilisant. En effet, selon un jardinier, quelque part dans son champ de mil, une année, il y eut des pieds de jacinthe d’eau douce jetés là. Quelle surprise pour sa famille et lui de constater la saison dess pluies venue que les pieds de mil étaient plus vigoureux et rendaient mieux à cet endroit ! L’année suivante, la famille arracha des pieds de jacinthe et en parsema le champ. L’opération fut encore conluante.

EXPERIMENTATION -EVALUATION :

Après 3 mois d’existence des fosses, des échantillons ont été prélevés pour les expérimenter sur 3 parcelles de 10m2 :

- parcelle A=10 m2 de salade sans aucun engrais.

- parcelle B=10m2 de salade avec urée-phosphate.

- parcelle C=10m2 de salade avec compost.

15 jours plus tard, il y avait une nette progression de la parcelle C par rapport à A et B, et de la parcelle B par rapport à la parcelle A. Il en est ressorti que le compost amélioré ainsi produit est de meilleure qualité que le mélange urée-phosphate.

Ensuite avec les paysans nous avons calculé le coût de revient du kg de compost à partir des investissements : amortissement du matériel pendant 3 mois, coût des matières premières pour 1 kg et estimation pour la même période du temps de travail. Le résultat : 82,60 FCFA, est à comparer aux 300 FCFA pour l’urée et aux 400 FCFA pour le phosphate.

Mots-clés

fertilisation du sol, espèce végétale, pollution de l’eau, agriculture et environnement


, Mali

Commentaire

: Les paysans organisés en GIE ont pris conscience des problématiques environnementales que pose la jacinthe d’eau douce. Ils ont pu aussi s’appuyer sur leurs expériences personnelles pour rendre économiquement utile cette plante aquatique reconnue nuisible par tout un chacun.

Les paysans, les communautés disposent d’un savoir-faire qu’il faut valoriser pour aboutir à une réelle dynamique de développement.

Notes

: Fiche rédigée dans le cadre de l’atelier de rédaction organisé pendant le séminaire Dph de Lomé (29/11/99-05/12/99).

Source

Récit d’expérience ; Texte original

AREC DEV (Assistance Reconversion Développement) - BP E 3475 Bamako, MALI - Tel/fax : (223)28 55 25

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