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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

L’opération ’Ville Propre’ à Yaoundé

Le ministère de la ville, dans le cadre de sa politique d’amélioration du cadre de vie, détruit les maisons et traumatise les habitants

Jules ABAH ONANA

02 / 2001

Pour un défi, c’en est un. La jeune Bebico est l’une des rares femmes à coiffer les hommes dans la capitale camerounaise. Formée à Bamenda, elle exerce à Yaoundé depuis 1997. Très vite, son salon est devenu une curiosité et bientôt le préféré de tous les salons de coiffure pour hommes de la zone. Elle a choisi comme site le quartier estudiantin de Ngoa Ekele. 100 frs CFA pour la barbe, 200 ou 300 frs CFA pour la tête, voilà les tarifs chez BEBICO COIFFURE. Soudain, au mois de novembre 1998, Bebico va vivre avec plusieurs habitants de la capitale une nuit mouvementée, un vrai cauchemar avec la destruction au bulldozer des maisons.

- Quand avez-vous appris qu’on allait détruire les constructions situées en bordure des routes à Yaoundé ?

- Je l’ai appris par la rumeur qui disait qu’on va casser mais pour moi tout cela n’était que rumeur.

- Etes-vous allée voir le chef de quartier ou de bloc pour en savoir plus ?

- Non je ne suis pas partie voir le chef de quartier.

- Etes-vous allée au ministère de la ville ?

- Non plus. En fait je ne sais même pas qui a démoli nos maisons.

- C’est donc ainsi que les autorités ont mis une croix en signe de destruction imminente sur votre salon de coiffure ?

- Oui, on a mis une croix. Mais je n’étais pas là. On ne m’a pas non plus laissé de note. Pour ce qui est de la croix, certains ont commencé à l’effacer de leur propre gré. Pourtant, d’autres ont été détruites sans croix au préalable.

- Combien de jours vous a-t-on donné pour quitter les lieux ?

- Trois jours.

- Après la destruction, avez-vous eu une rencontre avec le chef de quartier ou de bloc ?

- Non.

- Avez-vous eu une rencontre avec le Ministre de la Ville ?

- Non. Nous n’avons même pas eu la visite des autorités de la commune. Je vous rappelle que la destruction de nos hangars a eu lieu au mois de novembre 1998 alors que nous payions à peine nos impôts libératoires.

- Pendant combien de temps avez-vous réussi à vous réinstaller ?

- Un an. Les bailleurs ont levé les montants de loyer. En plus, la destruction ordonnée par le Ministère de la Ville s’est faite pendant la nuit ; si bien que certains commerçants ont carrément vu leurs marchandises emportées dans l’opération. Imaginez vous-mêmes quelle peut être leur situation actuelle...

Mots-clés

éducation à la citoyenneté, quartier populaire, accès à l’information


, Cameroun, Yaoundé

dossier

Pour un partenariat entre habitants et collectivités locales en Afrique

Expériences de démocratie participative

Commentaire

Cette opération musclée d’assainissement de la ville de Yaoundé lancée par le tout premier ministre de la ville en 1998, a démontré qu’entre les autorités, les élus et les habitants, il n’y a pas toujours la connexion souhaitée. Car comment imaginer que le chef de quartier ou de bloc ne soit pas impliqué dans une telle opération, lui qui aurait peut être pris le soin d’informer ses résidents ? Au delà de la concertation avec les maires, le ministère de la ville ou même les élus locaux n’ont pas pu réunir les populations. Il a sans doute été passé plusieurs communiqués sur les ondes de la radio et télévision nationale, mais cela ne peut remplacer le contact direct avec les principaux concernés et la pédagogie de l’écoute sans laquelle tout dialogue est voué é l’échec...

Notes

Entretien avec BEBICO, Félicita Anne

Source

Entretien

Club Djamboula - BP 12639 Yaoundé, CAMEROUN - Tel / Fax (237)22 00 07 - Cameroun - djamboula (@) yahoo.com

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