español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Les femmes burundaises dans la sphère publique

Epimaque BAMBONEYEHO, Richard NZISHURA

02 / 2001

Au Burundi, la femme est et reste le pilier de la vie communautaire, mais son accès dans les instances de prises de décisions laisse à désirer. De la royauté en passant par la période coloniale jusqu’à nos jours, elle a toujours été écartée dans la gestion de la communauté. Sous la royauté la femme jouait le rôle symbolique de désigner le futur roi. En effet, de par la tradition, l’héritier devait naître avec des semences. Ce sont donc les sages-femmes qui, après l’accouchement, mettaient dans les mains de l’enfant quelques grains de sorgho, ce qui lui conférait un droit inviolable de succéder à son père.

Un autre rôle, non moins symbolique, alloué à la femme à cette époque était de garder le tambour royal, symbole du pouvoir. Ainsi, ’MUKAKARYENDA’ (’femme de KARYENDA’)était choisie par le roi lui-même pour entretenir ’KARYENDA’ : le Tambour.

Dans un seul cas la femme exerçait le plein pouvoir : lorsqu’un roi décédait, la mère du futur successeur assurait la régence en attendant la maturité de ce dernier. C’est ainsi que par exemple, entre 1908 et 1915, la reine Ririkumutima a régné après la mort du roi Mwezi Gisabo en attendant la maturité de Mutaga Mbikije.

De nos jours, l’accès aux instances de prise de décisions dépend en premier lieu du niveau scolaire, voire universitaire.La colonisation ayant favorisé les hommes, ceux-ci se retrouveront en nombre imposant comme cadres et hommes politiques au détriment des femmes.La scolarisation des femmes sera consécutive au besoin éprouvé par les hommes lettrés d’épouser des femmes scolarisées. Petit à petit, la volonté de dépasser la mentalité qui confinait la femme au ménage s’est affirmée, même si les femmes ne poussaient pas très loin leur formation.

Concrétement, la scolarisation des femmes s’est poursuivie comme suit selon le bureau de la planification et du département de l’enseignement primaire :

De 1983 - 1983 : 37,31 % des filles ; 1987 - 1998 : 44,04 %; 1992 - 1993 : 45,03 % ; 1996 - 1997 : 45,45 %

Selon la même source, le nombre de filles scolarisées diminue au fur et à mesure que l’on monte de niveau. Ainsi, l’année scolaire 1997-1998, on a 44,9% des filles à l’école primaire, 36,5% de filles à l’école secondaire et 26,8 % dans les institutions supérieures.

A l’université du Burundi, on les trouve réparties dans toutes les facultés et instituts, mais leur préférence est en grande majorité : la faculté de Psychologie et sciences de l’éducation(F.P.S.E), l’institut de pdagogie appliquúe (I.P.A),la faculté des lettres et sciences humaines (F.L.S.H), la faculté de droit et faculté des sciences économiques et administratives (F.S.E.A.). Cette diminution a des répercutions sur le nombre des femmes pouvant accéder aux instances de prise de décisions. Ainsi par exemple, depuis l’indépendance jusqu’en 1982, aucune femme n’a été nommée ministre et jusqu’à nos jours aucune femme n’a été haut gradée dans l’armée. L’entrée historique d’une femme dans l’armée burundaise date de 1993. Depuis 1982, deux femmes ont été nommées ministres sur une équipe de 16 minstres, en 1987 on aura 2 sur 20 ministres. En 1990, on a 2 femmes sur 24 ministres, 2 sur 24 en 1993 et 1 sur 22 en 1998. Comme chefs de cabinet, on a 2 sur 23 en 1993 et 2 sur 22 en 1998.Comme directeurs généraux, on a 2 sur 79 en 1990; 4 sur 81 en 1993 et 1 sur 40 en 1998. Comme administrateurs communaux on a 2 en 1993 sur 114, comme ambassadeurs, on en a 1 sur 22 en 1993 et 2 sur 16 en 1998. Comme conseillers d’ambassade on a 6 sur 47 en 1990; 6 sur 47 en 1993 et 5 sur 23 en 1998,comme secrútaire d’Ambassade on a seulement 1 sur 6 en 1993Quand à la participation des femmes à l’Assemblée Nationale, on note 1 sur 49 en 1965, 6 sur 65 en 1982, 10 sur 81 en 93, 10 sur 81 en 94, 9 sur 81 en 1996, 9 sur 56 en 1997 et 17 sur 117 en 1998.

Au niveau de la justice, en octobre 1998, on a 3 femmes sur 12 conseillers supérieurs de la magistrature, trois sur sept à la cour constitutionnelle, deux sur onze à la cour suprême, une sur huit au parquet général de la république, quatorze sur cinquante deux à la cour d’appel et cour administrative, deux sur quinze aux parquets généraux près de la cour d’appel, 8 sur 49 au parquet de la république, 24 sur 92 au tribunal de grande instance, de commerce, du travail; 9 sur 153 officiers de police judiciaire et 76 sur 439 tribunaux de résidence (Sources : Ministère de la justice).

D’après la banque de la république du Burundi, la répartition des postes entre hommes et femmes est de 39,8%

de femmes. Notons que dans cette banque les femmes n’ont pas encore accès aux postes de direction et qu’elles occupent majoritairement des postes subalternes.

Dans d’autres banques et institutions financières selon la source : Banque de Crédit de Bujumbura (B.C.B.)- Banque Nationale de Développement Economique (B.N.D.E.)- Caisse de Mobilisation et de Financement (CAMOFI)- Société Commerciale d’Assurence du Burundi (SOCABU)- Institut Nationale de Sécurité Sociale (I.N.S.S.)- Mutuelle de la Fonction Publique (M.F.P.)en septembre 1998, la répartition des postes est de l’ordre de 37% pour les femmes. Quant à l’accès aux crédits mobiliers accordés au personnel par quelques banques commerciales et institutions financières, seuls 26% sont accordés aux femmes.

Il est vrai qu’il y a une amélioration au niveau général de l’accès des femmes dans les instances de prise de décisions comparativement à leur nombre avant et après l’année 1982.

Cependant, beaucoup de chemin reste à parcourir, et le premier problème majeur reste la scolarisation des filles. Conscientes de leur sort, les femmes se réunissent dans des associations pour mieux revendiquer leurs droits, bien que les hommes ne leur facilitent pas la tâche. On peut illustrer cela par ce même fait que des hommes politiques burundais présents à Arusha pour les négociations de paix ont catégoriquement rejeté la requête des femmes d’être représentées dans ces négociations, leur accordant seulement le statut de simples observatrices.

Mots-clés

pouvoir, femme, accès des femmes à la politique, Etat et société civile, changement culturel


, Burundi

Notes

Fiche rédigée lors de la formation Dph organisée par le CIMLK, du 9 au 23 décembre 2000 à Bujumbura.

Source

Rapport

SABIMBONA, Sabine et alii., Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, 1999 (Burundi); <NTIBAZONZIKA, Raphaël>, Au royaume des Seigneurs de la lance, de l'Indépendance à nos jours, Tome 2, Bruxelles, DUCULOT, 1992;; <MWOROHA, Emile et alii>, Histoire du Burundi : Des origines à la fin du XIXeme siècle, Paris , Hatier, 1987, 272 p.

CIMLK (Centre International Martin Luther King) - BP 14 Bujumbera, Burundi - Tel 00 257 242057 - Fax 257 241500 - cimlk@cbinf.com -

contact plan du site mentions légales