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Capitaliser la capitalisation d’expériences pour améliorer les méthodes et mieux faire ensemble

Pierre CALAME

03 / 2001

Ce travail de capitalisation de la capitalisation s’insère dans une longue série de slogans de gauche -’il est interdit d’interdire’ et de droite - ’terroriser les terroristes’ -. Ces slogans sont du type ’moins par moins fait plus’. Nous sommes ici, je l’espère, dans une toute autre logique : ’capitaliser la capitalisation’ ou ’la capitalisation au carré’ ; capitaliser la capitalisation pour apprendre ensemble à la faire mieux, à en tirer meilleur profit.

Elle s’inscrit dans une série de démarches parallèles, entreprises depuis quelques années et qui visent toutes à enrichir les méthodes du travail collectif.

Le premier pas dans cette direction fut le petit recueil de 1994, intitulé ’L’essentiel est aux cuisines’ où nous avions cherché à mettre sous une forme transmissible l’expérience interne de la fondation en matière d’outils de gestion de l’information et de la mémoire. Puis sont venus, depuis deux ans, d’autres recueils à visée méthodologique, sur le fonctionnement des réseaux, sur l’organisation des rencontres, sur les usages innovants d’une banque d’expérience.

La fondation s’étant construite autour d’une question fondamentalement méthodologique, ’comment faire pour mobiliser les savoirs accumulés au service de l’humanité ?’ Il fallait bien que la question des méthodes y fût constamment abordée. Très rapidement, la séquence action-réflexion-action s’est révélée centrale, au même titre que l’échange d’expériences, qui repose lui sur une mathématique particulière, celle des biens qui se multiplient en se partageant. Les méthodes elles-mêmes relèvent de cette mathématique : elles ne s’enrichissent qu’en se partageant.

Tous les documents méthodologiques produits ces dernières années sont construits eux-mêmes selon la même méthode d’échange d’expériences, ’d’analyse clinique’, de rechercher des ’constantes structurelles’.

Nous réunissons un ensemble d’expériences, sous forme de fiches normalisées ’DPH’ et nous cherchons à dégager, en général collectivement, des thèmes qui reviennent régulièrement, des éléments qui à l’usage se révèlent décisifs pour la réussite ou l’échec d’une démarche. Ce sont ces thèmes qui structurent la présentation de l’ensemble des fiches d’expérience, chaque lecteur, disposant du même matériau, étant libre de construire sa propre grille d’analyse.

En quoi consiste cette ’capitalisation’ dont le nom fait problème, ce qui ne l’a pas empêchée de rentrer dans les mours et dans le vocabulaire au point qu’il faudra sans doute s’y résigner.

C’est une des formes de construction de la relation entre le spécifique et l’universel : comment produire un savoir général et transmissible à partir d’histoires qui naissent et se déroulent dans un contexte spécifique, non reproductible ?

Là où l’échange d’expériences met l’accent sur le partage des histoires entre personnes ou institutions différentes, la capitalisation met l’accent sur la constitution d’une connaissance au sein d’une seule et même institution, voire à travers une seule et même personne. On pourrait dire que la capitalisation reproduit les conditions mêmes de l’apprentissage, la manière dont depuis l’enfance nous combinons des expériences toutes spécifiques pour nous forger des convictions d’ordre général.

Pourquoi le mot ’capitalisation’, lui même à consonances hérétiques dans un milieu ’à but non lucratif’ confronté plus souvent à des questions de fin de mois qu’à des questions de gestion d’un capital ? il vient précisément de la différence entre accumulation et capitalisation. L’accumulation, c’est l’entassement de billets sous le matelas, jusqu’au jour où on s’aperçoit qu’ils n’ont plus cours.

La capitalisation c’est tout le contraire ; c’est l’articulation des expériences entre elles pour les transformer en investissement. En investissement immatériel bien sûr mais n’est-ce pas le plus précieux de tous ? Et le secteur à but non lucratif, s’il croit à l’importance et à la difficulté de son rôle dans les sociétés d’aujourd’hui et de demain n’a-t-il pas pour premier devoir cet investissement immatériel ?

Il y a, dans le mouvement d’investissement la notion même d’épargne : se priver aujourd’hui pour mieux agir demain. Cette épargne, dans la plupart des organisations dont il s’agit ici, c’est tout simplement du temps. Du temps prélevé sur l’action quotidienne pour transformer en un savoir durable ce qui, sinon, n’est qu’expérience fugace vite évadée, corrodée par le temps qui passe.

Pourquoi faudrait-il avoir peur de l’économie ? il faut toujours, dans une entreprise en croissance, constituer des forces propres. C’est une démarche de même nature, mais, une fois encore, centrée sur l’investissement immatériel qui est en cause ici.

Il est courant de dire à propos des personnes ’il faut apprendre à apprendre’ pour apprendre toute sa vie. On peut en dire autant pour les institutions : elles ont besoin de devenir des ’institutions apprenantes’, soit en incorporant l’expérience chemin faisant, en un processus continu qui devienne une seconde nature, soit en se ménageant des poses régulières, un épargne temps pour capitaliser l’expérience soit... en faisant les deux.

Plus une société et un enjeu sont complexes, moins on a de cartes et d’itinéraires pour se guider avec assurance. Il y a alors besoin d’une vision et d’un référentiel (la boussole)et d’un art de la marche, du pilotage.

L’art de la capitalisation, que nous essayons de découvrir ensemble ici, par tâtonnement, en fait assurément partie.

Mots-clés

information, transfert de connaissances


, , France

Source

Texte original

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