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Capitaliser l’expérience : déstructurer, restructurer...

Vladimir UGARTE, Sylvie ROBERT

12 / 1999

La capitalisation est plus ou moins un système organisé tendant à structurer et à dégager l’essentiel des savoirs propres à une organisation ou à un individu. Qui dit capital dit richesse : chaque personne détient un savoir qui peut devenir, s’il est bien structuré et mis en forme, et confronté à d’autres thématiques, un capital, donc un pouvoir. Quelque chose qui a soit une valeur culturelle, soit une valeur par sa capacité à dégager des éléments de changement, de proposition, pour une personne ou pour une institution.

La capitalisation est plutôt une démarche, presque sociologique, qui implique plusieurs étapes et cheminements. Peu importe le cheminement et les escaliers que tu vas prendre, l’important est que ça réponde, non pas tellement à un but, mais à la forme avec laquelle tu vas entamer ces différentes marches. Peu importe le résultat. La capitalisation n’est pas le résultat d’un processus, mais le processus lui-même.

Il n’y a pas une seule façon de faire de la capitalisation mais il y a plusieurs critères qui sont incontournables dans la capitalisation. On peut ’ accoucher ’ de plusieurs méthodes de capitalisation. Un critère pourrait être : ’ avoir la capacité de se poser les bonnes questions ’, ’ avoir une capacité à s’éloigner du milieu dans lequel on est en train d’agir pour réfléchir ’. Ces critères peuvent se nommer : transparence, objectivité, subjectivité...

Je comprends cette idée du critère de l’impact, mais je ne sais pas comment la nommer. Cela répondrait à la capacité de la capitalisation de pointer du doigt ce que tout le monde croit être une valeur absolue, et qui en fait n’est qu’une idée galvaudée. C’est de l’ordre de l’innovation. Une capitalisation devrait aboutir à une remise en question des savoirs établis, ou d’une certaine pensée unique.

Il y a ce que j’appellerais le principe d’étonnement. Il faut accepter que le résultat de la capitalisation brise quelques idées qui faisaient partie de ton architecture institutionnelle et autour de laquelle tout le monde s’accordait. C’est arriver à se poser la question : en quoi ce que nous avons fait nous a changé et a permis de changer notre environnement ; et nos rapports avec les autres ?

Je pense qu’il ne faut pas miser sur l’objectif, mais plutôt sur la façon de faire. Tu peux t’interroger sur la capacité qu’a eu tel projet à transformer telle chose. Mais est-ce un objectif ? C’est se remettre en cause et cela implique un jeu de sincérité pour une organisation, et peut-être que les organisations ne sont pas faites pour être sincères vis à vis d’elles mêmes. Si tu mises uniquement sur l’objectif, ça va faire peur à tout le monde, personne ne voudra capitaliser. Untel ne voudra pas capitaliser parce qu’il risque son poste, l’organisation parce qu’elle ne recevra plus de financements de l’Union Européenne, le réseau X parce que ça va dévoiler sa façon autocratique de travailler. Il devrait y avoir des objectifs clairs, bien définis sur le papier, et des objectifs en toile de fond, sous-jacents à la méthodologie de la capitalisation.

Je pense que la capitalisation peut être soit un processus, soit un bilan d’étape. Cela dépend de la stratégie. Ce qui est important, c’est que les institutions intègrent la capitalisation comme un moyen d’évaluation. La capitalisation remplace la procédure d’évaluation. Mais il est aussi pertinent de faire des capitalisations ponctuelles. Tout dépend de l’objet sur lequel on travaille. Pour la FPH c’est facile, le processus de capitalisation est presque constant, puisqu’elle travaille sur les outils, sur les façons de faire plus que sur les objectifs.

Un autre principe serait celui de ’ création de la confiance ’ ou de ’ vérité ’. La capitalisation doit servir à créer des espaces de vérité. Pour qu’il y ait une remise en cause, il faut qu’il y ait une confiance. Au départ, il y a comme un contrat éthique, de confiance, qui doit être créé, car il y a des risques. La capitalisation peut tomber sur le bon ou sur le mauvais côté. Tout dépend comment tu la gères et tu ne peux résoudre ça que dans un processus de création de confiance.

Il faut différencier une capitalisation faite par quelqu’un d’externe dans une institution, je ne sais pas si on peut appeler ça une capitalisation d’ailleurs, même si c’est très en lien avec l’audit d’entreprise, les situations de crise, aux techniques de psychologie du travail, de résolution des conflits, de management entrepreunarial, de la capitalisation intra-institution, faite par un élément externe, mais avec une méthodologie interne. Je vois mal comment cette personne là peut faire une capitalisation si elle n’a pas instauré une relation de confiance avec les gens. Dans ce cas ce n’est pas une capitalisation, mais une évaluation. Elle va regarder les objectifs et les résultats. L’évaluation n’est pas la capitalisation, c’est un peu un audit. Le propre d’une évaluation, c’est de donner de la valeur, et qui dit valeur dit jugement, pris dans un système de rapports soient institutionnels, soit hiérarchiques.

La capitalisation est la capacité à déstructurer et restructurer les choses. C’est la force des histoires. C’est la capacité au même moment de changer de cap. Cela implique de sortir du cadre dans lequel on est, il y a un devoir de déstructuration avant la projection.

Les Européens appellent ’ capitalisation ’ ce que les Latino-américains appellent la ’ systématisation ’. Les Européens voient la systématisation comme étant une façon de coller la pratique à des structures, des systèmes mentaux, faisant la part belle à la capacité à destructurer pour recomposer ensuite quelque chose qui n’est pas forcément à mettre dans un moule. Pour les Latinos, la systématisation est plutôt un processus intelligent, et pas seulement une façon de faire.

Capitalisation et évaluation

Ce qui est en jeu fondamentalement dans la capitalisation, c’est de donner les outils pour être capable de voir ce qui est pertinent dans ce que tu as fait. ’ Pertinent ’ n’est pas forcément une valeur en terme de norme. Qui peut évaluer la pertinence, comment évaluer tout ce qui est matériel ? Mes partenaires me disent que beaucoup de bailleurs de fonds se posent les mêmes questions, celles de l’évaluation en termes autres que quantitatifs.

L’évaluation peut servir à la capitalisation comme le seraient des éléments comptables. Ca peut servir, mais l’un ne détermine pas l’autre. Les évaluations sont régies dans des cadres très rigides, mais en même temps, je vois mal une capitalisation sans faire appel à des évaluations sporadiques. On ne peut évaluer uniquement l’immatériel. Tout est dans la savante combinaison, connectique entre ces deux choses. C’est peut-être ça qui donne la pertinence. Un autre critère serait la durée. Une capitalisation ne se construit pas en deux jours, l’évaluation oui. Mais j’ai l’impression que ce sont des choses de nature différente. L’évaluation ne fait pas forcément appel à l’expérience.

On ne peut pas faire un dogme de la capitalisation.

Mots-clés

Notes

V. Ugarte : responsable de la politique DPH (Dialogue pour le progrès de l’Humanité)au sein de la PFH.

Source

Entretien

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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