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Entre les trente ans et les quarante ans de l’IRAM, deux capitalisations d’expérience et un problème de générations

François DOLIGEZ, Sylvie ROBERT

12 / 1999

En 1987, pour ses trente ans, l’IRAM a effectué un travail de synthèse historique sur l’histoire de ses interventions et de ses programmes, avec en particulier des interviews des membres fondateurs (Casamayor, Henryane de Chaponay)et aussi de gens liés à la première période d’existence de l’institut. Il y avait eu, sur la base des expériences dans les années qui ont suivi, un travail de réflexion sur les grands principes d’action de l’institut, ses idées fortes, une façon d’intervenir dans le domaine du financement local.

Entre 1987 et 1997, l’IRAM a connu un renouvellement et une croissance de son équipe avec l’arrivée d’une nouvelle génération qui n’avait pas forcément été associée à toute cette réflexion au sujet des trente ans. Je crois qu’environ deux tiers des salariés actuels ont été embauchés à partir de la fin des années 80. Dans le même temps, il y a eu également un renouvellement des membres du conseil d’administration même s’il reste composé pour la plupart d’’ anciens ’ de l’institut.

Il nous a donc semblé important de revenir sur l’histoire et les grands principes capitalisés en 1987, de faire un travail de remise à plat afin de voir dans quelle mesure ces idées fondatrices sont encore celles de l’actuelle équipe, si elles ont évolué, si elles commencent à changer en fonction de l’évolution du contexte et comment, aujourd’hui, elles se traduisent dans la pratique. Il s’agissait d’une entreprise de réappropriation et d’enrichissement de la mémoire collective dans la mesure où, parmi les ’ nouveaux ’ il y a quand même des gens qui ont des trajectoires très différentes : certains comme moi ont passé plusieurs années en Amérique latine, d’autres ont toujours travaillé sur l’Afrique, d’autres encore viennent des comités du développement local en France. Au-delà d’une bonne entente des membres de l’équipe, avions-nous vraiment les mêmes idées ? C’était une volonté de mise au point, certes à partir d’une relecture des expériences passées mais en se projetant aussi dans l’avenir : comment allaient évoluer les principes fondateurs de l’IRAM, quelles répercussions sur ses pratiques de coopération les évolutions très rapides en cours dans les pays du Sud.

Cela s’est fait en deux temps. Le premier temps a été consacré à la relecture du passé, à partir des rapports de l’époque. Puis, nous nous sommes dit qu’il fallait construire la réflexion aussi avec les partenaires du Sud les plus proches et nous sommes alors allés interwiewer une quarantaine de personnes, échantillon construit en fonction d’opportunités, de contacts, de voyages, d’une complicité déjà assez forte pour avoir un niveau de débat très ouvert. Les principales questions que nous posions étaient : ’ comment a évolué votre pays, votre région dans les dix années passées ? Qu’est-ce que ces changements impliquent pour les années qui viennent ? Quel rôle a joué la coopération dans cette évolution et comment la reconstruire, comment reconstruire des relations de coopération qui à la fois répondent aux enjeux des évolutions à venir et se construisent sur des bases un peu plus équilibrées, solides, etc.? ’

A la fin de l’année 1997, pour les quarante ans de l’IRAM, nous avions élaboré un document de synthèse ordonné en trois parties :

  • Les grandes transformations ;

  • La coopération à travers les expériences de l’IRAM mais pas forcément uniquement ;

  • Les nouvelles bases pour construire un projet de relation de coopération différente.

Puis ce travail a été repris pour faire l’objet d’une édition, avec le soutien de la FPH. Le parti pris de départ d’interroger nos partenaires a été renforcé dans le projet éditorial parce que c’est une parole que l’on entend peu finalement, malgré toute la légitimité qu’on lui donne dans le discours de la coopération.

Sur la pratique même de la capitalisation, nous sommes toujours à moitié frustrés à cause des conditions dans lesquelles elle s’est faite, c’est-à-dire que l’on aurait pu aller plus loin : par exemple, toute l’analyse sur les grandes transformations au Sud aurait pu être complétée, enrichie, mise en parallèle avec un travail plus systématique, d’analyse bibliographique, etc. Nous n’avons pas eu du tout les moyens de le faire ; c’est du temps, du temps de travail.

La dynamique de capitalisation a eu au moins le mérite de nous faire ressentir cela de manière beaucoup plus directe et beaucoup plus forte. Mais que fait-on une fois que l’on a compris ? Comment évolue t-on ?

Nous sommes à présent face à nos contradictions à l’IRAM, à l’impossibilité de maintenir des relations ’ longue durée ’, au problème de renouvellement des générations, face auquel nous sommes très démunis. De l’échange dans la durée... Du professionnel ou de l’institutionnel, on peut parler sur dix ans, mais cela reste une période délimitée. Cela nous est beaucoup revenu à la figure, parce que la capitalisation a été vécue à ce moment là, pour un certain nombre de gens avec lesquels on travaille, comme de la récupération : nous les aurions ’ utilisés ’. ’ Pourquoi est-ce que vous nous considérez comme des boîtes à archives ? ’, nous ont-ils reproché.

La capitalisation devrait apporter des éléments qui vont pouvoir être valorisés dans l’évolution institutionnelle de l’IRAM.

Mots-clés

France, Afrique

Notes

L’auteur est chercheur au sein de l’IRAM.

Source

Entretien

IRAM (Institut de Recherche et d'Application de Méthodes de Développement) - 49 rue de la Glacière, 75013 PARIS, FRANCE - Tél. 33 (0)1 44 08 67 67 - Fax 33 (0)1 43 31 66 31 - France - www.iram-fr.org - iram (@) iram-fr.org

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