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La capitalisation d’expérience de l’association Survie

Quand le public qui s’avère intéressé n’est pas celui qui était visé au départ...

François Xavier VERSCHAVE, Sylvie ROBERT

12 / 1999

Le problème de SURVIE est compliqué. On se bat depuis un certain nombre d’années au milieu de choses qui ne marchent pas. Et capitaliser des choses qui ne fonctionnent pas, c’est plus difficile !

Nous sommes tombés sans le savoir, car ce n’était pas notre choix, sur un obstacle en granit. Notre capitalisation, ce n’était pas pour dire : ’ on a réussi à percer un tunnel, on fait comme ci, et comme ça ’, mais plutôt : ’ on veut percer un tunnel, et on n’y arrive pas pour toutes sortes de raisons. Qu’est ce qui ferait que l’on puisse mieux s’y prendre ? ’. Peut-être est-ce le genre de combat qui met 20 ou 25 ans, car l’on touche à des points de crispation centraux.

Il y a sûrement des tas de choses qui sont sorties de cette capitalisation. Par exemple, ce qui s’est discuté avec les Africains a été l’instrument intéressant d’une prise de conscience maintenant décisive.

Nous écrivons auprès du public français, nous lui diffusons de l’information. Nous nous rendons compte que ce travail destiné à un public français passionne d’une manière incroyable les Africains. Ce que nous faisons est devenu une référence à travers toute l’Afrique, et même pour de grands médias européens ou d’outre atlantique. Nous écrivons pour les Français, et ça intéresse tout le monde sauf les Français. Mais en intéressant les Africains et les gens d’autres pays, ça fait évoluer de manière considérable les représentations. En Afrique, d’abord chez les partenaires européens de la France, cela produit aussi des effets politiques. A cause de nos publications, d’autres pays décryptent mieux le double langage de la France. C’est paradoxal, mais ça s’amplifie.

Nos livres ne sont pas écrits pour ce public étranger. Mais les Africains nous disent : ’ Finalement, en balayant devant votre porte, vous nous donnez accès à toute une part d’histoire qui nous a été cachée jusqu’à présent ’. Nous avons découvert cela à l’occasion de la capitalisation, lors d’une la table ronde avec les Africains.

De même, le travail avec les parlementaires a contribué à nous faire comprendre que cette voie que nous avions choisie, d’interpeller les parlementaires, était peut-être à ce moment là trop difficile.

La table ronde avec les militants a contribué à affiner notre prise de conscience des difficultés du travail civique.

Tout cela a été intégré dans notre réflexion stratégique, puisque la stratégie, c’est la dialectique entre les objectifs et les moyens, et que notre problème, c’est la faiblesse de nos moyens. On a un grand écart entre nos objectifs et nos moyens. Cela demande une réflexion permanente.

La référence à l’affaire Dreyfus me paraît de plus en plus pertinente (1). Cette affaire, structurante pour la société française, était au départ un combat pratiquement perdu d’avance, entre ceux qui revendiquaient la vérité et la justice et ceux qui brandissaient l’absolu de la patrie et l’honneur de l’armée. Grâce à la victoire du camp dreyfusard, il y a eu une profonde transformation de la structure mentale française. Finalement, il n’est plus tout à fait évident en France que la patrie doive l’emporter sur la justice et la vérité.

Ce qui paraît évident, c’est, comme dirait Aimé Jacquet, ’ le collectif ’, c’est à dire : ’ jouons tous unis du côté de la patrie ’. Certes il faut faciliter et réunir des énergies collectives et politiques, mais pas à n’importe quel prix.

Nous, nous faisons de la politique en prenant exactement le contre-pied des ressorts de la politique. Nous mettons en garde contre les ciments à prise trop rapide. On nous dit souvent : ’ Si vous avez des difficultés à faire passer votre message, c’est qu’il faut changer votre message ’.

Ce qui intéresse les Africains par rapport à nos ouvrages, c’est que ce sont des citoyens français qui écrivent pour les Français. Si on se mettait à écrire pour les Africains, ce serait une catastrophe. C’est fascinant : on écrit en français pour des Français, et les Français nous disent : ’ On ne comprend pas ’. Ils ne comprennent pas car ils ne rentrent pas dans le paysage. Les Africains, mêmes ceux qui ont fait peu d’études, comprennent tout, tout de suite. Jamais un Africain ne nous a dit que c’était trop compliqué, alors que des docteurs, des universitaires, nous disent ne pas comprendre. C’est extraordinaire.

On peut aujourd’hui comprendre plus vite certaines choses, mais on peut aussi être plus impuissant. On n’a pas forcément les remèdes. A partir du moment où on fait de la politique, on ne contrôle pas le jeu des acteurs qui ont une certaine liberté. On peut essayer de les combattre, mais pas de les supprimer. Il faut arrêter d’empêcher un certain nombre de gens en Afrique d’entrer dans l’écriture de leur propre histoire. L’ex-puissance coloniale doit cesser de choisir les acteurs à la place des gens. Mais entrer dans l’indépendance ne veut pas dire que l’on rentre au paradis. Il peut aussi surgir de très mauvais acteurs.

Mots-clés

relations réflexion action, diffusion de l’information, valorisation de l’expérience


, France, Afrique

Notes

(1)L’une des grandes crises politiques de la IIIème République française. Alfred Dreyfus, un officier juif, est condamné par le conseil de guerre à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée en décembre 1894 pour avoir livré des documents à l’Allemagne. Deux ans plus tard, on découvre que la trahison a été le fait d’un autre officier (non juif)mais celui-ci est ’ couvert ’ et on ne veut pas revenir sur le jugement. Le scandale éclate, Zola écrit le fameux ’ j’accuse ’ dans l’’ Aurore ’ en janvier 1898. La France se divise en ’ dreyfusards ’ et ’ antidreyfusards ’. La crise politique qui s’ensuit amènera au pouvoir la coalition des gauches, Dreyfus est gracié puis réhabilité en 1906. Le calme reviendra ; s’ouvre l’ère de la république radicale. F.X.Vershave est membre de Survie.

Source

Entretien

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