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La capitalisation d’expérience au risque de se perdre

La structuration du savoir issu de l’expérience indissociable de celle de l’être, individu ou collectif

12 / 1999

J’ai trouvé dans une lecture récente cette maxime : ’ Ne demandez pas votre chemin à quelqu’un qui pourrait le connaître ; vous risqueriez de ne pouvoir vous perdre ’.

Or c’est bien le risque de se perdre qui nous fait constamment chercher le chemin, dans la jungle des impressions, des rencontres, des savoirs. Il n’y a pas de capitalisation sans risque de perdre. Mais c’est quand même plus facile et plus fructueux, quand le travail de capitalisation se fait par échange.

Pour nous à la FPH, capitaliser, c’est capitaliser l’expérience. Cela part du constat que les gens ne rendent pas compte de l’expérience, dans ce qu’elle a de plus concret, de plus vécu, de plus charnel, d’historique, d’enraciné dans le temps et dans l’espace. Il n’y a pas ou peu de traces écrites. En revanche, on trouve souvent des textes de gens qui ont analysé de l’extérieur les réalités économiques, sociales ou autres, des textes de chercheurs, de journalistes ou d’universitaires.

La première fonction de la capitalisation, c’est que l’expérience d’un individu, d’une institution, d’un ensemble d’individus, au lieu de se limiter à une suite, à une accumulation de vécus, soit source pour eux d’un savoir construit, et donc que cette expérience devienne structurante, pour ceux qui ont eu de telles expériences.

Le deuxième effet, c’est qu’en leur demandant ou en les contraignant à structurer ce qu’ils tirent de leur expérience, à transformer en savoir le fruit de leur expérience, ils se structurent non seulement eux-mêmes, et sont donc plus efficaces dans l’action, mais de plus ils construisent un savoir qui peut être transmis à d’autres.

Est-ce que ça ne dépend pas de l’objectif initial ? La raison pour laquelle on entre dans un tel processus est un point essentiel. Le savoir constitué grâce à la capitalisation n’est pas forcément d’un grand intérêt, ou en tout cas d’une grande nouveauté, mais le processus de construction de ce savoir, lui, reste à chaque fois d’une originalité totale pour celui qui accomplit la démarche. Donc la première fonction du travail de capitalisation, c’est, pour celui (ou ceux qui, collectivement)s’y livre (nt)de transformer l’écoute ou/et la découverte d’expériences multiples en connaissance, en construction de savoir. Il y a désir de comprendre, travail de désir, et littéralement connaissance.

Pour TECHNAP (1), ils ont suivi avec nous une démarche qui est partie de la collecte des expériences, de leur confrontation, d’une réflexion commune, et d’une piste d’action nouvelle. Ce que je ne sais pas, c’est quelle suite a eue cette action, mais ils ont vécu eux-mêmes le processus de transformation du compte-rendu de l’histoire d’avant à des pistes pour l’action d’après. Dans ce cas il y a eu un travail de capitalisation, puis un processus de transformation, alors que pour le GRET (2)je ne sais pas du tout.

J’aurais tendance à dire qu’il y avait une différence considérable entre les deux expériences. Pour TECHNAP, c’était souvent des petites ONG très typées techniquement et qui commençaient à se poser des questions, probablement dans des contextes de difficulté ou d’échec. Ils étaient donc en situation de questionnement, de désir.

Pour le GRET, qui est un gros bureau d’étude, avec des gens de très bon niveau impliqués dans des opérations plus ou moins lourdes et longues aux quatre coins du monde, chacun ayant son secteur géographique ou thématique de compétences, avec les contraintes propres de financement de tel ou tel ministère ou de l’Europe, il y avait donc peut-être moins ce besoin.

Une structure lourde peut connaître des problèmes dans la mesure où les interrogations fondamentales sont celles, métaphysiques, sur sa stratégie, mais il s’agit plus là d’une espèce d’inertie de la structure lourde. Il n’y a pas beaucoup de structures lourdes qui peuvent, comme la FPH, s’arrêter pendant un an pour une période sabbatique.

Mais la capitalisation c’est aussi une affaire personnelle. Moi, Jacques Poulet-Mathis, 70 ans, je suis charnellement un système qui n’est rien d’autre que la capitalisation des 70 ans antérieures. Il y a une capitalisation de fait, des cases de mémoire remplies et actives, des cases de mémoire neutralisées parce qu’elles n’ont plus d’utilité, puis qui se réveillent à certains moments. La vie de tout homme ou femme individuellement est le fruit de la capitalisation de ce qui l’a précédé, sauf à dire que justement une partie de votre mémoire ne retient que certaines choses qui vous semblent utiles aujourd’hui en fonction de préoccupations immédiates. Peut-être que d’autres, dont vous ne vous souvenez pas, vous seraient également utiles. Cela vaut donc la peine de chercher à en retrouver le souvenir. Et puis cela vaut la peine surtout d’aller écouter ce que raconte l’autre qui a été confronté à des problèmes de même nature.

La remise en cause de soi lors d’une capitalisation sur sa propre expérience : on n’ose pas trop. Cette démarche sera d’autant plus productive qu’elle sera faite avec d’autres, ou sur la sollicitation d’autres, pour justement remettre en cause la capitalisation implicite que l’on a tous. Il faut forcément s’isoler, se couper de l’environnement, pour faire un bilan. Mais est-il possible de se couper de ? On est sollicité par les futurs potentiels autant que l’on est retenu par le passé.

L’élément le plus nouveau, c’est la capitalisation par l’échange, de l’expérience de plusieurs.

L’expérience la plus marquante, c’est celle que je vis, ou que je ne vis pas, ou que je devrais vivre en ce moment.

Après avoir quitté le programme INO, j’ai commencé par relire la littérature : formation des cadres, médiation dans les processus d’innovation, maîtrise des choix scientifiques et techniques, changement social. Ca a été passionnant et très riche pour moi. J’ai fait 25 ou 30 fiches DPH sur ce que j’apprenais. Au fond, au fur et à mesure que ces papiers arrivaient, je les avais parcourus, puis rangés, mais je n’avais pas fait l’effort de lire tout ça en 2 ou 3 mois et de faire des fiches. C’est sous la contrainte amicale, mais contrainte quand même que je l’ai fait. J’ai le sentiment d’avoir fait au niveau des lectures à peu près le tour du point de vue actuel sur la question de la maîtrise des orientations des sciences et des techniques.

Le travail de transformation, au sens le plus littéral du terme, au sens de la technique bancaire : transformation des dépôts à court terme en crédit à long terme, passant de la prise de connaissance d’écrits des autres dans la constitution d’un savoir neuf pour soi, puis dans la transmission des résultats que l’on peut tirer de ce savoir pour les questions sur l’évolution de la science et de l’enseignement supérieur, je l’ai fait.

Mots-clés

valorisation de l’expérience


, France

Notes

(1)Cet

Source

Entretien

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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