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Pour un développement humain durable en Afrique

Entretien avec M. Ali Nouhoum Diallo, président de l’assemblée nationale du Mali

Sonia BEN MESSAOUD, Idrissa SIDIBE

03 / 2001

M. Ali Nouhoum Diallo est Président de l’Assemblée Nationale du Mali depuis 1992, l’avènement de la IIIè République. Pendant le régime militaire, il appartenait à un parti clandestin qui a oeuvré au soulèvement populaire de mars 1991. Ce parti, né en 1958, était la branche malienne du Parti Africain pour l’Indépendance. En 1968, il est devenu le Parti Malien du Travail. M. Ali Nouhoum Diallo est aujourd’hui l’un des membres fondateurs de l’Alliance pour la Démocratie au Mali-Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ), le parti au pouvoir. Nous l’avons interrogé sur sa vision par rapport aux conflits en Afrique.

’La cause essentielle des guerres en Afrique tourne autour de nos richesses, du pétrole, du diamant. Aujourd’hui, pratiquement partout où il y a du pétrole et des diamants, il y a la guerre. Le Congo Brazzaville, la RDC et l’Angola ont des richesses naturelles immenses et c’est pour disposer de ces richesses naturelles que le monde entier y est en guerre : des puissances du monde entier interviennent d’une façon ou d’une autre, parfois pour essayer d’identifier les diamants en provenance des foyers de guerres.

Tant que ces richesses ne sont pas à la disposition de ceux qui sont sur ces sols-là et tant qu’elles ne sont pas réellement utilisées pour contribuer au développement social, humain, ou le progrès, la paix, la solidarité, un monde responsable et solidaire, il n’y aura pas de développement humain durable en Afrique.

Puis il y a en Afrique les instabilités politiques. Elles se manifestent sous forme de ce qu’on pourrait appeler des épiphénomènes, mais en réalité, ce sont des baromètres. Aujourd’hui, l’école est en faillite sur le continent africain. Partout on parle d’ ’année blanche’, d’’année facultative’ et partout les années s’écoulent sans que l’avenir ne soit préparé. Chaque fois qu’on déclare une année scolaire blanche, c’est-à-dire qu’on ne valide pas les diplômes, chaque fois qu’on rend cette année facultative, c’est-à-dire, se présentent aux examens ceux qui s’estiment réellement en mesure de se présenter aux examens, donc toutes les écoles africaines, du moins celles en Afrique noire, sont en panne. Ces écoles deviennent des fabriques de chômeurs, et de chômeurs qui ont une formation au rabais. Même les années académiques ne sont pas complètes et lorsqu’elles sont complètes, c’est par des artifices. On s’arrange pour prolonger l’année scolaire pour avoir les 25 semaines exigées par l’UNESCO avec un bachotage tel qu’il est impossible de faire des têtes bien faites. On fait peut-être des têtes pleines et encore. On ne prépare pas des hommes à être capables de transformer le monde.

Parmi les facteurs d’instabilité et même d’instabilité des personnalités même, dans la plupart des pays en Afrique il n’est pas rare que les fonctionnaires subissent des périodes de douze mois d’arriérés de salaire, voire de deux ans. Or, à partir du moment où le père de famille ne se valorise plus aux yeux de ses enfants et la mère de famille ne se valorise plus par ses revenus, il y a problème.

Est-ce qu’avec tout ça, il est possible d’amener les hommes à la paix, à la solidarité et au sens de la responsabilité ? Ne faudrait-il pas commencer par l’école ? Est-ce qu’aujourd’hui l’humanité ne devrait pas se mobiliser pour constater que tout un continent est en train pratiquement d’être marginalisé par rapport à l’éducation, par rapport à la signification profonde de l’enseignement, c’est-à-dire l’instrument même qui permet de créer la conscience sociale, la culture de la paix, la nécessité de la solidarité humaine ? Cet instrument ne fonctionne pas aujourd’hui. On fait semblant d’avoir une école, mais on ne voit pas l’enfant motivé, heureux d’aller à l’école et d’acquérir des savoirs. Le maître non plus n’est plus motivé et joyeux de transmettre la connaissance. Les uns et les autres le font, l’enfant par devoir parce que le papa l’a envoyé à l’école et le maître, parce que c’est son gagne-pain.

La culture de la paix, la culture démocratique, la culture du compromis ou la culture de la tolérance nous viennent quand même de l’école. Que cette école commence dans la famille, qu’elle soit faite dans les forêts sacrées, à la medersa où on enseigne le Coran, qu’elle soit faite par l’oecuménisme aujourd’hui où on veut que toutes les religions convergent et s’occupent de l’Homme, qu’elle soit à l’Eglise, d’une manière générale, l’école est ébranlée. Comment mettre fin à la guerre, comment faire en sorte que les richesses de l’Afrique servent au développement humain en Afrique ? Quand les grandes puissances vont-elles cesser de fixer le prix du baril, du cacao, du café, de toutes nos matières premières, de les baisser ou de les élever selon leurs intérêts et à partir de là nous opposer aux uns et aux autres pour les miettes de richesses que nous devons recueillir et qui appartiennent à toute l’humanité ?

On croit que ce sont les Africains qui se battent. On dit que ce sont des sauvages, qu’ils n’ont pas encore accepté la civilisation, alors que les pauvres ne sont que des instruments. On les occupe à s’exterminer et pendant ce temps on exploite facilement leurs richesses. Et un beau jour, on voit l’armée anglaise qui débarque en Sierra Leone...’

Mots-clés

conflit, éducation à la paix, éducation, éducation et changement social, paix et développement


, Mali

Notes

M. Idrissa Sidibé est vice-président du centre Djoliba à Bamako.

Entretien avec DIALLO, Ali Nouhoum

Source

Entretien

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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