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L’action de femmes militantes pour la paix dans les camps de réfugiés au Burundi : témoignage

Marie Louise SIBAZURI

05 / 1999

Il s’agit d’un conflit armé au Burundi dès octobre 1993. Bien que comportant beaucoup de non-dit, le conflit se présentait prioritairement sous deux colorations :

- Ethnique : Antagonisme hutu/tutsi

- Partisane : surtout parti UPRONA/parti FRODEBU

Les deux colorations débouchaient sur des tueries sauvages de part et d’autre. L’insécurité qui accompagnait ces violences avait amassé une foule impressionnante dans des camps de déplacés. Lorsque les rebelles hutu attaquaient, les survivants tutsi se regroupaient et quand l’armée tutsi contre-attaquait, les survivants hutu se regroupaient plus loin. Cela créait des camps antagonistes alors que les sinistrés qu’ils abritaient vivaient la même souffrance, les mêmes misères. C’était d’autant plus injuste et triste que les sinistrés d’un camp n’avaient pas été déplacés par ceux de l’autre camp mais qu’ils étaient tous victimes d’acteurs extérieurs qui agissaient sur eux sans leur demander leur avis et au nom d’une ethnie qu’ils ne se sont pas donnée. La grande majorité des habitants de ces camps étaient des femmes et des enfants !

Un groupe de femmes, qui avions nous-mêmes été victimes des mêmes conflits armés et de la même suspicion, avons décidé de tenter quelque chose pour nos soeurs sinistrées, dans la faible mesure de nos moyens.

Conscientes que nous étions nous-mêmes l’émanation de la même société en contradiction et que notre seule volonté ne constituait pas un outil déterminant pour pouvoir aider les autres, nous avons demandé appui à des organisations extérieures pour nous former en résolution pacifique des conflits. International Alert, Search for Common Ground et UNIFEM nous ont apporté leur appui logistique et donné des formatrices pour nous apprendre à écouter, à communiquer, à convaincre des personnes profondément blessées, de même qu’à comprendre un conflit avant de chercher à s’engager dans sa résolution. Une formation en local, d’une semaine était suivie de pratique de six mois sur le terrain avant de revenir évaluer les points marqués et les difficultés rencontrées. La formation a duré deux ans. Le groupe, lui, continue.

La stratégie sur le terrain consistait à identifier d’abord un camp de hutu et un camp de tutsi qui avant avaient habité ensemble. Puis plusieurs fois, l’équipe dans son ensemble de hutus et tutsis nous allons rendre visite aux femmes de chaque camp pour devenir des habitués et nous faire accepter comme amies. Cette période nous servait aussi à identifier les femmes meneuses afin de mieux les gagner à notre cause afin de nous en faire des alliées qui entraîneraient les autres.

Lorsque la confiance était établie, nous leur parlions de notre visite dans l’autre camp et nous les laissions déverser leur rancune. Certaines nous prenaient à part pour demander avec émotion des nouvelles d’une ancienne voisine qui leur avait rendu service dans des moments difficiles.

La seconde étape consistait à leur demander si elles voulaient bien rencontrer les femmes de l’autre camp dans un endroit neutre. Au moment de la rencontre, on laissait d’abord les plus virulentes crever l’abcès de leurs rancoeurs. Après la parole était donnée à celles plus logiques qui ramenaient les autres à la réalité : Leurs malheurs n’avaient pas d’ethnie. La faim d’un enfant hutu est identique à celle d’un enfant tutsi, le froid de même. La douleur de la perte d’un être cher n’est pas conditionnée par son ethnie ou son parti, un mort est un mort.

Après la parole était donnée à celles qui voulaient faire état des gestes de solidarité ou de sauvetage posés par des personnes de l’autre ethnie. L’émotion jouait sur la corde sensible dans chaque femme surtout lorsqu’il était fait état des mères qui avaient allaité les bébés orphelins laissés par d’autres, qui avaient caché, nourri, sauvé des enfants, des femmes, des hommes traqués...

Ces gestes se retrouvaient dans les deux groupes.

A ce moment le lien était noué et la conversation roulait sur les événements qui les ont frappées jusqu’au constat qu’elles étaient toutes des victimes. De là, l’étape de voir comment s’en sortir ensemble venait doucement.

Tout cela ne se faisait pas d’un coup mais petit à petit. Des visites étaient organisées ensemble pour aller revoir leurs propriétés abandonnées, quand les deux camps étaient proches, quelques activités génératrices de revenus étaient entreprises ensemble avec notre concours. Au bout de deux ans, les femmes (certaines d’entre elles)commen³aient à rentrer dans leur ancien foyer. Et notre groupe pouvait alors aller vers plusieurs camps, en se scindant, en s’adjoignant les femmes des deux camps pilotes convaincues. Ce mouvement de femmes s’appelle DUSHIREHAMUSE ("Allions-nous")et s’étend sur une bonne partie du pays.

Mots-clés

réfugié, camp de réfugiés, femme, culture de paix, irénologie, conflit, conflit ethnique


, Burundi

Notes

Ce texte est une contribution au travail mené par le chantier Yin Yang (masculin-féminin)de l’Alliance pour un monde responsable et solidaire en marge de la Conférence internationale pour la Paix de La Haye (mai 1999)sur le thème "femmes et paix". Fiche traduite en anglais dans cette base de données.

Source

Texte original

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Chantier Yin Yang - Contact : Nadia-Leïla Aïssaoui - Tel + 33 1 49 60 14 29 - - nadialeila (@) hotmail.com

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