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Le mouvement national des femmes pour la sauvegarde de la paix et de l’unité nationale au Mali

Sonia BEN MESSAOUD

11 / 2000

"Le Mouvement National des Femmes pour la Sauvegarde de la Paix et de l’Unité Nationale "’est une organisation qui a été créée à partir du conflit Touareg déclenché dans le Nord du Mali en juin 1990 par des groupes rebelles. Il y a eu plusieurs attaques, des représailles entre l’armée et les mouvements de la rébellion, des morts... En 1991, nous avons participé à la conférence nationale du Mali. C’est là que nous avons pris conscience des enjeux politiques, sociaux, économiques et militaires de ce conflit et nous avons décidé de mobiliser les femmes parce qu’initialement nous sommes toutes ressortissantes du Nord, de la zone dans laquelle le conflit est né. Nous avons organisé une conférence-débat entre les femmes au cours de laquelle nous avons émis le voeu d’organiser une réflexion sur le conflit du Nord.

La Coopération suisse nous a aidées à démarrer. Nous étions les mains nues, sans moyens et nous nous accrochions à toutes les occasions pour aller dans le Nord sensibiliser nos populations, nos parents et nos frères qui ont pris les armes. Nous avons pris des contacts avec l’armée, les mouvements rebelles, la population en tant que telle, les rebelles qui étaient dispersés dans d’autres pays comme en Algérie. Nous nous sommes basées sur nos valeurs positives de coexistence pacifique, certaines valeurs qui lient les différentes communautés pour développer des messages de sensibilisation auprès des différents acteurs afin d’apaiser l’élan de violence, pour amener plus de tolérance et plus de solidarité.

Le septentrion du nord du Mali, où le conflit a été déclenché, est une zone où les populations sédentaires et les populations nomades ont toujours coexisté dans la paix. Les conditions climatiques difficiles, les différentes sécheresses ont fait que ces populations, confrontées à un certain nombre de difficultés, ont développé des normes et des valeurs sociales qui leur ont permis de vivre ensemble.

Chaque fois que nous avons mené des actions pour briser l’élan de violence chez les hommes, nous avons eu des résultats. Nous avons vu des hommes verser des larmes, d’autres baisser la tête quand nous parlions. A ce moment là, nous avions nous-même abandonné nos services et tout, pour nous consacrer à la recherche de la paix.

Nous avons passé des messages à la radio, à la télé. Nous avons demandé à l’ORTM de nous aider à les diffuser dans les différentes langues nationales. Ces messages ont porté leurs fruits par rapport à l’idée de toucher les coeurs et les esprits des différents protagonistes dans le cadre du conflit. Nous avons développé des contacts importants avec les combattants et les acteurs étatiques qui ont été très sensibles à notre initiative.

Les populations étaient assez réticentes au début, mais les avis des hommes étaient partagés. Il y en avait qui étaient pour et d’autres contre. Mais au fur et à mesure que nous évoluions, nous nous sommes rendu compte de l’importance de notre action et ces réticences ont été transformées en adhésion.

Depuis la conférence de la Baule et la chute du mur de Berlin, on se rend compte que les conflits sont de plus en plus internes la plupart du temps. Les raisons fondamentales sont liées aux processus de démocratisation qui sont lents, l’injustice, le manque de liberté, qui sont des facteurs importants des conflits au niveau interne. Le problème de l’alternance se pose le plus souvent. Les gens une fois au pouvoir, ne veulent plus partir ou bien ils font tout pour pérenniser leur action au niveau du pouvoir parce qu’être au pouvoir est devenu un gagne-pain pour un certain nombre de leaders.

Il y a un autre facteur : à un moment donné chaque groupe ethnique a dirigé les destinées de ces régions : les Touaregs, les Songhaïs. Donc chaque groupe ethnique connaît les forces, les faiblesses et les limites des uns et des autres. A partir de cette connaissance, ces normes ont été développées, mais nous évitons quand même les conflits, car l’esprit est de mettre toujours l’accent sur les valeurs positives qui nous ont unis et nous développons des actions pour renforcer cette coexistence pacifique.

- (Une des deux collègues de Mme Maiga): "La principale cause des conflits est la pauvreté et le manque de développement. Nos nomades ont perdu tout ce qu’ils avaient. Beaucoup sont morts avec leur troupeau, il y en a qui se sont déplacés, d’autres qui ont changé de mode de vie. Tout cela amène des conflits internes. Entre nous, nomades et sédentaires du Nord Mali, de mémoire d’homme, nous n’avons pas eu un conflit pareil. Nous sommes tous parents. Ils savent où se trouvent nos champs et nous savons où se trouvent leurs prairies. La grande sécheresse a perturbé notre mode de vie et notre mode de pensée, mais le mouvement a eu la présence d’esprit que les hommes se rencontrent. Nous sommes des populations de communication orale. Nous finissons toujours par parler autour d’une tente et c’est ce que les femmes ont fait pour sensibiliser, communiquer, éduquer et faire appel à d’autres femmes, car les femmes sont plus sensibles à ces problèmes. Comme on dit chez nous "la femme étant assise, voit mieux les problèmes que les hommes arrêtés avec leur fusil à main ".

- Mme Maiga : Maintenant la paix est revenue. Nous sommes en train de consolider la paix, mais les armes n’étaient pas collectées et c’était donc une insuffisance par rapport au processus de consolidation de la paix. Il y a eu le moratoire sur les armes légères et les femmes se sont mobilisées. Nous avons participé à une première réunion de la société civile en marge de la réunion des experts et des ministres des Affaires Etrangères de la CEDEAO à Abuja. C’est le mouvement des femmes qui a été invité au nom de la société civile du Mali. Nous avons fait une déclaration pour soutenir le moratoire et nous nous sommes engagées qu’à notre retour dans nos pays respectifs, nous allions informer, sensibiliser et mobiliser la population.

Mots-clés

accès des femmes à la politique, femme


, Mali, Mali Région Nord

Commentaire

Une femme qui a le courage de venir s’asseoir devant les hommes pour venir pleurer, c’est très important. Une femme qui a le courage de venir solliciter quelque chose des hommes, c’est très difficile que les hommes refusent. Ce sont les aspects importants que nous avons identifiés et que nous avons su exploiter compte tenu de nos valeurs sociales. Il y a des gestes symboliques qui frappent l’imagination des hommes. Ainsi, par exemple, quand une femme soulève son sein droit, elle rappelle à l’assemblée des hommes l’importance de la maternité, de la vie, et s’adresse à eux en tant que fils d’une mère qui les a allaités, qui a donc le droit d’être écoutée dès lors qu’il s’agit de protéger la vie.

Notes

Le Dr. Maiga Mariam Djbrilla est Présidente du Mouvement National des Femmes pour la Sauvegarde de la Paix et de l’Unité Nationale (MNFPUN). Elle est aussi Présidente de la Coalition de la Société Civile pour la Paix et la Lutte contre la Prolifération des Armes Légères. Son mouvement a joué un rôle de médiateur extrêmement important et efficace lors du conflit du Nord Mali.

Entretien avec DJBRILLA, Maiga Mariam

Source

Entretien

CIMLK (Centre International Martin Luther King) - BP 14 Bujumbera, Burundi - Tel 00 257 242057 - Fax 257 241500 - cimlk@cbinf.com -

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