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Des CUMA (Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole) pour un monde rural dynamique et solidaire

Anne Sophie BOISGALLAIS, Robert PONCHON

09 / 2000

Ingrannes est un petit village de 300 habitants, près de la forêt d’Orléans. Structuré autour d’une vingtaine de fermes de polyculture élevage longtemps spécialisées dans les haricots secs, Ingrannes a vu arriver, au début des années 60, la technique nouvelle de l’ensilage. Les agriculteurs du secteur ont alors décidé de s’organiser autour de chantiers et de matériels communs : la CUMA (Coopérative d’Utilisation du Matériel Agricole)était née.

En 40 ans, les choses ont sensiblement évolué : l’élevage et les haricots secs ont perdu du terrain, face aux vastes étendues de céréales. En 1985, la disparité entre éleveurs et cultivateurs était telle que deux sections ont été créées pour mieux gérer la réalité des coûts dans les deux branches, la section « récolte céréales » et la section « ensilage éleveurs ».

En 1993, la distinction s’est accentuée car les CUMA pouvant prétendre à de nouvelles aides et qu’il devenait difficile de gérer un trop gros groupe. Les éleveurs de la région, au nombre de 17, ont donc décidé de créer leur propre outil de travail : la CUMA des Loges.

A cette époque, on ne pouvait que constater l’absence de personnel dans les exploitations et l’agrandissement des structures. Les éleveurs ont donc décidé d’abandonner les petites ensileuses traînées et d’investir dans une ensileuse automotrice pour la récolte de l’herbe et du maïs. Puis ils firent l’acquisition de deux faucheuses conditionneuses de grande capacité (3,20 mètres de largeur de coupe), de trois remorques pour suivre la machine et du matériel d’installation des clôtures et d’entretien les prairies.

Depuis que la CUMA des Loges a pris de l’ampleur et s’est spécialisée dans le matériel lié à l’élevage, la totalité des éleveurs des neuf communes concernées sont adhérents à la CUMA.

« Chaque exploitation est prise en compte au même titre que les autres, du petit chantier au plus gros. Tout le monde est sur le même pied d’égalité et la règle d’or est un homme = une voix », explique Marcel Bonnault, président de la CUMA. « L’accueil des jeunes est aussi une priorité. L’apport des parts sociales est étalé sur plusieurs années, les factures sont échelonnées et ils ont la possibilité de participer aux réunions de Conseil d’administration, afin de les sensibiliser à la gestion et à l’organisation de la CUMA. C’est une manière d’assurer l’avenir. »

La CUMA des Loges requiert une bonne organisation vu son matériel et son nombre d’adhérents. Pour conduire l’ensileuse automotrice et en assurer l’entretien, la CUMA a fait appel à Alex, un jeune agriculteur qui a dû quitter sa ferme suite aux difficultés de son entreprise. Une situation très précaire se dessinant pour ce jeune couple avec deux enfants (chantiers d’ensilage et remplacements sur d’autres exploitations agricoles), la CUMA des Loges a eu l’idée de pérenniser l’emploi d’Alex et de lui proposer un poste à durée indéterminée en constituant un groupement d’employeurs (2 CUMA et 6 exploitations).

Il fallut plus d’un an pour arriver à une organisation dans la répartition des travaux chez chaque adhérent. Tout le monde a dû faire un effort pour admettre qu’un homme ne se gère pas comme une machine et respecter les plannings des autres. Aujourd’hui, Alex a un travail à plein temps et des compétences reconnues par tous. Les adhérents se retrouvent une fois par mois, à la fois pour faire le planning et pour échanger de façon conviviale. On touche ici le rôle social de la CUMA, qui permet de rompre l’isolement dans ce secteur de forêt. Le fait d’avoir réuni deux CUMA et d’autres exploitations contribue à la bonne marche du réseau. La diversité d’appartenances politiques, religieuses ou syndicales provoque parfois des conflits, mais fait aussi du CUMA un lieu d’expression et d’apprentissage de la tolérance.

L’essentiel est respecté : le planning est tenu sur toute la saison, la machine est entretenue et toujours en état, les travaux sont faits dans les temps impartis. L’apport humain est aussi important : gage d’entraide et de respect de l’autre, la CUMA et le groupement d’employeurs façonnent l’agriculture de cette petite région. Les administrateurs veillent à ce que les structures ne grossissent pas trop, afin qu’elles soient faciles à gérer et non pas effrayantes pour les jeunes qui s’engagent !

«  Nous avons été récompensés de nos efforts par le grand Prix CUMA 1999 à l’échelon départemental et régional, explique Marcel Bonnault, nous avons été primés dans la catégorie « emploi et installation des jeunes « . On nous demande souvent des témoignages dans les départements voisins et à la chambre d’agriculture. »

Le projet collectif ne s’arrête pas là. Actuellement, le groupement commence la construction d’un bâtiment de 400 m2 pour le remisage et l’entretien du matériel des deux CUMA, dans une zone artisanale de Vitry aux Loges : ce sera « la maison des CUMA ». C’est l’occasion de travailler avec de nouveaux partenaires, comme les communes, et c’est l’occasion d’être mieux connu.

« Nous espérons que la CUMA saura donner une belle image de l’agriculture et de la ruralité d’aujourd’hui » conclut Marcel Bonnault. « Le site choisi permettra, au travers de notre travail et de nos actions, de présenter une vitrine de l’agriculture locale en ville. Les agriculteurs sont les principaux acteurs de l’entretien et de l’animation du territoire. Le nombre de jeunes vivant de ce métier et désireux de s’installer nous encourage et cette action permettra de pérenniser la vie des CUMA en proposant aux futures générations un outil de travail adapté à leurs besoins. »

Outre la réussite économique des CUMA qui permet la création d’emploi et la diminution des coûts de production pour une meilleure rentabilité des exploitations, cette expérience coopérative est aussi un gage d’ouverture au monde, puisque qu’elle a permis aux agriculteurs de tisser des liens avec leurs homologues de Roumanie et de Lettonie, dans le cadre d’échanges entre Chambres d’agriculture.

Mots-clés

agriculture, équipement agricole, production agricole, amélioration des techniques traditionnelles, coût de production, organisation paysanne


, France, Loiret

dossier

Des ruraux inventent de nouvelles solidarités : initiatives locales de militants du CMR, Chrétiens dans le monde rural

Commentaire

Depuis les années 60 les CUMA (Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole)ont traduit la volonté d’hommes et de femmes de s’organiser de façon collective pour faire face à des investissements devenus nécessaires tout en développant un esprit de solidarité entre les agriculteurs. La force de témoignage de la CUMA des Loges dans le Loiret tient à plusieurs ingrédients :

- Cette initiative s’inscrit dans la durée (40 ans)et elle a su s’adapter tout en gardant le cap : l’esprit coopératif.

- Progressivement la totalité des éleveurs de la zone ont adhéré.

- Le souci des investissements collectifs et la dimension humaine (culture des relations, emplois et installation des jeunes), l’intégration dans le développement local en ayant le souci des relations villes/campagnes, l’ouverture internationale sont autant de points positifs

Notes

Contact : Marcel et Muguette BONNAULT, Centimaisons, 45450 Ingrannes - Tél./Fax : 33/(0)2 38 57 10 93

Source

Entretien ; Document interne

Entretien avec Muguette et Marcel BONNAULT, Projet : La maison des CUMA, Fiche témoignage, 4 p.

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