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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Quand la confection de pain biologique transforme le rapport au travail

La reconversion professionnelle d’un couple breton

Anne Sophie BOISGALLAIS, Jérôme DULAU

03 / 2000

Originaires de Bretagne, Michel et Annie Rose ont habité pendant 13 ans les environs d’Angers, où Michel était technicien en électronique et Annie travailleur social.

Suite à son licenciement négocié, Michel s’est vu financer son projet de reconversion en boulanger biologique, et le couple a décidé de retourner dans leur Bretagne natale, afin de mener à bien leur nouveau projet d’activité. Ils avaient envie de nouer d’autres relations sociales que celles que connaissent habituellement les artisans ou les commerçants, c’est-à-dire la concurrence.

Ils ont donc choisi de fabriquer et commercialiser du pain biologique dans un petit village des Côtes d’Armor de 1 000 habitants, où Annie avait une maison familiale. S’installer dans un petit village était pour eux le signe d’un rapport plus respectueux avec la nature et les consommateurs.

Ni l’un ni l’autre ne connaissaient auparavant le milieu des artisans commerçants, aussi se sont-ils heurtés naïvement aux foudres de la boulangère en activité dans le village où ils se sont installés. Il était en effet difficile de lui expliquer d’emblée que le pain « bio » ne la concurrencerait pas et l’entretien s’est terminé par les cris et les plaintes de la boulangère qui pensait que leur installation mettait la boulangerie traditionnelle en péril.

Toutefois, au terme de six années d’activité, Michel et Annie Rose avaient raison de dire aux boulangers de leur village de ne pas s’inquiéter : ils n’ont pas perdu de clientèle, et l’entreprise de pains biologiques, qui a un rayonnement au-delà de la commune, a pu arriver à un niveau de développement satisfaisant en quelques mois.

Michel fait 350 kilos de pain par semaine et organise son temps de fabrication sur trois jours, les lundis, mardis et vendredis, de 13h30 à 22h30, ce qui fait 27 heures de travail auxquelles il faut rajouter 8 à 10 heures de temps de préparation et de tournées. Ce quota de fabrication permet à la fois d’avoir un revenu suffisant (environ 10 000 F par mois)tout en gardant du temps disponible. L’avantage du pain biologique est qu’il ne se vend pas chaud et qu’il se conserve beaucoup mieux que le pain blanc, ce qui diminue les contraintes de fréquence de cuisson.

Leur activité dépend pourtant de la demande de la clientèle, et si la demande augmente, comment refuser de la satisfaire ? Habituellement, on répond à cette question en embauchant un ou plusieurs salariés, ce qui permet à la fois d’augmenter le chiffre d’affaires, d’être utile socialement (puisqu’on crée un emploi)et de satisfaire les consommateurs. Michel et Annie Rose ont décidé d’y répondre autrement, car ils tiennent à garder la maîtrise de leur outil de travail. Michel a donc fait le choix de former deux personnes motivées, en les accueillant dans son atelier pendant plusieurs mois. Ces deux personnes sont aujourd’hui installées dans un périmètre relativement restreint (à 8 et 20 kilomètres de chez eux), et cela ne pose pas de problèmes car le rayonnement de la vente des pains biologiques déborde bien au-delà du territoire des communes limitrophes et même du canton. Désormais, ce territoire étant couvert, les deux personnes suivantes que Michel a formées se sont installées dans d’autres départements.

Cette expérience de transmission de savoirs s’est très bien passée, dans la mesure où les personnes formées partageaient les mêmes valeurs que Michel et Annie Rose : une sorte de contrat moral s’est établi spontanément entre eux et il était clair pour tous que personne ne devait empiéter sur le marché des autres. Cette démarche entièrement basée sur la confiance montre que de nouveaux rapports humains sont possibles là où domine habituellement la concurrence et la volonté de doubler l’autre.

De son coté, Annie, après avoir été permanente CMR pendant trois ans, a demandé un agrément d’Aide Sociale à l’Enfance, ce qu’elle a obtenu. Cette activité permet à Annie d’avoir son propre revenu, tout en étant disponible pour aider Michel lorsqu’il en a besoin. Réciproquement, celui-ci est impliqué dans l’accueil des deux adolescents qui vivent désormais chez eux.

Mots-clés

alimentation, agriculture biologique, relations sociales, concurrence commerciale, formation


, France, Côtes d’Armor

dossier

Des ruraux inventent de nouvelles solidarités : initiatives locales de militants du CMR, Chrétiens dans le monde rural

Commentaire

Le développement de nouvelles activités en milieu rural passe par des innovations de ce type. Cependant, les esprits créatifs peuvent se heurter au conservatisme de quelques habitants. Le soutien par le réseau et la cohérence entre le projet de vie de ces novateurs et leur projet professionnel s’avère indispensable pour que l’initiative voit le jour.

Cet exemple montre que la recherche de qualité de vie, notamment par le rythme de travail, l’autonomie découlant de la propriété de son outil de travail et le respect de l’environnement sont des valeurs qui animent Michel et Annie. De plus ils cherchent à articuler l’économie, la nécessité de vivre de son travail, et la solidarité, en soutenant l’installation d’autres personnes sur le même type d’activité. Là encore on peut constater une recherche permanente de soutien à l’autonomie. Une certaine façon de vivre qui s’invente et se partage se dessine et questionne chacun jusque dans ses propres choix de vie.

Source

Entretien

Texte issu d’un témoignage écrit de Michel et Annie ROSE

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