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Faire face à la sécheresse : L’exemple du district Alwar dans le Rajasthan en Inde

La sécheresse de l’an 2000 en Inde a remis à l’honneur des savoir-faire anciens. Mais il ne faut pas oublier que leur réintroduction n’est pas d’abord une affaire technique mais une question de démocratie dans la gestion du territoire

Ina RANSON

2000

En 2000, la grande sécheresse qui a frappé plusieurs Etats de l’Inde a relancé le débat sur la gestion des écosystèmes des villes et des villages et sur leurs ressources en eau.

Depuis l’indépendance, le système d’approvisionnement en eau de l’Inde est géré par le gouvernement qui a privilégié les grands travaux et délaissé les méthodes de gestion traditionnelles, auparavant assurées par les habitants des villes et des villages. S’en remettant aujourd’hui à l’Etat, les Indiens comprennent, dans cette situation de détresse, que celui-ci est incapable de répondre à leurs demandes d’aide. La sécheresse a des conséquences dramatiques, les problèmes s’aggravent en particulier dans les campagnes et, de plus en plus souvent, les paysans sont prêts à la révolte violente. Face ces problèmes, les autorités redécouvrent soudain les systèmes traditionnels de collecte d’eau.

Une lutte non violente pour la reconquête des rivières

Le CSE, Centre for Science and Environment, dirigé par Anil Agarwal appuie depuis longtemps les efforts entrepris par des associations diverses en vue de faire revivre les méthodes traditionnelles de collecte d’eau et de conservation des eaux de pluies. Convaincu que ces méthodes permettent de faire face même à une sécheresse très grave, le CSE a eu beaucoup de mal à se faire entendre. Aujourd’hui les témoignages de chercheurs et de journalistes indiens et européens qui ont voyagé dans les Etats frappés par la sécheresse, confirment les prévisions du CSE.

"Quelques millions de paysans n’ont plus d’eau, et les récoltes sont menacées de destruction", écrit Françoise Chipaux, dans un article publié dans Le Monde du 29 avril 2000. "Cependant... en plein Rajasthan, l’eau coule encore des puits, les ruisseaux sont en vie et la récolte de blé d’orge et de moutarde, bien qu’inférieure à la moyenne, sera largement suffisante". Pourtant, dans le district qu’elle décrit, l’Alwar, les dernières pluies de septembre ont, comme partout, été inférieures des deux tiers à la moyenne. Mais ici, constate-t-elle, l’association Tarun Bharat Sang (TBS)a convaincu les villageois de faire revivre leurs méthodes traditionnelles de conservation des eaux de pluies. "En dix ans, 3 500 structures diverses - petits barrages, simples digues de terre, réservoirs - ont été construites, et cinq cours d’eau qui étaient secs coulent à nouveau toute l’année. La nappe phréatique s’est rechargée et le niveau des puits a remonté".

Ce que le l’article ne dit pas, c’est que les paysans ont dû braver, avec détermination, l’administration de l’Etat qui interdit de capter de l’eau sans permission officielle. Quand l’association TBS fut sommée de détruire les premiers petits barrages, elle refusa. N’osant pas affronter la colère des paysans, l’administration s’est résignée à laisser faire. C’est ainsi qu’en l’espace de dix ans, entre 1986 et 1996 environ, le TBS a réussi à soutenir les paysans de 70 villages, situés dans les 503 km2 du bassin hydraulique de l’Arvari, à construire près de 240 petits systèmes de collecte.

Dans les années 80, l’Arvari, une rivière de 45 km de longueur, ne fut qu’un maigre ruisseau qui ne coulait qu’en période de mousson et se tarissait peu après. En 1990, il coulait jusqu’au mois d’octobre, et vers 1995, il ne desséchait plus. Il était redevenu une rivière pérenne. Ce phénomène de renaissance d’une rivière a été observé dans d’autres régions de l’Inde où les paysans ont réintroduit les systèmes traditionnels de la gestion de l’eau. Il contredit les arguments de l’administration qui craignait que les micro-barrages et les petits canaux détournent l’eau des rivières et privent les villes en aval. R.N. Athavale, un hydrologue qui a étudié les conséquences des structures de collecte d’eau dans le bassin hydraulique de l’Arvari, explique qu’au contraire, ces nombreux petits ouvrages permettent que l’eau de la saison des pluies recharge les nappes phréatiques qui de nouveau peuvent alimenter les rivières. Il est vrai qu’à certains endroits les petits barrages réduisent la quantité d’eau d’une rivière ; mais ce n’est que pour quelques années, avant que les nappes ne soient rechargées.

L’utopie d’une gestion intégrée selon Gandhi

Le TBS veille à ne pas imposer ses vues aux paysans. Souvent, il agit plutôt en catalyseur. Il écoute, il explique, et toutes les décisions sont prises par consensus. Les villageois apportent leur participation financière. Le désir du TBS est que les gens réapprennent à se fier à eux-mêmes au lieu de s’en remettre aux autorités

En janvier 1999, les leaders, les "gram sbhapatis" de 34 villages situés au bord de l’Arvari, se sont réunis pour décider de gérer eux-mêmes leurs territoires et ressources naturelles, contre les prétentions de l’administration officielle qui avait failli les empêcher à résoudre les problèmes de manque d’eau. Les paysans ont élu leur propre parlement et adopté une constitution, "en hommage au gram swaraj de Gandhi, un triomphe du peuple sur un gouvernement insensible" expliqua un des participants cité dans la revue du CSE, en février 2000.

La sécheresse de l’an 2000 a bouleversé les certitudes du gouvernement indien. Désormais, la récolte des eaux de pluie, dans les villes comme dans les villages, est à la une des médias et des rencontres des hommes politiques. Le gouvernement a décidé de faire de nombreux efforts pour la reconstruction des systèmes de collecte des eaux de pluie. Le CSE et les associations accueillent ces bonnes volontés avec espoir et parfois avec scepticisme. Ils soulignent que les plans du gouvernement ne peuvent réussir que si les Indiens prennent conscience qu’ils doivent jouer eux-mêmes un rôle actif dans la gestion de l’eau et si le gouvernement accepte que soient développés des cadres institutionnels permettant une responsabilisation et une participation réelle des personnes. "Ce qui importe, c’est de construire des liens au sein des communautés et au sein de la société", souligne Rajendra Singh, du TBS dans le district de l’Alwar. Autrement "l’argent va encore s’évaporer avec l’eau des maigres ruisseaux".

Mots-clés

eau, sécheresse, savoir traditionnel, économie rurale, communauté paysanne


, Inde, Alwar

Commentaire

La sécheresse en Inde de l’an 2000 a révélé la supériorité de certaines techniques anciennes. Mais leur réhabilitation aura-t-elle aussi les répercussions d’ordre culturel et politique que le CSE jugent nécessaires ? Il ne s’agit pas de retourner en arrière. "En valorisant... le savoir-faire traditionnel, il ne s’agit pas de déconsidérer les sciences modernes et la technologie. Au contraire, leur rôle peut être déterminant si elles essaient de comprendre et de respecter les fondements sociaux et écologiques des systèmes traditionnels et de les utiliser pour accroître la productivité".

Notes

Contact : Centre for Science and Environment, (CSE), Tughlakabad Institutional Area, 41, New Delhi 110 062, India - Tel: 91-11-698 1110, 698 3394 - Fax: 91-11-698 5879, 698 0870 - cse@cseindia.org - www.cseindia.org. La fiche a été écrite à partir de plusieurs articles, paru dans la revue du CSE, Down to Earth, dans Le Monde et sur le site du CSE.

Source

Articles et dossiers

DASGUPTA, Kumkum, CSE, River parliament., CSE in. Down to Earth, 2000/02/29 (Inde), <AGARWAL, Anin><NARAIN, Sunita>: < Quand reverdiront les villages>, édition française, Crisla, 1992 - articles dans Down to Earth, january 2000, p.33 (notamment)- articles sur Internet, surtout : CSE-Down To Earth Feature Service, Packet n°1, 23 june - Le Monde, 29 avril 2000, p. 5.

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