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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Encourager et former les femmes dans une ville sinistrée

Une ONG géorgienne réalise une formation professionnelle et civique pour des femmes très pauvres.

Ina RANSON

01 / 2000

La ville de Rustavi (officiellement 250 000 habitants, mais en fait, guère plus de 120 000), à 20 km de Tbilissi (Géorgie), est très atteinte par la ruine économique entraînée par les conflits armés du début des années 90. Importante ville industrielle à l’époque soviétique, Rustavi a dû fermer ses usines, ou pire, les laisser agoniser sur place, sans qu’elles ne fournissent ni produits vendables ni salaires. Beaucoup d’hommes sont partis pour tenter leur chance dans les pays voisins, beaucoup sont morts dans les guerres ou sont restés invalides et démoralisés. Ce sont donc souvent les femmes qui doivent nourrir la famille. Mais dans la société géorgienne encore très traditionnelle, elles n’y sont en général pas du tout préparées.

Le projet de formation élaboré par l’ONG géorgienne "Advancement", au printemps 1998, a eu trois objectifs principaux :

  • offrir aux personnes les plus vulnérables - à des femmes socialement isolées - une formation professionnelle et contribuer ainsi à la reconstruction économique d’une ville sinistrée ;

  • encourager les femmes à avoir confiance en elles, ce qui a des répercussions positives sur leur famille ;

  • développer un programme de formation qui pourra être utilisé ensuite pour d’autres chômeurs, par la Ville de Rustavi.

Le projet é été appuyé par l’ONG française Première Urgence et financé par l’Union européenne (Tacis/Lien).

Il était prévu d’accueillir environ 60 femmes, deux groupes de 30, pour des sessions de formation durant 5 mois. Mais la demande a été si importante que le Centre d’entraînement de Rustavi a accueilli d’abord 2 groupes de 44 et de 35 femmes, et ensuite encore deux groupes de 20 femmes, ces dernières seulement pour une formation moins complète, centrée sur l’informatique. Toutes les candidates ont d’abord été interviewées et testées (en langue géorgienne écrite, en mathématiques et en anglais). On avait décidé d’accueillir de préférence les femmes se trouvant dans des situations particulièrement désastreuses. Mais il s’est avéré que tel était le cas pour toutes !

Les cours pour les différents groupes se sont déroulés entre septembre 1998 et juin 1999.

La formation a permis à 79 femmes d’acquérir les compétences d’assistantes de gestion bien plus qualifiées que les secrétaires jadis employées dans l’ancienne URSS. Les femmes ont aussi acquis assez de confiance en elles pour oser entreprendre des démarches en vue de créer elles-mêmes leur emploi ou de jouer un rôle actif dans la société civile.

Les contenus du programme

Avant le début des cours, en septembre 1998, tous les animateurs et les professeurs (13 au total)ont suivi une formation dispensée par un expert de l’ONG française pendant au moins un mois. Le président de l’ONG géorgienne avait reçu une formation spécifique à Paris.

Au cours des trois premiers mois, les femmes ont en particulier été familiarisées avec toutes les questions ayant rapport à la recherche de travail, à la création d’une petite entreprise et aux activités des ONG, tout en suivant d’autres cours.

Ensuite, elles ont été invitées à élaborer un projet professionnel et à réfléchir sur le programme d’une nouvelle ONG locale. Cette nouvelle ONG a en effet été créée par des participantes du premier groupe. Elles l’ont appelée "L’Homme et l’Environnement" (Man and Environment).

Il avait été prévu que les femmes qui venaient de milieux très pauvres ou qui appartenaient à des minorités (azéries, arméniennes, kurdes, etc.)suivraient d’abord des cours de géorgien écrit ou d’arithmétique. Mais il s’avérait que toutes les participantes avaient une bonne maîtrise dans ces matières. Par contre, les animateurs ont décidé de renforcer l’enseignement de l’anglais, langue très utile pour la recherche d’emploi. Et ils invitaient des conseillers extérieurs pour discuter individuellement avec les femmes. Compte tenu du contexte économique difficile, il fallait beaucoup réfléchir sur les possibilités de créer soi-même son emploi. Les options choisies étaient :

  • créer une petite entreprise (business)

  • travailler dans une ONG (locale ou internationale)

  • construire un esprit d’équipe.

L’évaluation de l’expérience et des propositions pour l’avenir

Tous les participants, les animateurs, les femmes, les ONG géorgiennes et françaises ainsi que la municipalité de Rustavi ont qualifié la réalisation du projet comme très positive. Pour les femmes, le seul fait d’être accueillies dans cette formation et de vivre en groupe pendant quelques mois, apportait beaucoup d’encouragement. Elles ont travaillé de façon assidue. Et en dehors des matières enseignées, elles ont posé beaucoup de questions incitant les animateurs à aborder d’autres sujets qui les préoccupaient : la pollution, les lois (les droits de l’homme), la démocratie...

Lors de l’évaluation, les femmes ne disaient pas seulement : "nous avons plus de confiance en nous-mêmes, nous sommes maintenant capables de nous intégrer dans un environnement professionnel"... mais aussi : "nous sommes prêtes à lutter pour un changement des mentalités en Géorgie".

"Advancement" est maintenant reconnu aussi bien par les autorités locales que par la population, et prête à faire profiter d’autres municipalités ou d’autres ONG de ses expériences, en offrant ses services ou en échangeant son savoir-faire.

Cependant, il n’a pas été possible de trouver des emplois satisfaisants pour toutes les femmes. La situation économique est encore trop mauvaise.

Parmi les leçons que Marina Abukashvili a tirées de cette expérience, elle souligne qu’il serait bon d’inclure, lors de la rédaction d’un nouveau projet, un budget pour "l’aide urgente", en fait indispensable dans un environnement aussi pauvre où il n’existe pour beaucoup aucune assurance.

Mots-clés

formation professionnelle, formation et emploi, éducation à la citoyenneté, responsabilité citoyenne, ONG


, Georgie, Rustavi

Commentaire

Ce projet de formation de femmes est particulièrement intéressant parce qu’il lie formation professionnelle et formation civique. La combinaison de ces deux volets - essentiels pour la reconstruction de la société et de l’économie - s’est faite au cours de la réalisation. L’observation de Marina Abukashvili par rapport au budget d’aide d’urgence me rappelle beaucoup de situations similaires. La séparation entre aide d’urgence et aide au développement est très difficile à faire, sur le terrain.

Notes

Contact : Georgian International Association : Advancement, Marina Tabukashvili, 32, Arsena Str., Tbilissi 380008 - Tel/fax : 995 32 998840 - puadv@access.sanet.ge

Source

Rapport

ABUKASHVILI,Marina, ADVANCEMENT, Training and Capacity Building for Vulnerable Women in Rustavi, Entretien avec < ABUKASHVILI, Marina>, présidente d'Advancement

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