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Importance de la pêche au Sénégal et le rôle primordial des femmes dans cette activité

Une introduction au 3ème congrès du Collectif National des Pêcheurs Artisanaux du Sénégal (CNPS)

Sophie NICK

09 / 1998

Le 3ème congrès du Collectif National des Pêcheurs Artisanaux du Sénégal (Une organisation professionnelle de pêcheurs)qui s’est déroulé en mars 1998, a été l’occasion de brosser un état des lieux de la pêche sénégalaise. Le rôle des femmes au sein du secteur a également été souligné. Les informations rassemblées ici ont été fournies par les participants qui ont insisté sur le dynamisme de cette activité.

Importance de la pêche dans l’économie nationale

Au Sénégal, les pêcheurs sont conscients d’être actuellement parmi les actifs, hommes et femmes, qui contribuent le plus à l’économie du pays, aussi bien dans les zones rurales qu’urbaines. La pêche artisanale est la composante la plus active de la pêche sénégalaise et fournit la quasi totalité du poisson consommé localement. Avec 27 kg par personne et par an, le Sénégal se classe parmi les plus grands pays consommateurs de poissons.

Assurant plus de 75 pour cent des débarquements et près de 40 pour cent de recettes d’exportation, le secteur de la pêche artisanale emploie de façon directe 60 000 pêcheurs. Grâce aux activités de transformation et de mareyage où les femmes prédominent, la pêche emploie 240 000 personnes directement et indirectement. « La pêche artisanale contribue à assurer la sécurité alimentaire nationale : pour une population de 8 à 9 millions d’habitants, la pêche en fait vivre 5 millions » (Thierno Gueye, Secrétaire général adjoint du CNPS)

Problèmes de la pêche artisanale sénégalaise

Comme dans d’autres pays, la raréfaction de la ressource est une préoccupation majeure des pêcheurs. Ainsi, les flottes européennes agissant dans le cadre des accords de pêche et via des sociétés mixtes locales et les flottes asiatiques (Japon par exemple)contribuent au pillage systématique des ressources halieutiques dont la rareté obligent les pêcheurs à aller au-delà des 12 milles.

D’autre part, en raison notamment de la dévaluation, les pêcheurs sont obligés de rechercher des espèces à haute valeur commerciale destinées essentiellement à l’exportation. La dévaluation a eu également pour conséquence la hausse du prix du matériel. Les moteurs ont augmenté de près de 300 pour cent, le carburant de 50 pour cent ; le renouvellement des équipements est ainsi affecté. L’augmentation des prix de certaines espèces après la dévaluation ne s’est pas traduite par une augmentation des revenus des pêcheurs et des femmes transformatrices.

La politique gouvernementale de développement de la pêche artisanale est parfois contraire aux intérêts de la profession.

Du point de vue de la sécurité, des dégâts et pertes humaines sont causés par des collisions entre des bateaux industriels et des pirogues.

Le rôle des femmes

A l’occasion du 3ème congrès du CNPS, le rôle des femmes dans le secteur de la pêche sénégalaise a été qualifié de « primordial ». Elles interviennent notamment dans la transformation, la conservation et la distribution du poisson mais, malgré ce rôle prépondérant, elles reçoivent très peu de soutien dans leurs activités. Les comités locaux du CNPS sont dotés de cellules femmes chargées de défendre spécialement leurs intérêts. Ils ont également mis en place des structures d’accès au crédit.

Piliers de l’économie familiale, les femmes occupent une place prépondérante dans la filière de la pêche, entre le pêcheur et le consommateur. Ainsi, sur toutes les plages de débarquement, les opérations sont le plus souvent dirigées par les femmes. Elles attendent l’arrivée des pirogues. Ce sont des revendeuses indépendantes ou des femmes qui travaillent à la commission pour des pêcheurs. Elles sont chargées d’écouler les captures. Certaines pirogues ont une organisation familiale : le mari pêche et la femme s’occupe de la vente ou du traitement du poisson capturé.

Près de la moitié du poisson est transformé sur place (pour le marché local ou les autres pays d’Afrique). Si le poisson est abondant, il est acheté en groupe par les « transformatrices » puis partagé pour le traitement qui est essentiellement artisanal. La transformation valorise les excédents des captures et garantie un certain revenu aux producteurs. D’autre part, cette activité nécessite un faible investissement. Avec un peu d’aide, les transformatrices pourraient facilement améliorer les techniques de traitement et l’écoulement des produits afin de réaliser des marges plus élevées.

Les problèmes des femmes

- L’accès au crédit. Les femmes ont peu accès au crédit en raison des procédures complexes, du manque de garantie, de l’analphabétisme des femmes qui ont des difficultés à défendre leurs droits et du manque de flexibilité des organismes bancaires. Les femmes font donc appel à des systèmes de crédit informels - souvent à des taux usuriers - qui ne nécessitent ni apport ni garantie. La crédibilité de l’emprunteur repose sur la rentabilité de ses activités.

- Le manque d’infrastructures pour la conservation et le transport des produits frais est un frein à l’activité des femmes revendeuses. Les techniques traditionnelles, consommatrices de bois pourraient être améliorées (fours économiques type Chokkor). En raison du développement du tourisme, les activités de transformation sont souvent repoussées hors des plages. Les femmes voient ainsi leur coût de transport augmenter. Les femmes déplorent également les nombreuses taxes payées sur les lieux de vente.

- Les problèmes de santé et de qualité des produits dus aux eaux usées près des zones de stationnement des camions, des fumées dégagées, des dépôts d’ordure sur les plages, l’évacuation des déchets des usines installées en bordure de mer. Il n’y a pas d’infrastructure médico-sociale près de la plupart des centres de débarquement. Tout ceci influe sur la santé des femmes et la qualité des produits débarqués.

Mots-clés

pêche, femme, crédit, santé


, Sénégal, Afrique

Commentaire

Au niveau de l’organisation des femmes dans le domaine de la pêche, le Sénégal a une longueur d’avance sur la plupart des pays européens pourtant réputés moins discriminants sexuellement. Les femmes sénégalaises sont représentées dans les structures professionnelles locales, ont une démarche qui va à l’encontre de l’assistanat et lient l’amélioration de leurs conditions de vie (accès aux soins)à l’augmentation de la production et du revenu familial.

Notes

Synthèse issue des actes du 3ème congrès du Collectif National des Pêcheurs Sénégalais.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

CNPS (Collectif National des Pêcheurs Sénégalais) - BP 28306 - Dakar Médina, SENEGAL - Sénégal - mamalaniasse (@) caramail.com

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