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Quand les femmes inventent des voies non-violentes pour gérer les conflits - 2

Des stratégies de paix créatives et non-violentes

Ipek ILLKKARACAN, Nadia AISSAOUI, Caroline BRAC DE LA PERRIERE

10 / 1999

A l’occasion de la Conférence internationale sur la paix de La Haye (mai 1999), le chantier ’Yin Yang’ (masculin-féminin)de l’Alliance pour un monde pluriel, responsable et solidaire a réuni une vingtaine de femmes de différents pays actives dans des mouvements en faveur de la paix pour un atelier de travail de trois jours à Amsterdam. Il s’agissait, sur la base de leurs expériences, de réfléchir ensemble sur l’apport spécifique des femmes en matière de prévention et de résolution des conflits et, en élargissant la perspective, de s’interroger sur l’importance de la différence sexuelle dans l’organisation et la vie de nos sociétés, et sur la place essentielle des femmes dans tout processus de d’évolution et de transformation sociale. Suite à cet atelier, les participantes ont animé une session à La Haye le 13 mai, au cours de laquelle elles ont présenté le réseau qu’elles avaient constitué ainsi que les conclusions de leur travail collectif.

Dans la plupart des expériences d’activisme pour la paix échangées entre les participantes de l’atelier, il y avait un fil commun : l’usage de la non-violence comme une stratégie de résolution des conflits. Ce fut à travers l’exemple rapporté par la représentante de War Resisters International (USA)qu’apparut cette trame commune. En 1978, près de 3000 pacifistes avaient participé à une action pacifiste de désobéissance civile contre l’ouverture d’une centrale nucléaire aux USA en bloquant l’entrée de la centrale. Cela s’est terminé par l’arrestation de 1500 personnes, ce qui a causé bien des soucis aux policiers, qui n’avaient pas assez de place dans la prison pour mettre autant de personnes. C’est grâce à cette protestation pacifiste que plus aucune centrale nucléaire n’a été construite aux USA depuis lors.

En Géorgie, des femmes ont mené un programme d’éducation à la paix pour les enfants de Géorgie et d’Abkhazie visant à détruire l’image de l’ennemi et à construire des ponts pour un dialogue mutuel. En Italie, les femmes ont pris la tête d’une alliance de groupes de la société civile contre le crime organisé ; elles ont intégré une formation anti-violence et anti-crime dans le programme scolaire, fait pression sur le gouvernement pour que les ressources confisquées à la mafia soient allouées à des causes sociales ; et de la sorte elles ont brisé la loi du silence qui laissait prospérer le crime organisé. Au Soudan, les femmes ont identifié et encouragé l’usage de méthodes locales traditionnelles de résolution des conflits, telles que le chant communal et le dialogue au sein des conseils de village. Aux USA, des ex-prostituées ont initié un cours de formation pour les prévenus mâles arrêtés pour faits de prostitution afin de leur faire prendre conscience de la violence et de la souffrance entraînées par la prostitution.

Au cours de la session organisée le 13 mai à La Haye, Rena Tagirova de la Helsinki Citizens Assembly, venue d’Azerbaïdjan, a parlé du conflit armé entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie à propos du mouvement séparatiste dans le Nagorno-Karabakh. Le conflit en cours a entretenu une construction imaginaire de l’ennemi dans les deux camps. Deux femmes, une Arménienne et une Azerie, ont lancé une initiative de diplomatie publique pour la paix. Rena a raconté que dans un premier temps la dirigeante de la Helsinki Citizens Assembly en Azerbaïdjan est allée à Yerevan pour rencontrer son homologue arménienne, et qu’à partir de là, les deux groupes ont commencé une campagne diplomatique en faveur de la paix en ouvrant des canaux de communication et de dialogue entre les groupes de la société civile et les médias des deux pays. Une des réussites de cette campagne fut la formation d’une chaîne de la paix passant par-dessus la frontière, composée de femmes et enfants des deux pays - dans une zone qu’ils ont décrétée préservée de conflit armé. La diplomatie publique a commencé à briser les images d’ennemi que les peuples azeris et arméniens avaient l’un de l’autre, et Rena a souligné qu’il s’agit là d’une base solide, sur laquelle le processus de paix peut continuer à se construire.

La dernière à parler à La Haye fut Marie-Louise Sibazuri, du Burundi, qui a expliqué la situation de conflit armé entre les deux ethnies Hutu et Tutsi qui a entraîné de nombreuses déportations de populations à l’intérieur du pays. Le combat entre les deux groupes ethniques correspondait à une lutte pour le pouvoir politique et le contrôle des ressources, et la militarisation croissante tenait sa force de l’approfondissement des divisions et de l’animosité entretenue au sein de la population. Marie-Louise Sibazuri a présenté l’oeuvre de paix de deux groupes auxquels elle appartient. En tant qu’activiste sociale, elle a travaillé avec un groupe de femmes composé de représentantes des deux ethnies ; elles sont passées par une formation sur la résolution des conflits et ont entrepris la mise en place de camps de la paix dans chaque communauté ethnique. En tant qu’artiste, elle a travaillé avec une troupe de théâtre à la production et à la diffusion de programmes pour la paix à la radio nationale. Dans les provinces où les programmes étaient diffusés, ils ont su retenir l’attention du public, et il en résulta concrètement le retour de personnes déplacées dans leurs villages, ce qui fit diminuer substantiellement le nombre des déportés dans le pays.

Mots-clés

femme, violence, diplomatie, non violence, radio, irénologie, construction de la paix, médias et culture de paix, réfugié, société civile


, , Burundi, Azerbaïdjan, Arménie

Commentaire

Dans chacune de ces expériences, les femmes ont inventé des stratégies non-violentes créatives pour résoudre les conflits, en construisant des ponts de communication entre les camps opposés, et en occupant les espaces vides ménagés par la guerre pour s’organiser autour de causes sociales, construire des réseaux de solidarité, éduquer les enfants à la paix, promouvoir la diplomatie publique afin de briser les images artificielles de l’ennemi. Tout cela visant à établir une base solide pour un processus durable de construction de la paix.

Notes

Ce texte est une contribution au travail mené par le chantier Yin Yang (masculin-féminin)de l’Alliance pour un monde responsable et solidaire en marge de la Conférence internationale pour la Paix de La Haye (mai 1999)sur le thème ’femmes et paix’. Fiche originale en anglais. Contacts : Hoda Rouhana. E-mail : wluml@mnet.fr. - Rim Natour. E-mail : rimrich@wanadoo.fr.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

The Hague Appeal Session report : When women invent non violent ways to deal with conflicts

Chantier Yin Yang - Contact : Nadia-Leïla Aïssaoui - Tel + 33 1 49 60 14 29 - - nadialeila (@) hotmail.com

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