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L’inégalité entre mari et épouse(s) dans l’activité agricole (Thiès, Sénégal)

Fatou BOCOUM, Séverine BENOIT

06 / 2001

Fatou Bocoum, conseillère à la FONGS (Fédération des ONG paysannes Sénégalaises) :

"Dans les activités agricoles, les hommes occupent la place centrale parce qu’ici les femmes n’ont pas le droit au crédit pour les intrants agricoles. Le gouvernement sénégalais responsabilise le père de famille. Seul ce dernier reçoit les crédits agricoles, les intrants agricoles, les crédits pour le matériel, et c’est le chef de famille qui est propriétaire des surfaces à exploiter. Pour que cela change, il faudrait que le gouvernement change sa politique de crédit et il faudrait qu’il y ait un lavage de cerveau pour que les gens ne disent pas que la femme ne doit pas accéder à la terre. Traditionnellement, la femme n’a pas de terres. Ils disent que, quand la femme se marie, elle quitte le foyer, elle va dans un autre foyer. Si elle héritait des terres de sa famille, elle les emporterait hors de cette famille. Si bien qu’elle n’hérite pas. Et quand il y a héritage des biens familiaux, si le garçon a 2 parts, la femme ne reçoit qu’une part. Cela constitue aussi un handicap pour la femme.

Des ateliers de discussion ont été tenus sur le foncier : "comment faire pour que la femme accède à la terre". Et chaque fois qu’on pose cette question, les hommes disent : "Les femmes ont de la terre". Mais en réalité, quelle terre ? Même la terre de leurs maris, elles ne l’ont pas. Quelle terre ? La terre la moins fertile, la plus éloignée du village, ou bien une petite superficie juste pour planter les légumes d’hivernage. Mais elles n’ont pas droit à la bonne terre, elles n’ont pas le droit de semer pendant la 1ère pluie, elles n’ont pas le droit d’utiliser le matériel agricole si l’homme n’a pas encore fini son champ avec ce matériel. L’homme dit : "Tout ce que je fais c’est pour la femme et mes enfants". Mais en réalité, avec la conjoncture économique maintenant, cela pose beaucoup de problèmes : l’homme n’arrive pas à subvenir aux besoins de la famille. Si bien que la femme aussi a besoin quelques fois d’être aidée, épaulée pour cultiver et ainsi participer financièrement à la vie normale de la famille.

Dans la religion musulmane, la femme ne doit rien faire, c’est l’homme qui doit travailler et amener les ressources. Dans la réalité, ce n’est pas cela. Avec la pauvreté qui s’installe ici, ce sont les femmes qui sont en train de sauver les foyers maintenant. Le petit travail qu’elles font (le petit commerce, les caisses d’épargne, le fait de planter les petits légumes) c’est cela qui nourrit la famille, ce n’est plus l’agriculture. Il a été démontré noir sur blanc que l’agriculture ne nourrit plus son homme. La femme joue un rôle économique central, plus important que celui de l’homme, mais qui n’est pas valorisé. Ce n’est pas reconnu et c’est cela la question fondamentale. Tout ce travail, tous ces efforts fournis par la femme, statistiquement ce n’est pas valorisé. On ne voit pas ce que la femme apporte et pourtant c’est plus important que l’aide alimentaire ! Les hommes, les décideurs, je dirais la société en quelque sorte, ne veulent pas évaluer ce que les femmes apportent.

Je me suis aventurée à faire une étude sur les exploitations familiales : agriculture d’hommes, agriculture de femmes. Cette étude nous prouve premièrement que le type d’agriculture que les femmes réalisent protège la terre parce qu’elle n’est pas industrielle, pas extensive et est menée de manière traditionnelle. Deuxièmement, cette agriculture, que j’ai tendance à appeler "permo-culture", est permanente, et permet d’assurer d’une manière quotidienne les ressources de la famille. D’après l’étude, la contribution des femmes à la vie de la famille peut aller jusqu’à 70 pour cent . Des hommes m’ont dit que dans leur maison c’est la femme qui assure le repas du soir. Et personne n’a nié. Donc, l’homme donne le repas du midi et les femmes assurent le petit déjeuner, le repas du soir, l’éducation et les soins des enfants. Quand j’ai demandé à quoi servent les ressources du mari, on m’a dit : "C’est pour construire la maison, assurer le repas du midi, acheter des bêtes et pour chercher une autre femme".

Mots-clés

femme, production agricole, genre, inégalité sociale, droit foncier


, Sénégal, Thies

Commentaire

La politique agricole du gouvernement sénégalais ne reconnaît que le chef de famille comme chef d’exploitation. Une femme mariée n’a donc pas droit à la terre, ni au crédit agricole. Pourtant ce sont souvent ses activités à elle qui assurent une part importante de la nourriture quotidienne de la famille, une part obtenue par un type d’agriculture qui, selon notre interlocutrice, protègerait la terre.

Notes

Madame Fatou BOCOUM est une permanente expérimentée de la FONGS chargée d’épauler les activités des femmes au sein des associations. Voir les fiches GRAD 480 à 486 issues du même interview.

Entretien avec BOCOUM, Fatou réalisé à Thiès en février 2001.

Source

Entretien

BENOIT, Séverine

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