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Une analyse du leadership féminin par la permanente chargée de la promotion féminine à la FONGS (Thiès, Sénégal)

Comment faire émerger des leaders sans les couper de la base

Fatou BOCOUM, Séverine BENOIT

06 / 2001

Fatou BOCOUM, conseillère permanente pour la promotion féminine à la FONGS (Fédération des ONG paysannes Sénégalaises) :

« C’est à la base qu’il faut commencer à voir des leaders femmes, à les observer au niveau des organisations paysannes. Je crois que le leader, c’est inné, c’est quelque chose qui est dans le fond. Quand on voit telle personne, on sait que si on la pousse elle sera sûre de diriger. Parce qu’un leader, c’est quelqu’un qui dirige. Nous, nous avons le « réflexe » envers les leaders potentiels, on les sent au niveau des organisations à la base. Quand on les identifie, on met le paquet, l’accent sur leur formation. D’abord, si c’est une femme analphabète, il faut développer ses capacités d’alphabétisation pour qu’elle puisse lire et écrire toute seule. Ensuite travailler pour qu’elle puisse s’assumer, prendre des responsabilités et s’assumer dans le cadre du travail. Donc, si c’est une femme qui doit être trésorière, on renforce ses compétences en comptabilité etc. Si elle doit être présidente, on renforce ses capacités pour lui permettre de savoir comment diriger, comment mener les réunions, comment négocier avec les partenaires etc. Donc, c’est déjà de l’information, on commence à les dispenser aux femmes leaders à la base. Elles commencent à prendre des petites responsabilités à la base et de plus en plus, elles se positionnent. Si elles étaient à un niveau « village », elles évoluent jusqu’à un niveau « groupement ». Du niveau « groupement », elles évoluent jusqu’à un niveau « association ». Puis du niveau « association », elles montent jusqu’à la région, et ensuite à la FONGS.

C’est l’illustration de notre Présidente. Elle a été distinguée depuis la base, elle est montée, montée, jusqu’au niveau de l’organisation faîtière. Et même là, à la FONGS, elle continue à se former pour être au même niveau que les femmes qu’elle retrouve au ministère, ou bien les femmes qu’elle retrouve dans la sous-région. Actuellement, elle négocie les projets, le programme de la FONGS aussi. Pour négocier le prochain programme de la FONGS, elle était à Bruxelles avec une autre femme de Casamance. Elles étaient deux avec trois hommes. C’est comme cela qu’on progresse, c’est dans l’apprentissage, dans la pratique, en faisant des erreurs, en les corrigeant. Le leadership ne vient jamais comme cela, c’est quelque chose que l’on travaille. Il y a des échelons : il faut travailler à tel niveau, maîtriser ce niveau, aller dans un autre niveau, le maîtriser etc. Il y a plusieurs niveaux à maîtriser parce que pour chaque niveau, il y a des comportements et des capacités à développer.

Mais on fait attention à ce que les leaders restent proches des femmes de la base parce qu’on ne veut pas que les leaders se coupent de leur base, pour rester au top niveau. Par exemple, notre secrétaire général vit au village. Après son travail à la FONGS, il rentre dans son village Améré, un petit hameau, et pourtant il est Président d’une organisation sous-régionale et Président d’une communauté rurale. Si la présidente aujourd’hui n’est pas là, c’est parce qu’elle est allée dans son village : il y a quelque chose qui est en train de se faire là-bas avec son groupement. De tous les administrateurs de la FONGS, personne n’habite à Thiès. Seuls les permanents habitent ici, tous les autres sont dans les villages et les groupements. Et quand la Fédération a besoin d’eux, ils viennent travailler pour deux ou trois jours et ils rentrent.  »

Mots-clés

pouvoir, femme, organisation paysanne, développement local, promotion des femmes


, Sénégal, Thies

Commentaire

Notre interlocutrice explique comment elle fait pour repérer dans les villages les femmes qui ont des aptitudes pour créer la confiance et diriger et comment elle se tient prête à soutenir leurs responsabilités. Toutefois elle souligne, avec l’exemple notamment de la présidente de la FONGS, que cette « montée en grade » doit se faire sans que les leaders ne se coupent du milieu qui les a enfantés.

Notes

Madame Fatou BOCOUM est une permanente expérimentée de la FONGS chargée d’épauler les activités des femmes au sein des associations. Voir les fiches issues du même interview n° GRAD : 481 à 486.

Entretien avec BOCOUM, Fatou réalisé à Thiès en février 2001.

Source

Entretien

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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