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Les ressources de l’UPPM : Union Provinciale des Producteurs de Coton et de Céréales du Mouhoun (Burkina Faso)

Comment combiner les cotisations des groupements membres et les apports d’aide extérieure

Christophe VADON, Pierre BICABA

07 / 1998

Pierre Bicaba, président de l’Union Provinciale des Producteurs de coton et de céréales du Mouhoun explique ceci :

« L’UPPM n’a pas de bailleur de fonds. Tout ce que nous faisons est payé à partir de nos propres fonds. C’est la politique de l’UPPM qui, au départ, a voulu compter sur ses propres moyens car monter une association qui repose sur l’extérieur, ce n’est pas pour la faire longtemps. Il est important d’amener les producteurs à comprendre qu’ils doivent prendre leur développement en main. Surtout au niveau du fonctionnement, qui ne doit pas venir de l’extérieur. Les gens ont compris cette sensibilisation. Avec la régularité des cotisations, on arrive à se prendre en charge.

Les frais par mois sont de 360 000 CFA (soit 3 600 FF). Notre local nous le payons 30 000 CFA par mois. Les frais de téléphone ? La dernière fois le téléphone a été coupé car les cotisations étaient épuisées. Il y a eu des cotisations anticipées pour payer les frais de téléphone (264 000 CFA) et il a été réinstallé.

C’est maintenant seulement, en 1998, qu’on monte des projets. Pour les demandes d’argent on fera appel à des ONG. Mais nous voulons un appui à long terme. C’est un problème d’actualité. Si on a besoin d’un technicien, l’UPPM ne peut pas payer, nous avons besoin d’un financement extérieur. Parce que payer des moyens de transport comme cette moto par exemple, l’UPPM ne peut pas. Il faut un appui extérieur. Cette année et il y a deux ans, nous avons fait de l’appui à l’approvisionnement.

Nous avons négocié avec la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA). C’est une banque de développement, et elle a accordé des crédits aux unions départementales membres de l’UPPM, pour acheter directement des produits, sans passer par la SOFITEC. Mais l’argent n’a pas été donné à ces unions. La CNCA a donné son accord (pour prêter à une liste de groupements). Les opérateurs économiques ont envoyé le produit directement aux groupements et ils sont partis récupérer leur argent à la CNCA. L’UPPM n’a jamais servi de lien entre une organisation paysanne et une ONG.

La première aide demandée est pour la formation en matière de gestion. Il y a une association à Ouaga, l’Association pour le Financement des Organisations Paysannes (AFOP). Nous sommes en négociation avec elle pour un appui à la gestion comptable.

Avec les AFDI (Agriculteurs Français pour le Développement International), c’est l’appui à la gestion des exploitations et avec l’AFOP c’est l’appui à la gestion comptable et au management des organisations paysannes. Il faut amener les unions départementales à pouvoir gérer de façon cohérente leur union. Jusqu’à maintenant, si vous demandez à un trésorier le rôle qu’il joue dans son association, il n’est pas en mesure de le faire. Si vous demandez les outils qu’il utilise, il n’en a pas. C’est un sujet que l’AFOP a accepté. On attend le financement. Le suivi, l’évaluation, sont confiés à l’AFOP. Les projets tardent, surtout du côté des AFDI. On commence à ne plus y croire.

En avril 1997, l’Etat a fait rapatrier en France le coordinateur des activités des AFDI au Burkina. Nos partenaires ont coupé sans nous informer. Il a fallu un séjour de l’un des leurs pour savoir ce qui c’était passé. Il a juste dit qu’il y avait des problèmes et qu’il fallait éclairer cela d’abord. J’ai insisté et j’ai demandé à rencontrer les partenaires. Ils m’ont fait venir en France, au mois de mai 1997, pour une semaine. On a renégocié. Nous sommes en partenariat avec l’AFDI de Picardie. Nous avons choisi 60 paysans pilotes pour faire des comparaisons. Nous allons avoir nos propres formateurs qui seront choisis à l’UPPM pour travailler avec un volontaire français de l’AFVP (Association française des volontaires du progrès). Si on a ce genre d’encadrement, c’est fait pour les besoins des paysans et défini par eux. Donc, il y aura (pour le coton) deux encadrements : celui de la SOFITEC et le nôtre. On pourra faire des comparaisons. Pour élaborer ce projet, on a reçu l’aide du coordinateur de l’AFDI. La collaboration avec l’AFDI est fructueuse. Elle peut faire de la formation, donner de l’appui financier aux techniciens s’ils les ont. Nous, nous avons préconisé des formateurs endogènes qui vont travailler avec un expatrié pendant trois ans. Quand il partira, on aura des gens sur le terrain. Il est prévu que chaque année, chaque formateur exogène aura sous sa responsabilité la formation de formateurs endogènes. Donc, on se retrouvera avec une dizaine ou une vingtaine de formateurs. L’expatrié va apprendre comment on travaille ici. Il sera sous la responsabilité de l’UPPM, pas de la France. Il sera notre employé, c’est nous qui recevons les fonds, nous avons un droit de regard. Ils sont en train de chercher quelqu’un qui ait au moins 3 ans d’expérience sur le terrain. Le démarrage du projet est prévu pour avril 1998. Notre dernière rencontre date de novembre 1997. On s’est entretenu une semaine et l’AFVP a donné l’accord de principe ».

Mots-clés

organisation paysanne, financement, filière de production, coton, ONG du Nord, ONG du Sud, conflit, crédit, développement local, Etat


, Burkina Faso, Mouhoun

Commentaire

Ce texte présente la façon dont une Union Provinciale de Producteurs se débrouille pour gérer à la fois ses propres ressources et les ressources de l’aide. Une opération pas facile quand l’Union elle-même a choisi de ne pas s’occuper de financement ni de récupérer des ristournes (sur la vente du coton) au sein des associations qui la composent. Quant au concours de l’aide extérieure, en particulier celle des AFDI (Agriculteurs Français pour le Développement International), il y a des hauts et des bas dans la relation sur un sujet aussi délicat pour la Coopération française officielle : d’un côté rester en bonne relation avec l’Etat burkinabé, de l’autre épauler ce qu’il est convenu d’appeler la société civile : un exercice parfois acrobatique où les ONG du Nord jouent -à leurs risques et périls- un rôle de tampon.

Notes

Le leader paysan Pierre Bicaba a été interviewé à deux reprises en 1996 et en mai 1998.

Voir les fiches DPH n° : 5.202; 5.211; 5.212; 5.213.

Voir les fiches GRAD n° : 212 à 216.

Entretien avec BICABA, Pierre réalisé au Burkina Faso en mai 1998

Source

Entretien

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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