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Intérêt et danger de la présence de volontaires étrangers au sein d’une association paysanne (Bédogo, Tchad)

Vincent GUELMIAN, Benoît LECOMTE

03 / 1998

Vincent Guelmian, paysan et ex-président du CODEB (Comité d’Organisation pour le Développement de Bédogo): "Le côté positif de la venue des volontaires au sein du CODEB, c’était "les voitures parmi nous". Si nous sommes malades, ils peuvent nous déposer au dispensaire ou à l’hôpital. Et puis, du côté des autorités, s’ ils sont avec nous quand on amène nos papiers ou autres choses, c’est facile, parce qu’un européen devant nos autorités, les problèmes ne se posent pas ! De ce côté là, la venue des volontaires, c’était très positif. Du côté du financement, quand un européen est avec nous et que l’on demande du financement à l’extérieur, cela ne tarde pas à venir parce que les bailleurs pensent que s’ il y a leur frère là-bas, la comptabilité et la gestion doivent bien marcher, donc l’argent, cela vient comme le robinet que tu ouvres ! Alors que si c’était nous seul, là ce sera comme un robinet fermé !

Mais d’autres côtés, avec leur "monnaie", ce n’était pas aussi positif ! Quand le volontaire est là, l’argent est là et les gens ne veulent pas travailler comme avant. C’est ce que je trouve mauvais.

Par exemple, quand un volontaire organise une session de formation, il fait de telle sorte que tous les membres du CODEB pensent que le travail du volontaire, c’est bon, c’est bon, c’est bon !!! Il donne des fournitures, des cahiers, des bics, il donne aussi à manger, du thé et tout et tout, parce que "c’est un gars avec des moyens".

Pendant les quelques mois de son congé, avant son retour on a organisé nous-mêmes une formation. Nous lui avions demandé, avant son départ, de nous fournir des fournitures pour cette formation, il a refusé. Nous avons fait la formation, mais il y a beaucoup de critiques; et pour une 2ème formation, les gens ont refusé de venir; ils ont dit que le volontaire nous avait donné des moyens pour faire bien comme lui faisait, mais que, nous, nous avons bloqué ces moyens et que c’est pour cela que nous n’avons pas pu faire aussi bien que lui. Cela a créé la mésentente entre nous les responsables et les membres des CODEB locaux. De ce côté la présence des volontaires est difficile, cela donne un point négatif.

Ils nous ont donné beaucoup de formations, dès qu’ils sont partis, les " formés " ont tout oublié. Il y a un tas de gens qui ont été formés, mais à part deux d’entre eux qui ont mis sur place des diguettes énormes dans leurs champs, les autres n’ont rien fait de ce qu’ils ont appris. Quand le premier volontaire est revenu, il a fait une tournée dans tous les lieux où il avait tenu des cours et il a vu que dans le domaine de l’agriculture, c’est néant; les gens n’ont rien mis en pratique des nouvelles techniques qu’il avait enseignées. Je ne sais pas pourquoi, peut-être qu’ils ont fait cela pour le volontaire et non pas pour eux ! Pour gagner à manger ou de l’argent, je ne sais pas. Mais pas pour leur intérêt personnel. Ils lui ont même dit qu’ils le feront (appliquer ses conseils) s’ il leur donne de l’argent ! Mais pour le moment qui va leur donner de l’argent pour faire cela ?

Mais il faut dire que cela dépend de la personne même du volontaire. Par exemple, chez nous, notre premier volontaire avait la "main ouverte" pour (donner à) tout le monde. Tout le monde venait chez lui ! Mais le 2ème lui, ne faisait pas cela; il s’occupe seulement de l’association et toujours avec les responsables pour qu’ils fassent leurs activités. Alors là, c’est bon. Mais avec le volontaire qui dit que lui va tout faire, que lui il est bon ! Non ! Il est bon mais il va mettre l’association "en carcasse" comme cela.

Mots-clés

organisation paysanne, développement local, formation permanente


, Tchad, Bedogo

Commentaire

L’ancien président d’une association paysanne dit clairement ce qu’il pense du volontariat. Selon lui, l’action d’un volontaire étranger pour appuyer la mise en route d’une association villageoise, au Sud du Tchad, peut avoir à long terme des effets plutôt pervers pour la vitalité de l’association que l’étranger est venu appuyer. Une critique vive et précise de l’intérêt et des limites d’avoir "des voitures et cette monnaie-là parmi nous !"

Notes

Notre interlocuteur a expliqué longuement sa propre évolution, mais aussi ce qu’il avait observé comme effets positifs et négatifs des apports de l’aide. Plusieurs fiches DPH ont été établies : n° DPH : 7.467; 7.505.

Entretien avec GUELMIAN, Vincent réalisé en février 1998 à Bédogo

Source

Entretien

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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