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Naissance et croissance d’une association régionale : la FAPAL (Fédération des Associations Paysannes de Louga, Sénégal)

Malick SOW, Benoît LECOMTE

02 / 1998

Malick Sow, (Secrétaire Général de la FAPAL) décrit ainsi sa fédération :

"La FAPAL (Fédération des Associations Paysannes de Louga) a vu le jour en 1987, suite à une réflexion des militants du développement quant à l’aide et au désengagement de l’Etat vis-à-vis du milieu rural. Ils ont mûri une réflexion pour mettre sur pied une fédération qui regroupe aujourd’hui 29 groupements (11 au début) et 1 540 membres qui cotisent régulièrement. Après avoir analysé les interventions des ONG, qui financent des projets d’une durée très courte et sans aucun suivi, la FAPAL s’est créée pour essayer de suppléer au départ de ces gens, pour essayer de gérer, de capitaliser ce que les ONG ont réalisé.

Nous avons adhéré à la FONGS en 1990 et avons pu bénéficier d’une formation solide pour renforcer nos capacités. Nous avons des partenaires étrangers qui nous soutiennent dans nos actions, ce qui nous permet de mieux revaloriser notre identité paysanne, de mieux faire passer nos idées, de mieux lutter contre la mentalité d’assisté.

L’un des objectifs de la création de la FAPAL était aussi de fixer les jeunes ruraux dans leur milieu. Parce que le monde rural se vidait des bras les plus valides au profit des villes, avec des répercussions sur la production, la réduction des surfaces emblavées, etc. Nous avons alors essayé, grâce à nos réalisations, de retenir les jeunes avec un tant soit peu d’appuis et une sensibilisation accélérée qui est en train de porter ses fruits.

Et puis des diplômés reviennent vivre au village depuis quelques années et ceci renforce la FAPAL. Il n’y a pas de gens, à la FAPAL, qui ont fait l’université. Mon niveau d’étude est la classe de 3ème. Certains qui ont leur bac viennent aujourd’hui adhérer. Avant, il y avait un certain "complexe" des petits intellectuels, comme moi, comme d’autres, qui avaient des préjugés sur le paysan sénégalais. Pour eux, être paysan ou être éleveur ne signifiait absolument rien. Mais aujourd’hui, avec une revalorisation de l’identité paysanne, avec des paysans de plus en plus conscients de leurs préoccupations, je crois qu’on observe un retour de ces petits intellectuels, des "diplômés", vers le milieu d’origine, vers la terre, les animaux, le bétail. Ils commencent à venir à la FAPAL, petit à petit, à travers leurs groupements. Certains mêmes s’organisent avec d’autres villageois afin de devenir membres.

Car pour être membre de la FAPAL, il faut appartenir à un groupement de base. Pour être membre aussi, il faut respecter un certain nombre de critères. La FAPAL suit votre cas pendant 6 mois, 1 an. Vous assistez aux réunions, on vous invite dans des Conseils d’Administration ou des rencontres pour s’observer, mieux se connaître. Et au bout de ce temps, la FAPAL pourra dire que tel groupement remplit les critères voulus ou que tel autre ne les remplit pas encore. Les 2 critères essentiels sont d’abord la discipline puis le respect des cotisations que nous fixons. Respecter aussi les statuts, la philosophie de la FAPAL. Si au cours des 6 mois - 1 an, nous constatons que tel ou tel groupement ne correspond pas vraiment à notre philosophie, on déchire la demande.

Aujourd’hui, la FAPAL intervient dans toute la région de Louga. Ses réalisations se situent au niveau de deux départements. Nous venons de démarrer un programme quinquennal qui va nous permettre d’atteindre le 3ème département et de prendre en compte toutes les préoccupations des gens (pêcheurs, agriculteurs, etc.).

Notre philosophie est d’avoir quelque chose de solide et de le consolider avant de nous élargir. Nous envisageons, lors de la prochaine Assemblée Générale, d’entrer dans le département de Linguère où nous n’avons pas encore pris pied mais qui a des demandes énormes. Car notre dimension ne se mesure pas seulement à travers le nombre de membres, mais également à travers notre "ancrage"; c’est-à-dire que nous avons des représentants au niveau des collectivités locales et des communautés rurales. Nous avons des membres qui sont chefs de villages, présidents ou membres des Conseils Ruraux, membres également des conseils municipaux et régionaux. Nous pouvons dire que la FAPAL est une fédération marquante de la région de Louga, puisque, à chaque fois que le besoin se fait sentir, les autorités n’hésitent plus à nous associer à leurs réflexions ou à nous inviter lors de rencontres.

Il n’y a, dans la région de Louga, que la FAPAL comme fédération d’associations paysannes. D’autres associations commencent à naître mais ne sont pas encore constituées en tant que fédération. En dehors des structures classiques, comme les coopératives et les regroupements des éleveurs (au sein de leurs Groupements d’Intérêts Economiques), il y a les Ententes de Barkedji dans le département de Linguère et d’autres associations qui ont vu le jour, comme ADID qui travaille avec OXFAM-Grande-Bretagne".

Mots-clés

organisation paysanne, décentralisation, ONG, exode rural, développement local


, Sénégal, Louga

Commentaire

Notre interlocuteur décrit comment s’est fondée, en 1987, une fédération régionale d’associations paysannes au Sénégal. Il précise à quelles conditions sont acceptés les groupements candidats et comment des intellectuels comme lui-même sont tentés, en 1998, de revenir au village et de contribuer à l’administration de cette fédération. Il est clair que la fédération est devenue incontournable et qu’elle influence les décisions publiques et privées concernant le développement local et régional.

Notes

Sur d’autres fiches, notre interlocuteur présente son association ainsi que la vision du développement que celle-ci applique à ses projets. Une vision réaliste tant sur l’aide extérieure que sur la difficulté de la tâche à accomplir au sein d’un système complexe d’ONG et de projets d’aide au développement. (Voir fiches GRAD n° : 77 à 83. Voir fiche DPH n° : 7.256 (correspondant GRAD n° : 82).

Entretien avec SOW, Malick réalisé à Thiès (Sénégal) en décembre 1998.

Source

Entretien

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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