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Projets, fonds souples, programme : une comparaison, par le président de l’ARAF (Fatick, Sénégal)

Des outils pour construire et/ou détruire l’autonomie d’une organisation paysanne

Mathieu DIOUF, Benoît LECOMTE

02 / 1998

Mathieu Diouf, président de l’ARAF (Association Régionale des Agriculteurs de Fatick) : "Chaque instrument d’aide a ses avantages comme ses inconvénients. Les fonds souples, leur avantage était d’obtenir l’argent au moment opportun. Mais le problème c’est que si tu ne fais pas attention, comme tu as facilement reçu cet argent, tu risques de l’utiliser à d’autres fins. Lors de crises institutionnelles si l’association n’a plus les moyens de se retourner, de former des animateurs paysans et de payer leurs moyens de déplacements, les fonds souples sont importants pour aider cette association à sortir de cette crise institutionnelle.

Quant aux projets, leur avantage est qu’ils sont restreints et faciles à suivre. Mais ils ne durent pas longtemps. Au moment où les gens commencent à voir clair, le projet se termine. Un projet est bon au moment où l’organisation commence à se développer, à devenir adulte. Parce que le projet peut être une expérience, un test par rapport aux activités de l’organisation, par rapport également aux relations avec les partenaires. Si tu prends un projet comme test, cela peut te permettre d’estimer si tu peux t’engager pour un programme ou non.

Pourquoi faisons-nous des programmes ? Nous avions rencontré des difficultés sur des petits projets : un partenaire venait pour faire un puits à un endroit, un autre venait pour faire un magasin ailleurs. C’est alors difficile à gérer parce que ce n’est pas beaucoup et que chacun cherche à imposer sa façon de faire. Nous, pour pallier cette difficulté, nous avons fait un programme, soumis aux partenaires, en leur disant que c’était vraiment notre "menu" que nous avions mis sur la table, qu’ils n’avaient qu’à prendre la partie qui les intéressait et ainsi, d’un commun accord, nous nous sommes mis ensemble. Cela permet, en tous les cas, de réunir les différents partenaires autour d’une table. S’engager dans un programme, c’est tracer une voie pour 3, 4 ou 5 ans sur laquelle tu es d’accord de cheminer avec des objectifs précis, des activités concrètes, un mécanisme de suivi, d’évaluation et d’organisation. Il faut identifier l’ensemble des besoins des divers groupements qui vont réaliser ce programme, les classer en fonction de leurs priorités, et essayer d’étendre ce programme dans le temps.

Le programme de trois ans que nous avons élaboré et négocions actuellement prend en compte les préoccupations des membres de l’association à savoir : la gestion des ressources naturelles, et les préoccupations des femmes, l’allègement de leurs travaux grâce à des moulins à mil notamment. L’Etat nous a dit de nous débrouiller, nous paysans. Tout cela, nous l’avons pris en compte dans notre programme. Pour les trois années à venir, voilà où nous voulons aller, voilà ce dont nous avons besoin, voilà les moyens que nous devons mettre là-dedans. Le reste sera demandé au partenaire.

Celui qui veut nous aider ne doit pas prendre qu’un seul volet parce que tout est lié. Si tu prends seulement les semences, alors la dégradation de l’environnement va rester. C’est un programme cohérent parce que ce sont des actions qui ne peuvent fonctionner qu’ensemble.

Quand on évalue, on fait un bilan de ce que chaque partenaire a pris en charge. Prenons par exemple le cas de l’organisme belge VITAS : on a fait un audit financier avec l’USAID (projet d’appui aux ONG) qui a fait ressortir tous les financements venus des différents partenaires ; puis on a envoyé à VITAS et à chacun des autres partenaires un exemplaire de cet audit et ils ont pu se retrouver et dire : "voilà ce que j’ai financé dans le programme de l’ARAF". C’est une façon de rassembler nos partenaires.

La difficulté de l’outil "programme" est de savoir comment arriver à le financer. Cela prend du temps. L’avantage c’est que dès que le financement est décroché, tu es sûr que tu vas cheminer vers une direction claire. Les programmes sont destinés à des organisations suffisamment organisées, ayant une dimension assez importante, et qui ont vraiment de l’expérience pour les activités qu’elles veulent mener. Parce qu’il y a beaucoup d’exigences, des évaluations, etc., ce n’est pas n’importe quelle association qui peut réussir à négocier puis à conduire un programme.

L’aspect qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que quelles que soient les aides -au début des fonds souples (maintenant finis) puis des projets (terminés également) et maintenant des programmes- il viendra un jour où il faudra se prendre en main. Donc la chose à faire est d’essayer de voir quels sont les voies et moyens pour se prendre en charge. Sinon, les réalisations ne durent pas. On peut, à mon avis, élaborer des programmes comprenant des activités entrepreunariales. Celles-ci, à la longue, permettront l’autonomie financière et couvriront les charges institutionnelles de l’association".

Mots-clés

organisation paysanne, solidarité, développement local, projet de développement


, Sénégal, Fatick

Commentaire

Mathieu Diouf, président de l’association paysanne sénégalaise ARAF (Association Régionale des Agriculteurs de Fatick), a connu plusieurs instruments de co-financement par l’aide extérieure. Il compare brièvement le projet, le fonds souple et le programme élaboré et négocié par l’association elle-même.

Notes

Notre interlocuteur, président d’une association membre de la Fédération des ONG du Sénégal, s’inscrit dans la démarche générale des Organisations Paysannes du Sénégal de la fin des années 90 où l’aide diminue.

Entretien avec DIOUF, Mathieu, réalisé en décembre 1997.

Source

Entretien

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