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Comment échapper à la tutelle d’une ONG quand on est une union locale d’organisations paysannes ?

Le point de vue d’un président d’association paysanne (Niil Jam, Fandène, Sénégal)

Noël TINE, Séverine BENOIT

11 / 2001

Noël Tine, président de la fédération Niil-Jam à Fandène, donne deux conseils aux unions d’OP :

1/ Ne pas durer trop longtemps avec un seul partenaire :

"Parfois, la concurrence entre partenaires (une OP et une ONG) ça fait marcher les choses. Parce que si c’est une seule ONG qui intervient là, elle fait ce qu’elle veut. C’est cela qui nous a un peu retardé avec notre premier partenaire : il a vraiment trop duré sur le terrain. Dans l’évaluation, nous avons écrit que ce partenaire avait provoqué beaucoup de retard dans notre démarche. Parce que ses appuis pour nos programmes sont parfois des choses qu’il a fallu discuter pendant des années. Et parfois on n’a même pas eu l’appui. Cela nous a vraiment retardé, et il était vraiment temps de mettre l’accent sur l’autonomie. On a combattu longtemps avec eux, en cherchant d’autres partenaires, parce que, eux, notre autonomie ne les arrangeait pas.

Notre relation avec cette ONG vient à son terme, ce qui est logique. Il est normal d’appuyer les groupements, de les faire réfléchir et de les aider à développer leur propres activités jusqu’à ce qu’ils se prennent en charge; c’est à dire jusqu’à leur autonomie. Depuis 1989 jusqu’à présent on était avec elle seulement. Ce sont des relations qui se terminent. Désormais, on a encore avec cette ONG un seul programme, d’aménagement du plateau, financé par la Coopération française, Frères des Hommes Italie et Frères des Hommes France. La Coopération française avait demandé la garantie de l’ONG pour ce projet. L’encadrement technique, c’est l’ONG qui le fait mais ce sont les bailleurs de fonds qui ont financé.

Par exemple, pour ce programme d’aménagement, c’est moi qui fait les prévisions. Je fais les prévisions, je les amène à l’ONG, je fais le décaissement. Après on finance les activités, j’amène les justifications et je fais d’autres prévisions. Nous négocions directement avec le technicien. Et le compte du projet, c’est un compte joint qui est signé par mon nom en tant que représentant de la Fédération et par le coordinateur de l’ONG. C’est beaucoup mieux comme système, que si la gestion est laissée à l’ONG seule. Cela permet de former les gens, de leur apprendre à gérer. Et la Fédération a sa boîte postale. Ainsi, chaque information qui vient du bailleur est donnée en même tant à l’ONG et à la Fédération.

2/ Organiser un collectif pour faire face aux ONG :

Il y a aussi, au niveau régional, une coordination qu’on a mis en place : le Réseau des organisations populaires (OP) de la région de Thiès dénommé RENAPOP (Recherche, Nature et Populations). Ce réseau prend en charge tous les programmes des fédérations. On est en relation avec quelques partenaires européens, qui nous appuient parfois. Le problème c’est que jusqu’à présent on n’a pas eu un programme de financement de nos activités. On est toujours sur la voie de recherche pour l’évaluation, la planification et tout cela. On a déposé un programme à la Coopération française.

Mais ce projet déplaît à beaucoup d’ONG sénégalaises parce que la majeure partie des ONG profite de la pauvreté des populations pour pouvoir continuer leur activité. Et on peut dire que c’est le cas de notre premier partenaire car quand on a mis en place cette coordination, il y a eu des conflits avec eux. Ils avaient dit "autonomie" mais au fond de leur tête ce n’était pas cela. Parce que si les organisations ont leur autonomie, eux ils n’ont plus de raisons d’exister.

Petit à petit notre Fédération Niil Jama construit des partenariats diversifiés, comme avec l’ONG GREEN et avec la cellule AGRECOL et d’autres encore. Tous sont des partenaires. On continue dans le même sens pour les femmes, et pour les hommes, et on développe les actions de communication avec le GRAD (voir plus bas).

On a aussi un programme de recherche appuyé par le réseau ACROPAT d’Abidjan qu’on a connu par l’intermédiaire d’INADES-Formation. De ce programme de 3 ans, financé par INADES, on a déjà passé deux phases et c’est la troisième qui reste. C’est pour la recherche action, la planification, l’évaluation. Eux aussi nous ont beaucoup aidé. Surtout, on met l’accent sur les partenaires diversifiés parce qu’on a dans l’organisation de la Fédération des activités très diversifiées. Pour chaque activité il fallait chercher un partenaire différent".

Mots-clés

organisation paysanne, ONG du Sud, conflit, développement local, projet de développement, dépendance économique, concertation


, Sénégal, Thies

Commentaire

Le président de cette fédération ancienne montre combien il n’est pas facile pour une organisation paysanne (OP) de se délivrer de la tutelle de sa première ONG-partenaire, car c’est elle qui monopolise les relations avec les bailleurs de fonds. Elargir la gamme de ses partenaires et - en même temps - former par un collectif un front des organisations paysannes d’une même zone sont alors deux tâches complémentaires pour les dirigeants d’OP.

Notes

Voir sur la naissance de la Fédération l’interview d’Alphonse Tine DPH n° 5224.

Entretien avec Noël Tine réalisé à Fandène en février 2001

Source

Entretien

BENOIT, Séverine

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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