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Stratégies et prises de risque en faveur du changement de statut de la femme au Sénégal (Thiès, Sénégal)

Fatou BOCOUM, Séverine BENOIT

06 / 2001

Fatou BOCOUM, conseillère à la FONGS (Fédération des ONG paysannes Sénégalaises) nous déclare cela : « La situation idéale de la femme, c’est une femme qui arrive à faire son cycle de formation correctement, sans être interrompue ni par son mariage précoce, ni par les traditions ou je ne sais quoi. Une femme qui arrive à avoir du travail aux mêmes conditions que l’homme : à compétence égale, salaire égal. Une femme qui arrive à exprimer son point de vue quelle que soit la situation tant au niveau politique qu ’à un niveau économique. La femme idéale pour moi, c’est la femme qui arrive à régler ses questions économiques, à avoir des ressources, qu ’on lui permette en tout cas d’accéder aux ressources, au matériel agricole, d’avoir de la terre et d’avoir une certaine responsabilité . Voilà le statut dont on rêve. Entre le rêve et la réalité il y a un grand fossé . Pour arriver à le combler, il nous faut trouver une stratégie

Il faut travailler pour que la femme soit économiquement indépendante. Mettre en place des activités génératrices de revenus pour les femmes. Il faut qu’elles puissent se faire entendre, que le gouvernement, les décideurs sachent que les femmes sont là et qu’elles ont des besoins. Nous, une fois on s’est fait entendre : toutes les femmes de la FONGS sont descendues dans les rues de Dakar rencontrer les Ambassades et le Ministère de la Femme, pour dire que nous voulions vraiment une promotion au niveau de nos exploitations familiales. On a été appuyées par un partenaire hollandais (NOVIB). Cela s’est fait à l’occasion d’un atelier organisé pour préparer la grande rencontre de Beijing (CHINE). Il fallait mettre ne place un plan d’actions et nous, on ne voulait pas que les actions des femmes soient diluées dans le plan d’actions de la délégation gouvernementale.

Pour avoir cela, il fallait se faire entendre au niveau de Dakar par les Ambassades, les journaux, la télévision, la radio. Pendant presque trois jours il y a eu cet atelier-là. Alors le Gouvernement a choisi cinq femmes de la FONGS pour les envoyer à Beijing, dans le cadre du comité national. Actuellement, les femmes de la FONGS font partie du « Comité Constitutif de la Femme au Sénégal ». Dans tout ce qui se définit au niveau de la femme par l’Etat, les femmes sont embringuées. Cela a été efficace. De plus les bailleurs de fonds nous ont entendues. Il y a quelques financements, on a été soutenues. Les femmes de la FONGS ont été beaucoup plus visibles et Mme Sarr (présidente de la FONGS) participe à plusieurs réseaux de femmes tant au niveau sous-régional et national qu’au niveau international. Elle est même présidente du Réseau des Femmes Rurales. C’est comme cela qu’on est arrivées à se positionner, à être visibles et distinguées au lieu d’être cloisonnées là où on ne nous entend pas, où on ne nous voit pas, où on ne peut pas nous aider. Le Sénégal a ratifié un texte contre toutes les actions discriminatoires envers les femmes. Dans la théorie (ils ont signé) le Sénégal est d’accord pour cela depuis la rencontre des femmes à Beijing, cela fait bientôt 5 ans.

Dans la pratique je sais qu’il y a un certain suivi par le Ministère de la Femme et de la Famille. Par exemple, on a condamné et emprisonné des hommes qui avaient battu et tué leur femme. Et puis il reste à faire beaucoup de choses pour les femmes au niveau de la sécurité sociale. Quand un homme travailleur meurt, ses enfants bénéficient des allocations familiales. Mais si une femme travailleuse meurt, ses enfants n’en bénéficient pas alors qu’elle cotise au même titre qu’un homme. C’est la bagarre des femmes maintenant parce que c’est discriminatoire.

Les jeunes générations n’accepteront pas ce que nous avons accepté. Les filles de 18 ans aujourd’hui sont des filles qui vont se battre. Elles commencent à choisir des matières scientifiques. Elles disent qu’elles veulent être juges, avocates, etc. Ce sont ces femmes intellectuelles, minoritaires pour l’instant, qu’on caractérise ici de « féministes ». Elles sont en train de pousser les femmes pour leurs droits. Elles sont très mal jugées par la société mais grâce à elles, on commence à voir les choses se décanter. Et je crois et j’espère que cela va évoluer. »

Mots-clés

droits des femmes, identité collective, genre, liberté d’expression, féminisme, promotion des femmes


, Sénégal, Thies

Commentaire

Notre interlocutrice nous montre qu’une plus juste reconnaissance des femmes passe à la fois par un travail de terrain, auprès des femmes et de leur mari, mais aussi par un lobbying auprès du gouvernement pour faire évoluer la législation. Il reste encore du chemin pour faire entendre les valeurs des nouvelles générations d’hommes et de femmes. Mais les jeunes filles s’y emploient.

Notes

Entretien avec BOCOUM, Fatou réalisé en février 2001 à Thiès.

Source

Entretien

BENOIT, Séverine.

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