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Le bailleur de fonds n’a qu’à impliquer directement les femmes pour que son aide soit efficace (Ziguinchor, Sénégal)

Alimata SOUARE, Benoît LECOMTE

11 / 2001

Madame Alimata Souare, présidente régionale de la Fédération des Groupements de Promotion Féminine (Ziguinchor), explique ce qu’elle attend des bailleurs de fonds pour rendre efficiente l’aide qu’elle apporte aux femmes :

« Avant, ceux qui aident apportaient seulement du matériel pour le donner aux femmes sans demander (leurs souhaits), mais actuellement, avec notre façon de faire, je demande au village ce qu’il veut et peut faire et si cela rapportera. Parce qu’on ne peut pas dire au village : « on vous donne ça, il faut le faire forcément ». Non, le village va voir quel est le projet qui pourra donner un mieux. A partir de là, on demande l’aide. Actuellement, j’ai un petit projet de savonnerie qui donne très bien. Tout le monde utilise le savon. J’ai formé 200 femmes en savonnerie dans la région, mais comme nos financements sont petits je suis obligée de m’en tenir au département de Ziguinchor où il y a 111 femmes qui travaillent dans cette unité.

A l’aide internationale, nous demandons des petits projets productifs et on va se débrouiller avec ça. On a honte de continuer à demander. Nous voulons demander peut-être au début. Comme actuellement nous sommes dans les problèmes de démarrage, nous pouvons demander l’aide. Mais en dehors de ça, nous voulons des petits projets pour ensuite se débrouiller avec ces petits projets. Parce qu’on ne sait pas, ce bailleur de fonds là, s’il va continuer à nous donner ou si bientôt il ne donnera plus. Donc, on va pouvoir jongler avec ce qu’il nous a donné jusqu’à un moment peut-être où quelqu’un d’autre viendra nous trouver et nous donner quelque secours. Et encore ! Nous voulons que ce bailleur de fonds, si dans 5 ans il revient, il voit les résultats de ce qu’il a donné aux femmes au niveau de Ziguinchor.

On fait aussi des mini-projets pour groupements féminins des villages. Par exemple, les moulins qu’on donne ou les décortiqueuses produisent des recettes au groupement et les femmes prennent ces recettes pour partager entre elles, pour donner à chacune un petit fonds de roulement de commerce. Si on donne aujourd’hui à 5 femmes, elles travaillent quelques mois, on reprend cet argent et on redonne à d’autres femmes. Cela tourne entre les femmes. Et il y a encore un projet qui regroupe les Présidentes ou les Secrétaires, celles qui viennent au niveau départemental ou au niveau régional.

Le conseil que je donne à un bailleur de fonds, c’est de travailler avec nous et aussi de ne pas donner du riz, de donner des petits projets aux populations rurales pour que les femmes s’habituent à faire quelque chose, pour soutenir leur famille. Parce qu’il ne faut pas donner comme ça là, d’un seul coup. Et puis, le bailleur de fonds n’a qu’à impliquer les femmes à prendre les décisions. Nous les femmes, nous ne voulons pas être « sous-couvert », nous voulons aller discuter avec les bailleurs de fonds. Si c’est des crédits, nous signons notre crédit, tant de millions, directement aux femmes. Si c’est une subvention, toutes les femmes se rencontrent, la subvention est là de tant de millions; toutes les femmes vont savoir que maintenant nous travaillons directement avec les aides.

Depuis que j’ai des contacts directement avec les bailleurs de fonds, cela fait même pas deux ans, ceux-ci viennent visiter et vraiment ils sont contents de ce que nous sommes en train de faire et moi je suis contente des gens qui me donnent de l’argent. Et même s’ils ne viennent pas, la radio et les journaux en parlent et quand la radio parle, le bailleur de fonds qui t’a donné, il est content d’entendre cela.

Nous voulons aussi des formations pour qu’on fasse notre place dans le pays, parce qu’il y a des femmes qui ne connaissent pas quel est leur rôle dans ce pays, on a aussi des rôles à jouer dans le Sénégal, si on a des financements pour des formations. Il y a aussi, l’alphabétisation des femmes. Tu as vu, je suis en train de te parler et je tâtonne en français, aussi si on a des financements qui nous aident à mieux s’expliquer carrément avec les bailleurs de fonds directement, cela pourra nous aider. Moi, je peux me débrouiller, mais certaines femmes ne peuvent pas se débrouiller comme ça. Pourquoi ? Parce qu’il y a un manque d’aller à l’école. Mais ce n’est pas trop tard, l’alphabétisation est là. Si on a des formations, des moyens de nous former pour connaître, alors la femme devrait avoir sa place au niveau de la société. Beaucoup ne connaissent pas, n’assistent pas à des réunions. Nous-mêmes, c’est de temps en temps qu’on nous invite à des réunions mais si vraiment vous aidez les femmes directement à avoir leurs financements, cela c’est comme des formateurs qui nous forment. Là, chaque femme, même si c’est dans le village, va connaître sa place dans la société, c’est cela qu’on veut ».

Mots-clés

femme, projet de développement, ONG, alphabétisation, organisation paysanne, développement local, négociation


, Sénégal, Ziguinchor

Commentaire

Des petits projets pour soutenir les activités rentables des groupements de femmes, c’est cela que la présidente de leur fédération régionale demande aux organismes d’aide et « pas du riz ». Mais l’aide ne pourra être efficiente que si ce sont les femmes qui prennent les décisions et négocient l’aide. Enfin en joignant petits projets rentables et alphabétisation, la femme « va connaître sa place dans la société ». On ne peut mieux démontrer que l’articulation entre les actions est un point clef de l’appui à la promotion féminine.

Notes

Notre interlocutrice est une leader. Elle anime plusieurs types d’associations. Voir les fiches GRAD la concernant.

Entretien avec SOUARE, Alimata réalisé en juillet 1998 à Ziguinch

Source

Entretien

LECOMTE, Benoît

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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