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Les contraintes de gestion imposées par les bailleurs de fonds peuvent apprendre à bien gérer (Burkina Faso)

Mariam MAIGA, Christophe VADON

11 / 2001

Mariam Maïga, animatrice depuis vingt ans, nous explique ceci :

"Pour toute chose il faut arriver à mettre en place ce qu’on appelle la confiance. Certains bailleurs donnent un peu pour voir comment vous allez réagir. Si vous arrivez à bien travailler et si vous arrivez à justifier chaque franc, celui qui vous aide pourra continuer. Si vous arrivez à travailler ensemble pendant cinq ans, en maintenant la même confiance, après vraiment il n’y a pas de problème. Moi j’ai quand même connu des bailleurs de fonds qui sont bien, qui financent en tenant compte de nos réalités. Seulement, même ces bailleurs-là ont besoin qu’on leur rende des comptes et je suis tout à fait d’accord avec cela. Certaines associations ici veulent recevoir l’argent mais ne veulent pas justifier. Alors on ne sait pas ce qui se passe. Parfois, ils changent le projet et ils ne verront même pas le bailleur pour dire : "voilà, on avait voulu faire ça, mais (par exemple) un autre bailleur nous a financés et nous vous proposons de changer cela et cela". Ce n’est pas une façon de faire ! Quelquefois, on trouve que les bailleurs sont contraignants mais il faut reconnaître aussi que souvent c’est lié à notre faiblesse de gestion ! A partir du moment où les finances sont utilisées dans les domaines précis, moi je ne vois pas les contraintes. Et si un bailleur de fonds dit : "j’arrive tel jour", il n’a qu’à venir, vous discutez en travaillant, vous venez sur le terrain avec lui. Si les gens ont souvent des problèmes avec les bailleurs, c’est que l’argent n’a pas été utilisé comme il se doit.

Voici un exemple de rigueur de gestion. A Terre des Hommes (Genève), on est très exigeant. Moi, ça me plaît d’apprendre tout cela. Par exemple quand on doit acheter quelque chose, on cherche d’abord à savoir quel est le prix le moins cher un peu partout. Et là pour le groupe de jeunes filles que je forme, je les forme comme ça. Cela montre que l’argent a de la valeur. Ils sont là pour nous aider, l’appui qu’ils nous apportent, ils ne vont pas l’emporter, ils ne vont pas repartir avec. Certains ici croient qu’une fois que le bailleur a envoyé de l’argent, il faut le dépenser, il faut le finir. Non, si l’argent reste, il peut être réemployé encore pour agrandir l’activité ou pour la renforcer. Dans tout programme de développement, le bailleur qui finance ne sera jamais mécontent si dans votre rapport vous arrivez à lui dire : "vous m’avez donné un million, mais je suis arrivée à faire mon travail avec 500.000 ; avec votre permission j’aimerais utiliser les 500.000 pour ça." Je crois que le bailleur sera très heureux car il saura que vous aussi vous avez le souci d’économiser, et que vous ne le prenez pas seulement en tant que bailleur de fonds mais en tant que partenaire. C’est à dire qu’on arrive à discuter franchement avec lui. S’il y a augmentation du coût prévu, qu’on lui dise : "on vous avait soumis ce projet mais on se rend compte que les prix ont augmenté, si vous en avez la possibilité merci de nous ajouter tant de francs" et s’il y a réduction que vous arriviez aussi à le dire. S’il y a une certaine ouverture d’esprit on peut s’accompagner longtemps. Mais il faut que nous, on ne prenne pas les bailleurs de fonds pour des gens qui ne souffrent pas pour trouver l’argent.

Le meilleur souvenir des partenariats que j’ai connu c’est la confiance des partenaires. Et puis j’ai reçu quelques fois des lettres qui disaient : "vraiment tes pièces justificatives sont bien faites". Je trouve que c’est intéressant mais c’est vrai que pour mériter ça, c’est un travail fou. Par exemple quand je finis un projet, tout le monde qui a reçu une aide la justifie et cela est dur et retarde. Depuis le mois de mai, je voulais envoyer les justificatifs du projet "fixation des jeunes". Des jeunes ont pu faire la pépinière et la culture maraîchère. Ce n’est qu’aujourd’hui (8 mois après le délai !) que j’ai pu envoyer cela parce que tout simplement j’ai une méthode de travail qui implique ceux qui exécutent. Ceux-là dépensent et prennent des reçus. Après, moi, j’ai besoin qu’ils s’assoient pour mettre en forme tous ces reçus. Quand moi je reçois l’argent, je leur donne en indiquant par écrit la date, la source. Après j’ai besoin qu’ils me justifient la somme parce que je vais prendre ça et l’envoyer au donateur. Même jusqu’à 1 Franc de différence, je ne prends pas ! Et c’est intéressant car cela leur apprend à gérer. A leur niveau ils vont dire : "voilà c’est telle personne qui a acheté la chèvre, c’est telle personne qui a acheté la charrette ou l’âne. Puis il faut mettre tous les reçus ensemble".

Et ils apprennent à gérer en gérant l’aide ! car c’est eux qui dépensent et réalisent. Je leur ai donné l’argent, ils ont acheté la moto-pompe, ils ont acheté l’essence, ils ont acheté du grillage, des semences, ce ne sont pas mes pièces justificatives mais les leurs ! Moi je ne fais que les aider à mettre en forme pour envoyer au bailleur. Parce que la comptabilité qui se fait dans le développement n’est pas la même que celle qui se fait au commerce. Moi je n’ai aucun intérêt à garder des pièces de carburant, de moto-pompe ou quoi. C’est eux qui ont acheté, ils savent qu’on a mis à leur disposition tant de francs, ils savent ce qu’ils ont dépensé, ils savent ce qui leur reste. Et c’est à partir de là qu’ils vont faire un rapport de rentabilité, parce que d’ici deux ans, il faut qu’ils arrivent à dire : "avec cet appui, nous sommes arrivés à tel stade".

Mots-clés

ONG, financement, gestion d’entreprise, organisation populaire, formation permanente


, Burkina Faso, Ouagadougou

Commentaire

Notre interlocutrice joue souvent un rôle d’intermédiaire entre la main qui donne et celle qui reçoit. Un intermédiaire, cela rend des comptes et dans les meilleurs cas, ces comptes sont connus par les deux parties. L’originalité de Mariam Maïga est de faire établir les relevés des dépenses par les personnes qui en ont été les bénéficiaires et qui, souvent, ont acheté eux-mêmes ce dont ils avaient besoin. Une méthode pédagogique efficiente et exigeante pour tous, en particulier pour l’intermédiaire !

Notes

Entretien avec MAIGA Mariam, réalisé à Ouagadougou en août 1998

Source

Entretien

VADON, Christophe

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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