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Qui impulsera ou freinera la décentralisation réelle du système d’aide (Afrique de l’Ouest) ?

Bernard LECOMTE

11 / 2001

Trois groupes d’acteurs sont concernés en Afrique de l’ouest par le succès d’une telle évolution :

- ceux "d’en-bas" : les acteurs locaux qui organisent leur territoire et ont comme objectif commun d’acquérir ensemble assez de force pour contraindre les autres acteurs à modifier leurs approches;

- ceux "d’en-haut" : les responsables des agences du moins de celles qui ont décidé de ne plus voir l’aide conduire le processus de développement. Parmi eux, nous comptons les dirigeants d’ONG du Nord, du moins de celles qui ont veillé à conserver assez d’autonomie de décision;

- ceux "du milieu" : les agents des administrations centralisées et/ou déconcentrées d’une part, les différents intervenants du système d’aide (bureaux d’études, consultants, ONG sous-traitantes, etc.) de l’autre. Ces "intermédiaires" seront-ils des atouts et/ou des freins pour ces évolutions ? Comment les y intéresser ?

1/ Ceux "d’en-bas" :

Il s’agit pour eux - en s’unissant - de construire une force, à différents niveaux (local, zonal, régional), capable de définir un dessein social et économique et de conduire l’ensemble des actions au niveau d’un territoire donné. Quelque soit l’avenir des actions de décentralisation (et de leur corollaire, la responsabilité d’élus au sein des collectivités locales) la présence active d’organisations populaires (OP) et d’ONG locales est un ferment utile, sinon indispensable, pour l’avenir des villageois. Utile surtout s’il maintient l’entente et limite les concurrences entre les ONG et les OP. Indispensable s’il apporte du sens et une capacité critique et formative.

2/ Ceux "d’en-haut" :

L’axe essentiel ne serait-il pas pour les directions des agences d’aide de chercher désormais à jouer en équipe ? Pour cela, quand une d’entre elles s’organise pour appuyer dans un pays sahélien donné, les acteurs locaux de divers territoires, il semble qu’elle pourrait :

- avant de penser intervenir, s’associer déjà avec d’autres agences afin de s’engager ensemble à aider durablement un territoire déterminé;

- veiller à ce que les règles du jeu, dès le point de départ d’une intervention d’appui, fassent l’objet de négociations et que les instruments soient communs à plusieurs agences;

- déléguer le pouvoir de gestion de l’apport d’aide aux divers "cadres territoriaux de concertation" qui se seront constitué entre acteurs locaux, acteurs étatiques et acteurs du système d’aide;

- veiller, s’il y a besoin d’un programme spécifique, à ce qu’il comprenne une part de ressources non affectées d’avance pour rester flexible;

- laisser agir durablement des équipes d’accompagnement (et donc se méfier d’utiliser la procédure d’appel d’offre pour ce type d’intervention);

- faciliter aux acteurs locaux la négociation entre eux et avec les niveaux supérieurs, et la diffusion de leurs façons de faire vers d’autres territoires;

- pratiquer l’écoute des usagers de l’aide et prendre en considération les critiques remontant des évaluations menées par chacun des groupes d’acteurs.

3/ Les acteurs placés entre "ceux d’en bas" et "ceux d’en haut" :

Comment faire pour que les diverses personnes composant ce troisième groupe ne constituent pas un obstacle au processus de maîtrise locale de développement en facilitant leur nouveau rôle ou en favorisant leur migration ? Quelles craintes éprouvent-ils aujourd’hui ? D’une part, les administrations centrales et les administrations déconcentrées perçoivent comme une perte de pouvoir et parfois de cohérence le fait que le système d’aide s’intéresse tant aux "forces émergentes", comme si, eux, n’étaient que des forces conservatrices ! C’est pourquoi il est indispensable que leurs membres fassent partie, non seulement des équipes dites d’accompagnement, mais des tours de table des "cadres de concertation" aux différents niveaux.

D’autre part, les intermédiaires, piliers du système d’aide actuel sont nécessairement d’abord inquiets. Les bureaux d’études, les consultants et celles des ONG qui sont subordonnées aux apports d’aide ont peu de raisons, sauf exceptions, de constituer une force positive pour faire réussir la réforme. Certainement des diminutions de leurs activités sont à prévoir. Peut-être une négociation avec eux les inciterait à quitter, au fur et à mesure de la réussite de la réforme, les zones dans lesquelles ils travaillent. Leur fournir alors des opportunités et des ressources, pour qu’ils aillent s’investir dans des zones débutant des processus de développement local serait une voie féconde qui en ferait des complices.

4/ Deux types d’acteurs clefs :

Deux acteurs seront essentiels pour le succès ou l’échec de l’évolution souhaitée :

- les leaders, dont certains sont en même temps élus locaux ; non seulement ils sont la clef de la maîtrise ascendante dans leur propre zone mais ils agissent comme vulgarisateurs-diffuseurs des nouvelles pratiques. Appuyer leurs capacités pédagogiques et des dispositifs de formation-visites est primordial. En organisant cette forme d’aide, certains intermédiaires pourront construire leur reconversion.

- Les contrôleurs financiers (sahéliens et non-sahéliens) : c’est de leur capacité à mettre en place des méthodes décentralisées de décaissement et de contrôle des dépenses que dépendra la qualité de la confiance entre acteurs locaux et externes. Parmi eux, il sera utile de trouver des pédagogues.

Mots-clés

bailleur de fonds, décentralisation, développement local, aide publique au développement, ONG du Nord, financement, concertation


, Afrique

Commentaire

Le système d’aide change en permanence. Orienter cette capacité de changement vers l’acceptation puis l’appui à une maîtrise du développement local par les acteurs et les bénéficiaires est en cours. L’auteur de la note craint plus les effet de freinage venus de la concurrence entre leaders, élus et cadres des organisations d’appui que le refus des agences d’aide internationale de jouer le jeu de leur propre décentralisation.

Notes

Ce texte est extrait (et adapté par Bernard Lecomte) d’une note rédigée par l’équipe du GRAD à l’intention des participants à la Rencontre Internationale d’Yverdon les Bains (CH), en octobre 1999, organisée par le Club du Sahel. Quant à un exemple de contrôle de gestion pédagogique, voir par exemple l’expérience de Mme Mariam Maïga, animatrice et gestionnaire burkinabé dans le livret technique "AF6" consacré à son expérience

Source

Document de travail

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