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Aider en priorité l’agriculteur pour sauvegarder son environnement dégradé (Bissi, Tchad)

Le point de vue d’un agronome tchadien

Pierre PAZIMI, Benoît LECOMTE

11 / 2001

Pierre Maney Pazimi, agronome, membre de l’Organisation Paysanne (OP) de Bissi Mafou explique ceci :

"Dans un milieu rural comme celui-ci, la chose la plus importante c’est d’abord l’agriculture, parce qu’un paysan qui n’arrive pas à dégager un surplus agricole n’améliorera jamais sa santé, un paysan qui n’arrive pas à dégager un surplus agricole n’enverra jamais ses enfants à l’école. Il retire tout ce qu’il a besoin de la terre. Donc il faut qu’il arrive à produire suffisamment et il en est capable. Alors, libéré de la famine et libéré de ses besoins importants, le paysan est prêt à réfléchir sur d’autres aspects, d’autres problèmes. J’ai toujours dit cela.

Mais quand une ONG soutient un projet de santé, par exemple, elle fait comme si c’était le projet le plus important. Je voudrais souligner l’importance de l’agriculture et qu’il faut lui apporter un appui très conséquent, très sérieux auprès des paysans pour qu’ils pratiquent l’agriculture comme une activité professionnelle. C’est vrai que cela fait très longtemps que les gens vivent de l’agriculture comme une activité de subsistance. Cela veut dire que la terre donne ce qu’elle peut, qu’elle permet à ceux qui ont la chance d’avoir de la nourriture. Je pense qu’il faut en finir avec cela. Je ne voudrai pas parler de la production massive, économique, intensive comme on fait en Europe, cela viendra, mais de l’agriculture comme une activité vraiment professionnelle, comme une activité à gérer économiquement et socialement.

Ici l’agriculture se fait par coups de hasard. Il faut qu’on finisse avec cela et qu’on prenne en compte l’aspect environnemental dans l’agriculture. C’est très difficile pour les paysans d’arriver à comprendre cela, c’est difficile de leur parler d’environnement. Mais, petit à petit, quelques paysans ont compris, quelques villages ont démarré quelque chose. Pour nous, la gestion de l’environnement c’est, par exemple, planter les arbres pas pour le folklore mais comme autrefois : on plantait un arbre comme quelque chose de vivant, on respectait l’arbre. Les africains ont toujours respecté l’arbre.

Il faut qu’on arrive progressivement à faire revenir ce respect de l’arbre dans les relations entre l’homme et l’environnement. Mais ce n’est pas l’affaire du préfet ou du sous-préfet ! Il faut en finir avec "les semaines de l’arbre", dont on parle tant, et créer une autre réflexion. Il faut aussi faire en sorte que les paysans arrivent à gérer les feux de brousse qui sont le plus grand fléau en Afrique. Les gens savent que c’est mauvais, ils savent le méfait du feu de brousse sur l’environnement. Autrefois les paysans géraient bien le feu de brousse, il ne s’allumait pas comme ça, il s’allumait pour répondre à un besoin religieux, à un besoin spécial qui était le besoin de tout le monde. On n’allume pas un feu de brousse pour n’importe quoi, mais pour une chose très précise. Certains villages se sont organisés et gèrent très bien cela. Tout le monde en profite. Et là c’est possible, que les gens arrivent à croire, à accepter que la gestion de l’environnement fait partie de l’agriculture. C’est une chose essentielle, sinon on va toujours parler de n’importe quoi, pour arriver nulle part".

Mots-clés

stratégie de développement, développement local, bailleur de fonds, ONG, organisation paysanne, financement, conflit, évaluation, développement rural


, Tchad, Bissi

Commentaire

Un plaidoyer pour que l’aide extérieure mette l’accent sur l’agriculture et l’environnement, "car un paysan qui ne dégage pas un surplus agricole n’améliorera jamais sa santé, n’enverra jamais ses enfants à l’école". Un appel pour que revienne, au sein des familles paysannes, le respect de l’arbre et la gestion de l’environnement.

Notes

Entretien avec PAZIMI, Pierre Maney

Source

Entretien

LECOMTE, Benoît

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