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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Le théâtre comme lieu de réconciliation : l’expérience du Studio Théâtre de Stains

Barbara NEWMAN

04 / 1998

Le Studio Théâtre est créé en 1984, dans un ancien cinéma, fermé et transformé en entrepôt depuis 20 ans. L’équipe a assumé et dirigé les travaux de réhabilitation, terminés en 1996. Ce lieu, mémoire d’une ville, chargé d’une histoire populaire, est donc aujourd’hui aménagé avec des décors et la mémoire collective continue. L’équipe est convaincue, pour l’avoir vécu au quotidien, que notre société est profondément divisée - comme l’est le théâtre lui-même - en "in" et "off". Par conséquent, l’action d’animation rencontre chez le futur public, une ouverture, un désir de plus de participation.

Faire du théâtre à Stains, dans un ancien cinéma, c’est non seulement résister à la désespérance, mais prouver, avec d’autres, que nous pouvons inverser ce processus de désespérance.

En 1997, Pierre Notte écrit dans l’Evénement du Jeudi à propos du spectacle "Féminins plurielles" au Studio Théâtre : "La réconciliation commence peut-être là, dans ce lieu théâtral, cette urgente réconciliation avec l’autre, que la paresse, la peur ou la méconnaissance du monde, des mondes, conduisent à toutes les formes d’exclusion.".

Faire émerger une parole souvent tue

Les actions menées par la Compagnie du Studio Théâtre de Stains s’ouvrent résolument vers les populations.

Il n’y a de théâtre que si une relation se noue avec des individus, une population, un public. La vraie relation au public ne se situe pourtant pas dans les rapports de passage. L’enjeu est d’utiliser l’espace de création et de liberté qu’est le théâtre pour faire émerger une parole souvent tue, enfermée dans le silence et l’exclusion, afin de la représenter dans un espace théâtral qui redécoupe la réalité et la projette. Il s’agit de multiplier les occasions de rejouer le sens de nos pratiques et de s’en ressaisir sur un mode symbolique.

L’objectif est de concrétiser la rencontre improbable de ces personnes, de ces espaces sociaux et de ces temporalités distinctes autour de la démarche artistique et du processus de création. Le théâtre fait sens dès l’instant où se croisent ces deux pôles.

Si chaque génération, si chaque structure doit réinventer son art, le Studio Théâtre de Stains doit être particulièrement attentif à renoncer à des modes éphémères, de fausses conventions ou des pratiques à court terme, pour revenir à la source d’inspiration de toute création : la vie de son temps. Ce qui permet à l’équipe de définir de façon claire les modalités nécessaires à la construction d’un théâtre de haute exigence esthétique, qui se fonde en même temps sur un véritable travail de terrain prenant en compte son inscription sociale et la diversité de ses populations.

Ces inventions de modalités nouvelles permettent de faire sortir le théâtre au-delà des murs et inversement, tout en faisant parvenir le théâtre là où il a gardé tout son impact pourvu qu’on le rende accessible.

Des voix pour dire 48 ethnies

Les spectateurs se sont appropriés ce lieu proche de chez eux, et ils se sont multipliés au fur et à mesure des créations. Ainsi, le travail de la compagnie a permis la mise en relation du théâtre et des voix de femmes de la cité, issues de l’immigration et représentant 48 ethnies. Leurs témoignages ont nourri la création "Féminins plurielles". De la même manière, "Les Vilains" a été conçue grâce à la collaboration des jeunes des quartiers aux origines différentes (jeunes des DOM-TOM, d’Afrique...) et a ensuite généré une autre création : "Sans titre".

Par son indéniable proximité, le théâtre est un moyen pour réunir ces formidables envies d’exister, cette nécessité d’être soi, ensemble. Richesse de la pluriculture et des différences qui rassemblent.

Le Studio Théâtre de Stains produit une création par saison et reprend le spectacle de la saison écoulée pour une tournée. Il y a trente représentations par création dont six pour le public scolaire. Ces spectacles professionnels, qui comprennent des répétitions publiques, permettent d’organiser avec les associations, écoles, lycées, comités d’entreprise et universités, un travail de sensibilisation avant, pendant et après le spectacle. De ces rencontres naît une dynamique qui conditionne les créations.

Une création sur le sujet de l’esclavage

La création 1998 du Studio Théâtre, intitulée "Stigmates", a porté sur l’esclavage. L’abolition de l’esclavage remonte à 150 ans. Quelles en sont les résurgences aujourd’hui ? Tout en évoquant les grands événements historiques qui ont amené à son abolition, les créateurs du spectacle ont voulu confronter l’histoire à la réalité de 1998. Les problèmes évoqués par cette commémoration rencontrent les préoccupations sociales de nos contemporains. A partir de témoignages vivants et de textes d’auteurs contemporains, la parole est donnée à ceux qui, aujourd’hui, sont soumis à une autorité qui ne leur laisse aucune liberté : enfants, femmes au travail ou au foyer, immigrés...

L’actualité nous montre à quel point le thème de "Stigmates" est préoccupant : le monde politique s’affronte sur le rôle joué par la gauche et la droite lors du vote du décret de l’Abolition de l’esclavage, alors que dans la rue, des hommes "en fin de droits" et "sans droits" manifestent pour aspirer à plus de dignité. Il ne s’agit donc pas exclusivement d’une création autour de la parole vivante et de textes dramatiques, mais aussi d’une réflexion sur les aptitudes de nos sociétés à combattre l’oppression ou à l’instituer. Le projet travaille ainsi sur le conflit et sur les points de ruptures de la société, en offrant une vision du monde insoumise aux options consensuelles et en privilégiant la démarche artistique.

Mots-clés

théâtre, développement culturel, histoire, mémoire collective, création artistique, valorisation de la culture d’origine, immigration, femme


, France, Seine-Saint-Denis, Stains

Notes

Cette fiche a été réalisée pour une rencontre organisée dans le cadre de l’année européenne contre le racisme, par Profession Banlieue le 8 avril 1998 intitulée "Quelles initiatives contre le "racisme ordinaire ?".

Entretien avec NAKACHE, Marjorie, directrice.

Source

Entretien

Profession Banlieue - 15 rue Catulienne, 93200 Saint-Denis, FRANCE - Tél. 33 (0)1 48 09 26 36 - Fax 33 (0)1 48 20 73 88 - France - www.professionbanlieue.org - profession.banlieue (@) wanadoo.fr

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