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Des entreprises engagées au coeur des quartiers au travers des Points Services aux Particuliers

Accueillir, informer, orienter les habitants des quartiers défavorisés pour leur permettre d’avoir accès à leurs droits et de connaître leurs devoirs, tel est l’objectif des Points Services aux Particuliers, PSP

Muriel CAVROIS

10 / 2001

Suite à la politique de construction des grands ensembles d’habitat social, mise en place dans les années 1960-1970 pour répondre aux besoins de logements des nouveaux arrivants en France, un certain nombre de problèmes se pose aujourd’hui compte tenu de la conjoncture économique et alimente le cercle vicieux de l’exclusion. A l’initiative de la société de crédit aux particuliers, Cetelem, rejointe ensuite par une dizaine d’entreprises et d’organisations : AXA Assurances, la Caisse d’Allocations Familiales, EDF/GDF, la Caisse d’Epargne de Flandres, les Services Lille Métropole, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, LMH Opac, Transpole... et l’association Face, ont voulu répondre à ces problèmes et se sont engagées au coeur des quartiers en créant les PSP.

Ces quartiers dits "en difficulté" concentrent des populations confrontées aux difficultés socio-économiques : chômage de longue durée, précarité de l’emploi, fragilisation et faiblesse des revenus, dépendance à l’égard des allocations et indemnités sociales... Ces facteurs conduisent alors à d’autres problèmes : endettement des ménages, découverts bancaires, factures non réglées, manque de protection sociale... Aussi, pour ces familles, la gestion de leur budget s’avère bien souvent défectueuse : absence d’anticipation et de prévision dans la gestion du budget familial, démarches administratives incessantes, sollicitations fréquentes des prestataires de services parapublics ou privés. Ces situations sont aggravées par l’absence d’agence ou de réprésentant de ces derniers dans les cités.

A Lille, le premier PSP est implanté dans le quartier du Faubourg de Béthune. Il est ouvert au public depuis le mois d’août 1997 et a trois missions :

- prévenir et résoudre les problèmes quotidiens des habitants en leur proposant gratuitement des informations et des conseils liés à leur vie quotidienne ;

- aider les personnes dans la réalisation de leurs projets ;

- rétablir des liens de proximité entre les services publics, parapublics ou privés et les habitants.

Le PSP est un lieu d’écoute et d’information sur les thèmes de la vie quotidienne à destination des habitants dits "en difficulté" mais, c’est aussi un relais entre les entreprises et les organisations concernées.

Ce site est animé par deux conseillers animateurs qui accueillent, informent, conseillent et orientent les habitants intéressés et leurs proposent aussi des animations dans le quartier.

Ces conseillers ont le statut d’emploi jeune. Dès leur arrivée, ils entrent en formation chez les entreprises partenaires afin d’acquérir les bases nécessaires pour exercer au mieux leur métier (49 pour cent des demandes concernent l’activité des partenaires). Ces formations leur permettent de répondre aux différentes questions afférentes à la vie quotidienne des familles. Par la suite, des modules de rappel complètent ces formations. Des personnes relais sont désignées au sein de chaque entreprise. Celles-ci sont les interlocuteurs privilégiés des conseillers-animateurs. Ces derniers peuvent les consulter régulièrement pour approfondir certains sujets ou élaborer des montages pour des réunions collectives. Ensemble, ils organisent des séances d’informations collectives sur des thèmes prioritaires tels l’assurance habitation, la gestion du budget, les économies d’énergie, la couverture sociale, le classement des documents administratifs, le crédit, la Caisse d’Allocations Familiales, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie.

Un fond documentaire est mis à la disposition des conseillers-animateurs. Une salle de documentation permet aux habitants d’être autonomes dans leur recherche. Des brochures provenant des partenaires du Point Services aux Particuliers ou d’autres organismes (le Centre Régional d’Information Jeunesse, la Chambre des Métiers, la Mairie de Lille, les Ministères) sont mis à disposition.

Tous les mois un compte-rendu d’activité est réalisé et communiqué aux partenaires.

Le maximum a été fait en terme de mobilisation de fonds publics. Les partenaires privés s’impliquent de plus en plus dans le projet et prennent en charge le développement des PSP. Plusieurs entreprises nouvelles : Esterra, La Poste, Logicil, Lille Métropole Habitat, SLE ont déclaré leur intention de s’engager.

La principale difficulté de cette action se situe au niveau de l’identité de ce public vivant dans le quartier du Faubourg de Béthune qui regroupe 8 000 habitants dont un grand nombre de familles nombreuses, souvent d’origine étrangère (60 pour cent). C’est une population très jeune (38 pour cent entre 0 et 14 ans contre 24 pour cent en moyenne en France) avec un taux de chômage avoisinant les 24 pour cent. Ces familles sont souvent dans une situation précaire tant au niveau de leur insertion professionnelle que sociale. Le manque de qualification et le taux d’illettrisme important sont des freins considérables dans leur recherche d’emploi. L’isolement de ces personnes, tant sur le plan physique que social et culturel, pose le problème de la perte de sentiment d’appartenance à une société. Certains n’identifient plus leurs droits et ignorent leurs devoirs.

Le quartier présente l’inconvénient supplémentaire d’être coupé en deux par le périphérique et cloisonné en sous-quartiers, ce qui découple les problèmes et ne facilite pas les échanges. Pour y remédier, une seconde permanence a été mise en place, de l’autre côté du périphérique.

Les animateurs ont voulu faire connaître le PSP en collaborant étroitement avec le quartier et les organisations locales. Ils n’ont pas hésité à aller au devant des habitants en participant aux manifestations telle les "beaux jours du faubourg". Ils participent également à la Commission Action Insertion Emploi Droit Santé du quartier. Ces réunions, en collaboration avec la Mission Locale, Itinéraires, Face, ont pour but de suivre l’évolution des projets financés par la ville de Lille. L’ambiance au PSP est conviviale. Les habitants s’y rendent sans rendez-vous. L’information et l’animation sont efficaces : 950 demandes ont été enregistrées en 1999 montrant l’utilité de cette initiative.

L’activité croissante des PSP a amené à engager une politique de recrutement. Un avenant à la Convention Emplois Jeunes a été réalisé et signé avec la Préfecture pour 6 nouveaux postes de conseillers animateurs : ce qui porte à 8 le nombre d’emplois jeunes employables par l’association PSP Lille Métropole. Le Conseil Régional propose aux conseillers-animateurs, dans le cadre des emplois jeunes, des formations complémentaires reconnues par l’Etat, au sein de centres spécialisés ou d’établissements scolaires.

Le savoir-faire et la mobilisation des partenaires, entreprises et associatifs locaux, permettent des ouvertures dans les meilleures conditions possibles. A Lille, l’année 1999 a été celle du démarrage de la politique d’essaimage : un second Point Services aux Particuliers a ouvert ses portes dans le quartier de Lille-Sud en septembre 1999 et à Hem en septembre 2001. D’autres sont en cours d’implantation notamment dans le quartier de Lille-Moulins où ils sont à la recherche d’un local. Une association baptisée PSP-Lille Métropole a été créée et a pour objet d’ouvrir, de développer et de suivre des PSP dans les quartiers en difficulté de la Région Nord-Pas de Calais.

Fort du succès des PSP. de Lille et Marseille depuis 1999, cette opération s’étend à d’autres sites Face tels que Beauvais, Rennes, Saint-Herblain...

Mots-clés

lutte contre l’exclusion, accompagnement social, acteur social, lutte contre le chômage, accès au droit, accès à l’information


, France, Nord-Pas-de-Calais

Commentaire

"Permettre d’accéder à ses droits et à ses devoirs", un programme ambitieux pour une population démunie et pourtant essentiel pour envisager une intégration. Je suis touchée par la mobilisation des partenaires publics et privés qui cherchent à briser l’isolement de ces habitants. Ces entreprises et organisations, en dépassant la notion de simple client, participent à leur socialisation.

Je suis convaincue qu’en agissant par des micro-initiatives sur le terrain, on parviendra à une efficacité dans le domaine de la lutte contre l’exclusion sociale. Il est important de s’implanter au sein des zones difficiles, de s’investir en proposant des aides personnalisées, de s’intégrer à la demande en épousant la sociologie de son environnement. C’est une chance pour les entreprises de pouvoir être sur le terrain de façon à prévenir les problèmes. En effet, la gestion et le suivi des situations d’impayés, de fraude allant jusqu’au contentieux leur coûtent cher et mobilisent le personnel. A l’heure actuelle, le souhait est d’essaimer les PSP dans les quartiers difficiles de Tourcoing et de Roubaix vivement intéressés. Cependant, avant la politique d’essaimage, il faut consolider la structure financière pour être certain de pérenniser ces PSP. La pertinence du projet est établie. Ces PSP ne peuvent être autonomes financièrement. Le maximum a été fait en terme de mobilisation de fonds publics. Il faut trouver de nouvelles organisations et entreprises et les impliquer non seulement en hommes mais également en financement.

Notes

Informations recueillies dans le cadre de la démarche "Citer pour inciter" d’Alliances.

Entretien avec GEERAERT, Frédérique

Source

Rapport

CAVROIS, Muriel, Alliances, Des entreprises engagées au coeur des quartiers au travers des Points Services aux Particuliers, 2001

Alliances pour la Citoyenneté des Organisations - 40 rue Eugène Jacquet, SP 15, 59708 Marcq en Baroeul cedex Lille - Tel : (33) (0)3 20 99 45 17 - Fax : (33) (0)3 20 99 47 00 - France - www.alliances-asso.org - alliances (@) citeonline.org

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