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Humaniser la ville : des nouvelles méthodes de politique urbaine à Bogota

Delphine ASTIER

07 / 2001

La capitale colombienne est bien connue pour son désordre et pour son anarchie. William Ospina, essayiste colombien, écrit : "Il est vrai que la croissance démesurée des villes est un mal planétaire qui constitue un défi immense pour toutes les sociétés. Mais il est difficile de rencontrer un cas aussi dramatique que celui de Bogota ; nous pouvons en trouver la preuve dans le désordre de ses rues, dans le chaos urbain, dans la crise des transports, dans l’hostilité générale qui y règne, dans les indices très élevés de pauvreté, dans l’alarmant niveau d’indigence, dans la corruption de l’administration, dans l’insécurité, dans l’absence de profil culturel, dans le manque d’identification de la population à la ville qu’elle habite (1)."

Cette image de Bogota a changé, grâce aux politiques mises en place.

Aujourd’hui, au nouvel arrivant à la capitale Colombienne, tout le monde parle du "Transmilenio". Les affiches qui vantent les mérites de ce nouveau système de transport public montrent le cerveau d’une jeune femme traversé par le circuit d’un véhicule; on peut lire : "le Transmilenio va modifier son système nerveux, tout comme celui de la ville".

Bogota est enfin doté, depuis décembre 2000, d’un système de transport public efficace : des rames de bus circulant en site propre. Auparavant, la tentative de regrouper tous les bus dans une même avenue, pour assurer une circulation plus rapide des transports en commun, s’était soldée par un échec. Désormais, l’avenue Caracas est dévolue au Transmilenio ; c’est pour l’instant l’unique ligne mais il est prévu que le réseau se développe rapidement pour desservir les autres parties de la ville.

Il est surprenant, dans une capitale de 7 millions d’habitants de ne pas trouver de métro. En fait, Bogota n’a pas fait ce choix à cause de l’expérience dramatique du métro de Medellín, qui a fait l’objet de malversations et qui a coûté cinq fois plus cher que prévu.

Dans l’imaginaire des Bogotanos, le Transmilenio est une chose très importante ; en traversant cette ville, où la ségrégation urbaine est très forte, il relie les quartiers chics du Nord aux quartiers populaires du Sud ; il relie les habitants, il est un lien social dans cette capitale où le sentiment d’appartenance à la ville est très faible. De plus, pour la première fois, les pauvres ont l’impression qu’une mesure politique est prise en leur faveur et que l’Etat a tenu compte d’eux. Pour une fois le pouvoir politique a agi de manière à les servir et non à les exclure. Dans une ville où règne une méfiance extrême, où les gens s’ignorent, où le tissu social est de plus en plus distendu, où le pouvoir politique est un pouvoir qui divise, l’existence d’un transport public efficace est un enjeu important.

On constate également à Bogota que la circulation s’est améliorée, qu’elle est plus "humaine". Les méthodes utilisées par le maire Mockus - qui a succédé à Penalosa et qui est maire pour la deuxième fois - semblent avoir porté leurs fruits. Antanas Mockus, universitaire d’origine lituanienne, est un pédagogue qui fait preuve d’invention et d’imagination dans sa manière d’envisager la politique urbaine.

Des spectacles de mime et de danse ont par exemple été organisés aux carrefours et aux feux rouges ; le but de ces spectacles didactiques est de faire respecter les panneaux de signalisation aux automobilistes et que ceux-ci respectent les piétons. Il paraît qu’auparavant, la ville était encore plus dangereuse pour les piétons qu’aujourd’hui, c’est dire qu’il était vraiment périlleux de marcher dans Bogota !

Des symboles populaires et évocateurs ont été utilisés, comme par exemple certains codes qui rythment les matchs de football tels les cartons rouges, les cartons jaunes...

Mots-clés

politique de la ville, moyen de transport, transport urbain, Etat et société civile, identité collective, éducation à la citoyenneté


, Colombie, Bogotá

Commentaire

Grâce à un mode de communication innovant et utilisant des références populaires, une écoute a été suscitée, favorisant le civisme et la reconstruction d’un lien social mis à mal. Cette expérience montre qu’en politique, suggérer par l’intermédiaire d’un référent commun à toute une société est plus efficace que sanctionner. La communication, ainsi que l’instauration d’un dialogue sont primordiales pour que les habitants transforment ensemble leur ville.

En politique, il ne suffit pas d’avoir des idées sur ce qu’il faut faire : la méthode employée détermine souvent l’efficacité des actions. Cette expérience montre également que pour mener une politique de la ville, il est urgent d’inventer de nouvelles méthodes pour renouer le dialogue entre les dirigeants et les citoyens, mais aussi entre les habitants eux-mêmes.

Notes

(1) William Ospina, Dónde está la franja amarilla ?, "Bogota"

Fiche rédigée par Delphine Astier (5 rue Boisset, 38000 Grenoble - Tél : (33) (0)4 76 43 39 72 / 06 76 84 96 02 - delphine.astier@ifrance.com) dans le cadre de la préparation de l’atelier Etat et développement de l’Alliance pour un monde responsable, solidaire et pluriel. Pour plus d’informations, on peut consulter le site : www.alliance21.org/fr/themes/pol-dev.htm.

Source

Texte original

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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