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Un projet de développement par le tourisme

Le cas d’une communauté mapuche au Chili

Olivier BIARROTTE SORIN

11 / 2001

Bien qu’il ne figure pas parmi les 40 pays les plus visités, le Chili est un pays dont l’activité touristique est en expansion. La diversité de ses climats, de ses paysages et de sa population, l’accueil chaleureux de ses habitants, et surtout le retour à la démocratie en 1989 contribuent à une croissance régulière du nombre de visiteurs. Si le cuivre, le bois et ses matières dérivées ainsi que les produits de la pêche restent encore les secteurs d’activité économique les plus importants, on peut s’attendre à une forte progression du tourisme dans les prochaines années.

Le secteur touristique est géré par une institution nationale : le Sernatur (Servicio Nacional de Turismo). Cette organisation est divisée en 13 délégations, une dans chaque région. Elle remplit deux principales fonctions : procurer aux touristes les informations utiles à leur séjour (logement, loisirs...) et faciliter les initiatives en faveur du tourisme. Elle a produit à cet effet une brochure riche en idées destinées aux entrepreneurs de ce secteur désireux de se lancer dans l’aventure. Elle diffuse également des informations sur la législation en cours.

Jusqu’à présent, le tourisme chilien concernait essentiellement les couches aisées de la population chilienne (souvent des habitants de la capitale) et quelques autres latino-américains (Brésiliens, Argentins...). L’infrastructure de ce secteur est composée principalement de grands complexes touristiques, peu accessibles aux classes moyennes. L’offre souffre d’un manque de diversité. Dans les zones rurales surtout, on trouve peu de structures d’accueil, et celles qui sont disponibles favorisent le plus souvent un tourisme anonyme, a-culturel et inadapté au contexte local. Il n’est pas rare de voir, par exemple, un hôtel de luxe installé dans une région pauvre.

Une évolution des formes de tourisme

Toutefois, de nouvelles formes de tourisme commencent à se développer : ici et là, des projets de tourisme communautaire, d’écotourisme, de tourisme alternatif apparaissent. Si l’écotourisme connaît déjà depuis plusieurs années un succès particulier, le tourisme communautaire, dont les populations indigènes se veulent être les premiers acteurs, est un phénomène en pleine émergence.

Dans la huitième région, l’Araucania, terre culturellement mapuche1, le développement de cette forme de tourisme est notable. Il suffit de longer la route côtière au Sud de Concepcion jusqu’à la neuvième région pour passer près de plusieurs petits campings naissant. Au Nord de Tirua2 autour du Lac Lleu-Lleu, connu pour la beauté du site, on n’en dénombre pas moins de 17. Tous sont situés sur les terres de communautés mapuches et sont entièrement autogérés par elles. Les structures sont souvent bien précaires et réduites au strict nécessaire : sanitaires, robinets d’eau potable, parfois des douches. Le visiteur peut planter sa tente aux abords du lac et est libre d’entrer en contact ou non avec les familles riveraines. Certaines communautés voudraient pouvoir loger les visiteurs dans de meilleures conditions, comme par exemple des petites habitations en bois. Plusieurs communautés ont des projets similaires mais manquent de moyens pour les réaliser.

A Tirua, il existe aujourd’hui au moins trois initiatives de développement de tourisme communautaire. A Quidico, une communauté projette d’ouvrir un camping sur ses terres. A Puente Tierra, une communauté en a déjà ouvert un, encore très sommaire.

En se décidant d’accueillir des touristes, ces familles tentent d’améliorer leurs revenus, pendant les deux mois de la saison touristique (janvier-février). Mais elles veulent également préserver leur patrimoine environnemental et culturel, et leurs terres menacées d’expropriation par des entrepreneurs forestiers très actifs dans cette région.

Un exemple d’initiative locale : une communauté mapuche

A Los Chilcos (une quinzaine de kilomètres au Sud de l’agglomération de Tirua), la communauté indigène Bartolo Leviqueo a projeté, il y a quelques années, de se lancer également dans l’aventure. Elle montrait ainsi la volonté de tirer parti du potentiel environnemental dont elle disposait : une zone très vallonnée au bord de l’océan, plusieurs plages engoncées dans des baies très calmes et isolées, des fonds marins très riches, et une vie culturelle dense3.

Cette communauté a obtenu l’installation de l’électricité, de l’eau potable, l’aménagement d’une route jusqu’au site, une aide financière pour acquérir les matériaux nécessaires à la construction des sanitaires et des douches. Les fonds viennent d’organismes publics d’aide au développement et de la commune. Cela a permis l’ouverture d’un camping de douze sites, pouvant accueillir au total une cinquantaine de personnes. L’ouverture a eu lieu en janvier 2001.

Pour cette communauté, ouvrir un camping ne se limite pas à l’exploitation économique d’un potentiel environnemental. Leur démarche englobe toute une réflexion sur l’amélioration de leur environnement. C’est ainsi qu’ils ont planté des plantes et des arbustes traditionnels qui font actuellement défaut sur leurs terres mais qui ont de tout temps été utilisés pour leur alimentation et leur santé. Ce qui permettra aussi de lutter contre l’érosion des sols, qui est un problème fondamental ici.

Le projet a également une vocation communautaire et éducative ; des temps communs sont prévus, afin de favoriser les échanges interindividuels. A cet effet, la communauté projette de construire une maison d’accueil selon le modèle de la ruca, la maison traditionnelle mapuche. Il s’agit d’une maison formée d’une pièce unique au centre de laquelle se trouve un important foyer. Le feu y est entretenu en permanence. On y prépare et consomme des plats, qui permettront notamment de découvrir les fruits de mer, les coquillages et poissons locaux, mais aussi d’y bavarder, échanger, jouer de la musique, visionner des cassettes-vidéos ayant trait à la culture mapuche, etc. Ce lieu d’échange et de rencontre se veut ouvert, convivial et dynamique.

Les membres de cette communauté sont totalement acteurs de ce projet. Ils entendent le mener comme ils l’ont fait jusqu’à présent, en tant que décideurs. Ils montrent par cette initiative qu’un groupe d’individus qui vit dans une précarité chronique et qui a très peu de moyens (essentiellement la main d’oeuvre), peut construire un projet sans intervention extérieure. Sa réalisation matérielle, elle, nécessite certes un appui financier ou matériel. Mais la conception et la réalisation du projet sont entièrement l’oeuvre de la communauté.

Mots-clés

tourisme solidaire, organisation communautaire, action communautaire, minorité ethnique, développement local


, Chili

Commentaire

Cette communauté se pose ainsi comme initiatrice au Sud d’une activité touristique dans laquelle des acteurs du Sud et du Nord auront un rôle à jouer ensemble. En proposant à la fois des échanges interculturels (chiliens/mapuches et étrangers/mapuches), une amélioration et une conservation de l’environnement, un développement économique, un rapport équitable et contrôlé avec ses visiteurs, elle est garante, sans même peut-être le savoir, d’un développement local durable, un développement à l’échelle micro, mais sain.

Notes

1- Mapuche signifie les gens de la terre (de mapu : terre et che : homme). L’ethnie mapuche constitue l’ethnie amérindienne la plus nombreuse au Chili.

2- Ville de 3 300 habitants située à la frontière de la huitième et de la neuvième région, sur la Côte Pacifique, à quelque 5 heures de bus au Sud de Concepcion.

3 - La côte est habitée uniquement par des communautés mapuche, dont certaines tentent de perpétuer et faire revivre leur culture de manière très dynamique.

Source

Texte original

CDTM (Centre de Documentation Tiers Monde de Paris) - 20 rue Rochechouart, 75009 Paris, FRANCE - Tel. 33/(0)1 42 82 07 51 - France - www.cdtm75.org - cdtmparis (@) ritimo.org

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