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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Vers un nouveau calcul de la richesse

Le gouvernement français rédige un rapport proposant de créer des indicateurs de calcul de la richesse des pays plus humains et plus écologiques

Djeneba OUADEBA

03 / 2002

Patrick Viveret, qui était rapporteur à la table ronde "Institutions économiques internationales" de la rencontre internationale "Dialogues pour la Terre" (Lyon, février 2002), nous a fait partager les travaux qu’il mène pour le gouvernement français au sein du secrétariat d’Etat à l’Economie solidaire. Appelé en juillet 2000 pour travailler à l’élaboration d’un rapport portant sur les nouveaux facteurs de richesse (rapport "Reconsidérer la richesse"), Monsieur Viveret a rapidement collaboré avec des réseaux d’acteurs intéressés par la question : mouvements associatifs (acteurs capitaux de l’économie solidaire et mutuelle), entreprises (le débat porte également sur la responsabilité sociale et environnementale de celles-ci), experts universitaires. L’année 2001 a marqué le centenaire de la loi de 1901, qui régit les associations à but non lucratif. Il est reconnu à ces associations, très nombreuses en France, un rôle de plus en plus important dans la société. Pourtant, le calcul de la richesse nationale ne prenait pas en compte jusqu’à présent les ressources qu’elles apportent au pays sur les plans social, culturel ou humain. Ces richesses sont invisibles, car non marchandes. Aujourd’hui, la richesse d’un pays n’est représentée que par son PIB (Produit Intérieur Brut) ou PNB (Produit National Brut), qui ne tiennent compte que de la production marchande, et en aucun cas de la production de biens et de services. Ce mode de calcul laisse de côté de nombreuses personnes, tels les précaires et les femmes. En effet, les femmes au foyer sont considérées comme improductives ou inactives. Cette représentation étroite et restrictive de la richesse occulte également les questions portant sur le développement durable et les grands défis écologiques. En effet, dans ce système d’évaluation, c’est uniquement quand un écosystème est dégradé qu’il acquiert une valeur monétaire. Ainsi, lorsqu’une eau est polluée, il faut la dépolluer et cela a un coût. La question, on le voit, devient alors la définition de la "valeur économique" des ressources. Patrick Viveret considère que "si l’on veut aller vers un changement de société, qui prenne en compte les associations, les précaires, les femmes et les écosystèmes, il faut changer cette vision de la richesse. ’Economie’ signifie en grec ancien ’richesse de la maison’. Ce mot n’a perdu ce sens qu’au XVIIIe siècle, où il a été redéfini comme ’toutes les tâches extérieures à la maison’. Les représentations et les modalités de calcul sont depuis lors liées à un mode de production industrielle, qui se trouve de moins en moins adapté aux grandes questions du XXIe siècle. Celles-ci sont les défis écologiques, d’une part, et humains, d’autre part. Il est donc, aujourd’hui, fondamental de mettre en débat ces questions. C’est ce que feront experts et société civile les 1er et 2 mars 2002, à l’initiative du PNUD (Programme des Nations unies pour le Développement), pendant deux journées de réflexion autour des questions abordées dans le rapport. "Reconsidérer la richesse" est un texte de perspectives stratégiques et de propositions. Il préconise une révision des indicateurs actuels en indicateurs de destruction et de dissociation (écart entre les indicateurs économiques ’production, productivité, rentabilité’), écologiques et sociaux. Par exemple, dans le secteur du transport, tous les indicateurs actuels sont positifs. Les indicateurs de destruction (pollution engendrée, accidents et conditions de travail) sont au rouge. Les indicateurs de dissociation permettraient alors de déclencher des procédures d’alerte, au lieu d’attendre des catastrophes comme celle du Mont-Blanc.

Mots-clés

développement humain, méthode de diagnostic, développement durable, association, pollution, économie


, France,

Commentaire

Cette initiative est très positive car elle propose de sortir du schéma selon lequel seule la richesse monétaire ou patrimoniale doit être prise en compte. C’est enfin considérer l’homme et son environnement dans leur globalité. Enfin, c’est reconnaître l’importance des associations et de leur action dans l’économie d’un pays. Cette nouvelle éthique qui se détache du "tout économique" me semble être une voie d’avenir. Toutefois, il convient de souligner l’importance cruciale des Etats dans ce processus. Il me semble que la réflexion doit toujours se faire conjointement entre les gouvernements et les mouvements associatifs (comme ce fut le cas pour le rapport "Reconsidérer la richesse"). Car, si les associations connaissent bien les réalités quotidiennes, leurs analyses ne peuvent être suivies de résultats concrets que si les Etats interviennent.

Notes

Fiche réalisée lors de la rencontre internationale "Dialogues pour la Terre", à Lyon, du 21 au 23 février 2002. Entretien avec Patrick Viveret.

Entretien avec VIVERET, Patrick, à la Délégation interministérielle à l’Economie solidaire, DIES, 16 rue Brancion, 75015 Paris - Tel 01 40 56 62 19 - dies-mission-rich@sante.gouv.fr

Source

Entretien

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