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Les arts et le sport dans le développement communautaire et la lutte contre l’exclusion : dix principes pour un guide

François MATARASSO

1998

F. Matarasso livre ici sa contribution au ministère de la culture, de la communication et des sports pour le volet consacré à l’exclusion sociale dans le cadre du rapport intitulé "Bringing Britain Together".

L’idée de ce guide est de servir de lien fort entre ceux qui utilisent les arts et le sport à un niveau local et ceux qui sont amenés à définir et planifier des politiques dans ces domaines. Les tentatives de duplication des projets pensés en termes de "modèles de bonnes pratiques" - plutôt que d’analyse des mécanismes et conditions de leur succès et d’adaptation - se sont avérées inefficaces dans d’autres domaines, notamment la prévention de la délinquance.

Les dix principes suivants sont présentés sans hiérarchie, ils devraient avoir le même poids dans une politique, un projet ou une décision sauf si les priorités locales l’exigaient autrement.

1. Soutenir l’engagement local.

La participation et l’engagement conditionnent la réussite des projets artistiques et sportifs. La culture s’épanouit dans un environnement d’indépendance, de liberté de pensée et d’action, et parfois pour les arts, d’opposition temporaire. La difficulté pour les décideurs est de trouver une façon de soutenir ce type d’activités sans toutefois créer de dépendance.

2. Encourager un contrôle local.

L’un des bénéfices majeurs de ces activités réside dans l’acquisition de compétences organisationnelles locales. Un modèle qui permettra le contrôle de l’action par ceux qui y participent, même en partenariat avec les financeurs et autorités locales, aura un impact beaucoup plus profond sur les participants et sur une communauté plus large.

3. Définir des objectifs communs.

Il est indispensable que les projets soient entrepris par des gens et des organisations qui en partageront les objectifs, et qu’ils soient articulés et compris par les participants. La meilleure façon de procéder est de réunir l’ensemble des protagonistes - qui peuvent affecter ou être affectés par une activité - pour qu’ils conviennent ensemble des objectifs d’une initiative.

4. S’adapter.

Une grande faiblesse des financements culturels réside dans une forme d’inertie et d’incapacité à changer les modèles existants. On trouve souvent une confusion profonde entre les finalités des politiques culturelles et les moyens de les atteindre. Les intérêts, besoins et aspirations des personnes, les modes de vie et les réseaux sociaux changent sans arrêt. Au niveau national et local, il est vital de retrouver un degré de flexibilité : à nouvelles situations, nouvelles réponses.

5. Assurer la continuité.

Un système qui n’offre que des projets à court terme et des financements partiels, et demande aux organisations de se transformer continuellement pour être éligibles aux nouveaux modes de financement est inadéquat et même injuste dans le cas de communautés déjà marginalisées et désavantagées. Les initiatives doivent être nourries dans un contexte de développement durable.

6. S’appuyer sur les besoins et potentiels locaux.

Des politiques définies par le haut seront toujours incomplètes - pas nécessairement fausses - si le local n’a pas pris part à leur élaboration. Il ne s’agit pas d’idéaliser ce processus, comme tout un chacun, les gens du local n’ont qu’une vue partielle des choses ; ils peuvent aussi avoir du mal à formaliser leur perception des besoins locaux.

7. Valoriser la diversité.

Les gens ont un droit fondamental à explorer leur propre culture et identité dans des formes et termes qu’ils choisissent. Les politiques devraient éviter d’envisager toute forme de solution standard, ou de penser qu’un projet qui a eu du succès quelque part peut simplement être imité n’importe où. Nous avons besoin de comprendre la valeur de la diversité en même temps que nous cherchons des standards et des principes communs.

8. Promouvoir des partenariats équitables.

Tous ces projets impliquent des partenariats qui doivent être fondés sur une vraie loyauté, ce qui en retour demande ouverture et honnêteté. Le test de partenariats justes réside dans une répartition équitable des risques et des avantages entre toutes les parties engagées.

9. Rechercher l’excellence dans tous les domaines.

Les projets artistiques collectifs doivent chercher à travailler avec des artistes de grande qualité tout comme avec des artistes très performants dans l’animation et le travail relationnel. Le secteur culturel doit reconnaître la valeur des différentes approches (dont les pratiques amateurs), styles et formes d’art : seule importe l’adaptation au contexte et à la situation.

10. Rejoindre le développement global.

On ne connaîtra un succès durable du secteur culturel que si les initiatives sont fermement en lien avec des programmes réussis qui s’adressent aux autres causes et symptômes de l’exclusion sociale. De même, étant donnée l’importance que nous accordons tous aux questions culturelles dans nos vies, des politiques qui ne feraient pas une part importante au registre culturel, seraient vouées à l’échec. Il est temps de relier les politiques culturelles au courant principal.

Mots-clés

lutte contre l’exclusion, loisir, politique culturelle, développement local, partenariat, méthodologie


, Royaume-Uni

Notes

Traduction Françoise MALBOSC.

Contact CR¨DSU - Tél. : 33 (0)4 78 77 01 43 ou François MATARASSO : f.matarasso@binterenet.com.

Source

Rapport ; Articles et dossiers

Matarasso, François, Cultures et développement, CR¨DSU in. Les cahiers du DSU, 06/1999 (France), n°23

CR DSU (Centre de Ressources sur le Développement Social Urbain) - 4 rue de Narvik, BP 8054, 69351 Lyon cedex 08, FRANCE. Tél. 33 (0)4 78 77 01 43 - Fax 33 (0)4 78 77 51 79 - France - www.crdsu.org - crdsu (@) free.fr

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