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Marché des fleurs en pleine expansion

Les oeillets voyageurs de Madagascar

Annie BOUGUERRA

11 / 1993

Un ancien élève de l’Ecole Centrale de Paris vient d’implanter une société d’exportation d’oeillets à Madagascar. Il a planté 2 ha de cette fleur sur les hauteurs d’Ambohimanarina, juste à côté de l’aéroport international d’Ivabo. En association avec Transareal, une entreprise hollandaise (15e rang mondial), Jacka Harison exporte chaque semaine 200 000 tiges d’oeillets en hiver, le quart en été. Les boutures, enrobées d’un mélange de tourbe et de perlite, arrivent par air directement de Hollande et subissent un contrôle phytosanitaire aux douanes malgaches. La culture nécessite 70 ouvriers agricoles et la récolte est soumise au contrôle "très pointilleux" d’un expert horticole de la Transareal: tige avec un minimum de quatre fleurs et longueur maximum de 45 cm. Aussitôt cueillies, les fleurs en boutons sont stockées dans une chambre froide près de l’aéroport et expédiées sur un vol régulier, dans les quarante-huit heures, vers Rotterdam d’où elles sont réexpédiées, à demi ouvertes, toujours par avion, vers le Japon et les Etats Unis, où elles peuvent enfin éclore. Jacka Harison tente actuellement de cultiver des variétés "monoflor", plus recherchées. Il suit ainsi les traces de son voisin kényan, où cette fleur est cultivée sur 150 ha.

Mots-clés

pollution


, Madagascar, Kenya, Colombie

Commentaire

A la vérité, une telle entreprise, totalement dépendante de son associé du Nord, en amont pour la fourniture des boutures, et en aval pour la vente des oeillets en bouton, a les mains liées. Qu’un désaccord surgisse entre les deux, et la récolte lui restera sur les bras.

Par ailleurs, cet exemple est à rapprocher de celui décrit par Eduardo Galiano, dans le "Monde Diplomatique" de juin 1993 (p.27): "La Colombie cultive des tulipes pour la Hollande et des roses pour l’Allemagne. La Colombie garde ses bas salaires, sa terre blessée par les engrais, ses eaux usées et empoisonnées et [envoie les fleurs]. Une sociologue colombienne a enquêté sur les conséquences de ces jeux floraux à l’ère industrielle : la savane de Bogota s’assèche et s’enfonce, les insecticides et les engrais chimiques déversés à grande échelle rendent malades les ouvrières et les terres." Finalement, ce genre d’accord Nord-Sud ne sert qu’à transférer la pollution vers le Sud!

Source

Articles et dossiers

LE TEMPS, 1993/08/26 (TUNISIE)

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