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Un journal de quartier, support d’expression et de travail de l’écriture

Henriette NALLET

04 / 1999

A Teisseire, quartier d’habitat social du Sud de Grenoble, le groupe écriture a décidé de se former à l’expression écrite tout en réalisant un journal de quartier. Parce que "le problème le plus important c’est le manque d’information sur le quartier... Nous avons besoin de savoir ce qui existe sur le quartier, comment ça marche et comment on peut s’impliquer sur ce qui se passe sur notre quartier... Il faut que l’information arrive aux habitants. Il faut aussi donner la parole aux habitants."

Pourtant au départ, rien ne laissait présager de cette orientation. La Confédération Syndicale des Familles accompagnait un groupe d’habitants constitués en association, ceux-ci face à la gestion de l’association ont exprimé leur souhait de se former à l’expression écrite. Parallèlement, dans d’autres lieux (accompagnement scolaire, permanence logement..) l’animatrice de la CSF a rencontré d’autres femmes qui exprimaient leur gêne en ne maîtrisant pas suffisamment l’écriture pour se débrouiller dans des démarches administratives ou pour aider les enfants dans leurs devoirs.

Les unes et les autres n’avaient pas en tête la même chose en voulant travailler l’expression écrite. Pour certaines, le seul mode d’apprentissage valable était celui de l’école. Il a fallu leur faire admettre que les dictées ne sont pas le seul moyen d’apprendre et que justement en écrivant des articles pour le journal, en les retravaillant, en complétant le vocabulaire ou en vérifiant l’orthographe et même en choisissant des livres à la bibliothèque, elles pouvaient progresser. Le titre du journal est éloquent par rapport à cet objectif : Ecritures - Journal d’expressions libres.

Les participantes sont de niveaux très divers, certaines utilisent difficilement l’écrit, d’autres ont du mal à se relire, mais d’autres encore se sentent plutôt compétentes dans le domaine et veulent en faire profiter le groupe.

Les femmes écrivent les textes, seules, collectivement ou avec l’aide d’un "scribe", puis l’animatrice retravaille avec elles la mise en forme, le contenu, le vocabulaire. Elles tapent elles-mêmes leur texte sur l’ordinateur puis font ensemble la maquette du numéro.

Chacune de ces étapes est l’occasion de découverte et de progression. Faire la maquette par exemple, nécessite qu’elles choisissent ensemble la forme du journal, la mise en page, les titres, le mode de diffusion, l’organisation du contenu, les rubriques...

Le désir d’apporter de l’information de quartier, signifie aussi pour elles, communiquer sur des sujets qui les intéressent. La collaboration avec la Bibliothèque est à ce titre très précieuse. Au delà d’une animation conjointe tous les quinze jours, la bibliothécaire a fait visiter la bibliothèque au groupe afin d’aider les participantes à s’y repérer. Elle amène régulièrement des ouvrages qui correspondent aux centres d’intérêts des participantes. D’autre part, certains thèmes traités sont l’occasion de faire intervenir quelqu’un d’extérieur : une psychologue sur les questions d’éducation, une graphiste pour la réalisation d’une oeuvre collective dans le cadre d’une exposition au Centre Social. Tout cela permet d’approfondir la réflexion de chacune.

A ce jour, deux numéros sont sortis.

Le premier, coup d’essai, était surtout composé d’articles d’expression libre dans lequel chacune se racontait à travers le récit de son arrivée sur le quartier, des textes sur les activités des enfants ou un poème.

Le second numéro, sorti en décembre 1998, laisse plus de place aux informations de quartier, aux conseils pratiques, aux critiques de livres...

Pour les participantes, ce journal crée une occasion de s’exprimer, d’imaginer une autre écriture que celle apprise dans le cadre scolaire tellement balisée, si peu personnelle. Mais il n’est pas que cela, il est aussi le support d’une vie collective en permettant une réalisation commune. A ce titre, la convivialité du groupe est également importante, et l’ambiance ne ressemble pas vraiment à celle d’une salle de rédaction ! Cette action est encore très jeune, et le projet "journal" n’est pas totalement exploité.

Mots-clés

femme, quartier populaire, communication et culture, processus d'apprentissage, lutte contre l’exclusion


, France, Isère, Grenoble

Commentaire

De nombreuses pistes peuvent être imaginées et explorées dans la façon de donner la parole aux habitants, de fédérer et d’accrocher les lecteurs... Dans le premier numéro les articles étaient signés, dans le second les signatures se sont rétrécies à des initiales... Pas facile de s’exposer aux regards, aux retours et aux éventuelles critiques, d’exprimer publiquement aux habitants du quartier, aux travailleurs sociaux, ses points de vue, son histoire. Mais il y a déjà beaucoup d’exigence dans cette vie de groupe, dans ce travail de l’écriture. Il sera temps lorsque cette vie collective sera plus assise de se fixer plus d’exigence dans la réalisation du journal.

Notes

Contact : Stéphanie AUDUREAU - Confédération Syndicale des Familles - 8 bis rue Hector Berlioz - Tél. : 33 (0)4 76 44 57 71

Entretien avec AUDUREAU, Stéphanie

Source

Entretien

IRIS (Isère Relais Illettrismes) - Le Patio - 97 galerie de l’Arlequin, 38100 Grenoble, FRANCE - Tél / Fax : 04 76 40 16 00 - France - www.cri38-iris.fr - cri38.iris (@) wanadoo.fr

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