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Le paysan, l’expert et la nature

Sept fables et récits sur l’écologie et le développement dans les pays andins

Robert DOUILLET

10 / 2001

Ce petit recueil de 7 fables et récits sur l’écologie et le développement dans les pays andins est une profonde réflexion sur les rapports entre les "experts" nationaux ou occidentaux et les paysans "autochtones", dont le territoire fait l’objet d’études, de recherches et de soutiens financiers au développement.

Le programme PPEA (dénommé par les acteurs locaux pépéa), financé par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et le gouvernement péruvien a de multiples objectifs centrés sur la préservation et la valorisation de l’écosystème de la province de Cajamarca (7 000 ha au nord du Pérou dans la Cordillière des Andes). A partir de l’expérience de ce programme, les différents auteurs nous transmettent leurs analyses concernant l’aide au développement de la région.

Pour la "gringa" qui a passé 9 mois à analyser les causes et les conséquences de l’érosion, si les paysans "enquêtés" restent timides et leurs réponses souvent contradictoires, c’est d’abord à cause de la confrontation entre deux cultures très différentes, mais aussi parce que ses questions étaient souvent inadéquates faute de compréhension mutuelle. Notre science, nos yeux ne sont pas universels... "Et d’ailleurs, qui est cette gringa, d’où vient-elle, que cherche-t-elle, pourquoi pose-t-elle tant de questions ? Ne vient-elle pas tirer profit de sa mission ? ". Il est important de commencer par trouver une base commune, de savoir que l’autre pense (et comprend ? ) beaucoup plus qu’il ne le dit, pour peut-être enfin commencer à échanger (et non pas transmettre) des expériences.

Le Président de la "ronde paysanne", organisme de surveillance et de gestion d’un territoire délimité, explique le mécontentement et l’incrédulité des habitants locaux envers leurs dirigeants et leurs programmes, et plaide pour des universités paysannes. Comment un ingénieur civil, qui n’a eu son diplôme qu’au "piston", pourrait-il apprendre à préparer le sol, à soigner comme il faut, lui qui ne sait pas tenir la houe ou la pioche, voire même remplir un papier ? Pour lui, ce sont les paysans qui doivent aller dans des universités financées par le peuple, et non les riches capables de payer leurs propres études. Et ils doivent passer chaque semaine trois jours à étudier, et trois jours à travailler afin d’allier pratique et théorie...

Ce paysan pérunien est rejoint par Merdrado, l’agronome qui établit un parallèle entre agronomie et éducation. Pour lui, les programmes ne cherchent qu’à promouvoir qu’une éducation venue de l’extérieur, et laissent tomber l’éducation autochtone. Comme si après avoir imposé la monoculture, on cherchait à faire de la mono-éducation. A l’image des nouvelles variétés agronomiques mal adaptées qui ne durent pas et des variétés autochtones qui disparaissent, l’éducation scolaire est mal en point alors que l’éducation paysanne se perd... Si l’agronome doit oublier ses leçons pour comprendre l’agriculture paysanne, les éducateurs doivent aussi oublier bien des choses pour comprendre l’éducation paysanne...

Mots-clés

développement rural, évaluation de projet, expérience professionnelle, structure d’appui, Etat et société civile, formation


, Pérou, Pays andins

Commentaire

Parfois sous forme de fables dans lesquelles l’écologie, la nature, les organismes financeurs, les paysans locaux, etc... peuvent être personnalisés, ou bien sous forme de récits classiques, les auteurs nous donnent une leçon de modestie - ou bien est-ce un constat d’échec - quand ils analysent le programme PPEA auquel ils ont tous participé. Quelle est l’efficacité d’un programme parachuté ? Qui bénéficie réellement de telles opérations? Comment favoriser la compréhension entre les cultures ? ...

Si la lecture de l’ouvrage ne permet pas de répondre précisemment à ces questions et à tant d’autres, deux certitudes émergent toutefois :

1/ il est nécessaire de laisser le temps au temps pour une collaboration efficace,

2/ le succès des opérations est grandement facilité par la recherche de réciprocités dans les connaissances techniques mais aussi humaines et sociales.

De cet ouvrage émerge un sentiment diffus mais bénéfique, celui de la reconnaissance vis à vis des auteurs de tant de franchise et de courage, dans la remise en cause personnelle et collective de leurs missions. Pour cette raison, cet ouvrage est un exemple d’une (auto)-évaluation à promouvoir...

Remarque: il est conseillé aux éventuels lecteurs de lire les annexes avant l’ouvrage pour une meilleure compréhension du programme PPEA et de la terminologie locale utilisée. La lecture de la première fable décrivant "l’histoire de Pépéa, l’enfant graine" lui sera alors grandement facilitée.

Source

Livre

DE ZUTTER, Pierre, Le paysan, l'expert et la nature, Charles Léopold Mayer in. Dossier pour un débat, 1992/09 (FRANCE), 12, 103

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