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Habitat kangourou : entraide et cohabitation d’une famille immigrée et d’une personne âgée

06 / 2002

Le Foyer Dar al Amal s’installe en 1979 dans le vieux Molenbeek (Belgique), avec comme objectif principal l’émancipation de la femme, essentiellement d’origine immigrée. A l’origine, le Foyer est un centre d’intégration qui propose une s,rie d’activité, surtout aux femmes immigrées de première génération mais actuellement aussi à celles de deuxième génération afin de les sortir de leur isolement

"Notre quartier est peuplé à la fois d’immigrés et d’autochtones âgés" explique la directrice du Foyer. Lors des contacts avec le quartier et ses habitants, le service s’est rendu compte qu’il y avait un grand nombre de personnes âgées, d’origine belge, isolées, et insécurisées par l’arrivée massive d’étrangers dans le quartier. Dès lors, chez elles, un certain racisme à l’égard des immigrés se développait. Parallèlement, le Foyer a remarqué l’importance des problèmes de logement dus à la vétusté de l’immobilier pour de nombreuses familles immigrées.

Pour répondre à ces deux aspects, la solution envisagée fut d’offrir un habitat adapté pour accueillir en colocation une famille d’origine immigrée aux étages et une personne âgée ou un couple de personnes âgées au rez-de-chaussée. La première expérience est menée dès 1986.

Au travers de l’initiative d’habitat kangourou proposé par Dar al Amal, outre la rencontre entre des générations différentes, il y a la rencontre interculturelle, ainsi que l’offre d’un logement adapté et de qualité tant pour la famille que pour la personne âgée, avec un loyer modéré. Un des objectifs est que la famille apporte une plus grande sécurité à la personne âgée et que la personne âgée puisse faire appel à l’aide de la famille en cas de besoin.

Ce projet est réservé de façon prioritaire aux habitants du quartier : d’une part à des personnes âgées isolées ou en couple ayant de faibles revenus et d’autre part à des familles nombreuses immigrées éprouvant des difficultés à se loger. Une condition pour que la personne âgée puisse participer au projet est qu’elle ait un degré d’autonomie suffisant pour ne pas demander une aide trop importante à la famille.

Pour le moment, deux maisons fonctionnent avec ce principe. Les maisons sont constituées de deux entités indépendantes et chaque appartement dispose d’une cuisine et de sanitaires privatifs. Les deux entités sont reliées par un interphone pour permettre à la personne âgée de se mettre facilement en communication avec la famille.

Le projet d’habitat Kangourou s’inscrit dans les activités plus larges du Foyer qui comprend un service social, un atelier de quartier, un centre de formation, une école de devoirs, un atelier d’entraide du quartier... C’est par cet ensemble d’activité (par exemple, des femmes immigrées font des courses groupées ou du ménage chez les personnes âgées...) que les gens du quartier peuvent se rencontrer et que des familles et des personnes âgées se côtoient. Une intervenante sociale se charge de présenter les deux locataires potentiels afin d’éviter les incompatibilités de caractère.

Dans une des maisons, une personne âgée est restée 6 ans, tant qu’elle était valide (elle est par la suite décédée). La mère de famille du second étage témoigne : "la personne âgée se sent plus en sécurité et elle sait qu’elle peut compter sur une aide en cas de besoin". Mais c’est aussi un échange de services et un nouveau lien social. "J’ai eu deux jumeaux peu de temps après notre installation dans la maison, explique la mère de famille, la personne précédente s’est beaucoup occupée de mes enfants quand ils étaient tout petits. Elle les gardait lorsque j’allais faire des courses ou rechercher les grands à l’école. Elle était devenue une grand-mère pour les enfants. Elle montait pour boire le thé ou pour faire les devoirs avec les enfants".

La famille de la personne âgée, malgré des réticences au début - pas facile en effet de se sentir "remplacée"-, a été contente de l’initiative, au moins pour des raisons pratiques.

Des baux un peu spéciaux

Les baux sont relativement classiques entre les locataires et le Foyer Dar al Amal. Toutefois il y des différences entre les deux protagonistes. Pour la personne âgée, il s’agit d’un bail de 9 ans. Pour la famille, il s’agit d’un bail d’un an renouvelable tous les ans et qui devient par la suite à durée indéterminée. Le contrat de la famille comporte en outre une clause morale (et non légale) qui stipule le projet d’accueil d’une personne âgée pour lui apporter une certaine sécurité.

Mais tout n’est pas rose. Il n’est pas évident de trouver des maisons bon marché, offrant des possibilités de rénovation. De plus, le coût de la rénovation augmente quelque peu du fait de la nécessité de l’adaptation d’un appartement pour une personne âgée. Enfin, les normes en matière de logement impliquent un certain nombre de pièces en fonction du nombre d’enfants. D’où la difficulté de louer à des familles qui s’agrandissent après avoir loué.

Au moment du décès de la personne âgée, la situation a été délicate car le contrat de location de la famille stipule le projet d’accueil d’une personne âgée. Et il n’est pas facile pour une famille d’être obligée, dans le cadre d’un contrat de location, de remplacer une colocataire, à qui elle s’était attachée affectivement, par une autre.

Malgré tout, pour la directrice du projet comme pour la mère de famille, "le projet est un projet naturel. Chez nous, explique la maman, on s’occupe spontanément des personnes âgées". Tant la famille que la personne âgée jouent donc des rôles naturels (aide mutuelle, "grand-mère"...). La directrice précise cependant qu’une personne âgée seule est probablement plus adaptée au projet qu’un couple.

Mots-clés

logement social, immigré, personne âgée, cohésion sociale, lutte contre l’exclusion, innovation sociale, accompagnement social, organisation de quartier, dialogue interculturel, lien social


, Belgique

dossier

Exclusion et fragmentation urbaine

Notes

Auteurs de la fiche : une maman d’une famille locataire, une assistante sociale et la directrice du Foyer

Contact : Foyer Dar al Amal, Rue des Ateliers 25, 1080 Bruxelles, Belgique - Tél. : +32 (0)2 411 74 95

Cette fiche est extraite d’un document plus exhaustif disponible auprès de Pascale Thys, Habitat et Participation, 1 place des Peintres, bte4, B-1348 Louvain la Neuve, Belgique - Fax : +32 10 45 65 64

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