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L’Union des Jeunes Agriculteurs de Koyli-Wirnde dans le nord du Sénégal.

La mise en place d’une dynamique sociale paysanne responsable et autonome

Pauline ZEH MBIAM

05 / 2002

La région riveraine du fleuve Sénégal est sous climat sahélien. Dès les années 70, le gouvernement sénégalais y a introduit la culture irriguée, afin de permettre aux riverains de bénéficier de la proximité du fleuve Sénégal et de développer l’agriculture en zone sahélienne. Pour encourager cette activité, l’Etat a mis en place des coopératives agricoles, qui permettaient aux paysans de bénéficier de l’approvisionnement en intrants, de l’encadrement technique dans le processus de production (formation-conseil) et de la commercialisation. Dans les années 80, les institutions monétaires internationales (FMI et Banque Mondiale) ont initié au Sénégal (et dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne) des programmes d’ajustement structurel en vue d’aider les jeunes Etats à assainir et à contrôler les finances publiques. Il en est résulté un désengagement de l’Etat sénégalais vis-à-vis de tous ses domaines d’intervention : éducation, santé, agriculture. A Koyli-Wirnde, le désengagement de l’Etat, même s’il s’est opéré de façon brusque, a impulsé une prise de conscience de la part des organisations paysannes. Ces dernières ont rapidement réagi en mettant en commun ressources humaines, matérielles, et même culturelles au sein de l’Union des Jeunes Agriculteurs de Koyli-Wirnde (UJAK). Les acteurs mis à contribution pour cet ambitieux projet étaient les élites extérieures, les paysans eux-mêmes et les organisations non-gouvernementales locales. A sa création, les promoteurs de l’UJAK lui assignèrent pour principal objectif la création d’un cadre de concertation entre les organisations paysannes. Concrètement, il s’agissait pour ce regroupement de se construire une identité et de se positionner sur le plan économique et politique : "Dire qui nous sommes, ce que nous voulons faire, et comment nous voulons le faire". Pour plus d’efficacité, la mise en oeuvre de cette association s’est déroulée sur plusieurs plans. Sur le plan interne, les promoteurs ont agi au niveau local en impulsant le regroupement des paysans. Ils avaient pour objectif de valoriser le métier de paysan et de faire comprendre son rôle social et économique dans la société sénégalaise. Ensuite, il leur a fallu regrouper les ressources humaines, financières et intellectuelles présentes pour assurer le démarrage effectif de l’UJAK, qui regroupe à ce jour près de 22 organisations paysannes. Sur le plan externe, le mouvement a établi des partenariats avec d’autres ONGs. Dans le domaine culturel, la Fédération des associations du Fouta pour le Développement (FAFD) - qui oeuvre à la promotion de l’héritage culturel comme facteur de développement - leur a permis d’alphabétiser les adhérents en langue locale. Dans le domaine technique, l’UJAK a développé des relations avec la Fédération des Ongs (FONGs) pour la mise en place de modules de formation en gestion de projets et en lobbying. Enfin, auprès des autorités administratives, l’UJAK a été mise à contribution dans le processus de résolution de la question foncière en milieu rural, co-organisant en 1990 un forum local sur ce thème.

Les résultats de l’UJAK se mesurent en termes d’acquisition des compétences dans les techniques de culture, la maîtrise et l’observation des différentes filières de distribution et de commercialisation des produits agricoles. Les difficultés, quant à elles, se résument à la difficulté pour l’UJAK de parvenir à satisfaire les attentes de ses adhérents (distribution des intrants et des crédits) et des partenaires extérieurs (adéquation de leurs programmes aux réalités locales). Enfin, le problème de la gestion des organisations membres de l’UJAK se pose dans la mesure où leur nombre va grandissant.

Pour pallier ces problèmes, l’UJAK procède depuis peu à un renforcement systématique de ses capacités et se décentralise. Aujourd’hui, l’UJAK est devenu un interlocuteur pertinent auprès des autorités administratives, qui lui ont confié l’élaboration du plan de développement local de la commune rurale de Guédé.

Mots-clés

développement rural, valorisation des savoirs traditionnels, relations réflexion action, organisation paysanne, jeune


, Sénégal, Podor, Vallée du fleuve Sénégal

Commentaire

En général, il m’a semblé que l’UJAK ait atteint ses objectifs, comme la mise en place d’une dynamique paysanne forte et indépendante. Pourtant, l’union gagnerait à prendre en compte les acteurs émergents que sont les associations de consommateurs, les syndicats et la société civile, les médias, pour élargir sa vision de la cause paysanne.

Notes

Entretien réalisé lors de la Rencontre Mondiale Paysanne à Yaoundé, Cameroun, du 6 au 11 mai 2002.

Contact : LY, Ousmane, BP 68 Podor, Sénégal - Tel : (221) 9 64 3003/965 14 01 ou (221) 964 30 03 ou (221) 535 16 85.

Rédacteur de la fiche : ZEH MBIAM, Pauline, socio-anthropologue - Tel :237 769 73 32 - zehp2003@yahoo.fr

Entretien avec LY, Ousmane, agro-éleveur

Source

Entretien

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