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Des initiatives de commerce équitable qui renforcent la souveraineté alimentaire

Au lieu d’encourager une production pour l’exportation, ces initiatives encouragent la production pour les besoins locaux et des relations de proximité

Johanne WILK TATIN

08 / 2002

Les pays en développement sont de plus en plus attirés par la production de cultures commerciales dirigées vers l’exportation. Celles ci leur offrent des revenus monétaires plus attirants et payés en devises (ce qui leur permet de rembourser la dette) que ceux issus de la production des cultures vivrières. Cette tendance menace gravement leur souveraineté alimentaire car la prédominance du premier type de cultures a tendance à provoquer l’épuisement des sols et à encourager l’importation de biens de consommations quotidienne qu’ils auraient pu produire sur place.

Le mouvement du commerce équitable cherche à établir des relations commerciales plus justes et plus directes entre les producteurs défavorisés du Sud et les consommateurs du Nord. Il est orienté principalement vers l’importation de produits majoritairement agricoles ou artisanaux. Cherche t il alors à répondre aux conséquences négatives du commerce Nord/Sud sur la souveraineté alimentaire des pays du Sud ?

Il y a quelques années, l’idée de commerce équitable restait limitée à des relations Nord/Sud pouvant avoir des effets pervers sur la souveraineté alimentaire. Ces relations interviennent principalement dans les régions productrices de produits agricoles destinés à l’exportation et dont les cours mondiaux sont très instables. Le café est un exemple frappant de cette dépendance dangereuse (mono exportation) aux prix du marché.

Depuis la dérégulation du secteur en 1989, ils se voient proposés, sur le marché "libre", des prix trois fois inférieurs au prix minimum de subsistance. En offrant un prix minimum basé sur l’étude des besoins socioéconomiques dans les pays producteurs, le commerce équitable a permis à certains groupes de producteurs de sortir de cette dépendance aux aléas du marché et d’investir dans d’autres activités (les femmes se mettent à l’élevage par exemple). C’est ainsi qu’ils ont pu passer la crise sectorielle de 1989 1994 sans être trop affectés. Voilà la preuve que le commerce équitable peut permettre une certaine sécurité alimentaire grâce à un revenu stable et décent assuré aux producteurs pour leurs produits d’exportation.

Le commerce équitable encourage d’autre part l’offre de produits de qualité (certains sont certifiés "bio") en favorisant un rapport de confiance et de transparence entre les producteurs et les consommateurs. On peut noter que certaines coopératives, qui ont su développer des relations de confiance avec les consommateurs nationaux ou étrangers, offrent des produits bio à des prix presque similaires à ceux de l’agriculture traditionnelle.

Le mouvement du commerce équitable se trouve actuellement dans une phase de redéfinition, dans laquelle s’affrontent deux courants de pensées : d’un côté les "régulateurs", qui le voient comme un moyen d’intégrer des groupes de producteurs marginalisés dans le commerce mondial, de l’autre les "transformateurs", qui l’envisage comme le garant d’une transformation du système des échanges internationaux et des structures collectives. De nouvelles pratiques viennent renforcer le deuxième courant, élargissant la notion de commerce équitable :

On observe aujourd’hui des expériences intéressantes d’échanges solidaires inter régionales voire locales pouvant s’intégrer dans la logique du commerce équitable. En France, les Jardins de Cocagne, par exemple, mettent en place un "abonnement" qui, garantissant l’échange hebdomadaire d’un panier de produits entre une ferme et un consommateur citadin, permet d’une part un meilleur partage des risques en cas de crise dans la production et, d’autre part, la création d’une proximité nouvelle entre les deux protagonistes. "L’Agriculture Soutenue par la Communauté" en Amérique du Nord obéit à une logique similaire. En Amérique latine, "l’Economie Populaire de Solidarité" se réfère à des pratiques de proximité très diverses. En Afrique, le Réseau Afrique Verte met en place une solidarité entre les producteurs qui se serrent les coudes en cas de mauvaises récoltes en partagent la "plus value" permise par le commerce équitable.

Cette intégration dans la notion de commerce équitable des relations entre acteurs d’un même territoire permet un meilleur respect de la souveraineté alimentaire et un réel développement de l’économie locale de ces pays. Le développement de marchés locaux permet aussi le respect d’une certaine culture alimentaire locale et des besoins nutritionnels.

Mots-clés

souveraineté alimentaire, marché local, agriculture d’exportation, agriculture vivrière, commerce équitable


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Commentaire

Malgré les efforts du mouvement du commerce équitable pour encourager la diversification productive, on est souvent encore loin du retour à une "agriculture prioritairement orientée à satisfaire les besoins des marchés locaux et nationaux", modèle qui garantirait la souveraineté alimentaire définie lors d’un récent forum mondial consacré à ce thème. C’est dans cet objectif que l’on doit oeuvrer afin de ne pas reproduire les erreurs de l’aide alimentaire générant des dépendances dangereuses.

Le commerce équitable pose également d’autres questions. Certes, il permet aux petits producteurs de vivre sans faire appel à l’assistance. Mais ses produits ne s’adressent ils pas à des consommateurs privilégiés ? En effet, les consommateurs actuels se situent souvent dans les pays du Nord ou font partie des classes aisées des pays en développement. C’est pourquoi, dans un souci de démocratisation de l’accès à ces produits, il convient de réfléchir à des stratégies qui permettraient de toucher une cible plus large et diversifiée.

Notes

Pour plus d’information sur le chantier sur le commerce équitable : http://fairtrade.socioeco.org

Pour plus d’information sur l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire, consulter : http://fairtrade.socioeco.org

Entretien avec JOHNSON, Pierre

Source

Document interne

Chantier commerce équitable de l'Alliance pour un monde responsable et solidaire, Le commerce équitable et la souveraineté alimentaire, 2001/09/01

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