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Le peuple minoritaire de Bessermianes en train de renaître

Un épisode de la politique visant les minorités ethniques en Oudmourtie : influence des ONG et des milieux académiques sur la politique d’Etat

Iaroslav STARTSEV

08 / 2001

Les Bessermianes habitent au Nord-Ouest de l’Oudmourtie. L’ethnonime de Bessermiane est connu depuis le XIII ème siècle, quelques siècles avant le premier enregistrement du terme "oudmourte". Les historiens ne sont pas d’accord sur les connotations proprement ethniques du terme : pour les uns, il s’agit d’un groupe oudmourte influencé par la culture tatare dès le Moyen Age, les autres insistent sur le caractère indépendant d’une ethnie indépendante formée par les descendants des Bulgares de la Volga, assimilés par les Tatars sous la Horde d’Or. Les deux hypothèses ont leurs partisans et elles expliquent toutes les deux les particularités de ce groupe ethnique : la langue (un dialecte de la langue oudmourte avec une influence des langues turques), la vie quotidienne où des traditions oudmourtes et turques sont mélangées, la religion (le panthéon païen oudmourte, puis la christianisation par les Russes).

Les Russes qui colonisent la région aux XVI-XVII siècles reconnaissent les Bessermianes en tant qu’ethnie à part mais cette situation ne dure que jusqu’aux années 1920. Plus tard, les autorités soviétiques pressées de consolider les ethnies non russes importantes, aux dépens de groupes minoritaires, ne considèrent plus les Bessermianes que comme un groupe dialectal au sein de l’ethnie oudmourte. Le dernier recensement soviétique où les Bessermianes sont inclus en tant qu’un peuple à part (1926) dénombre 10 000 personnes. Dès les débuts de la perestroïka des représentants des Bessermianes militent pour le statut de peuple. En 1990 la Société de la culture bessermiane est créée, et son président, Valerian Sabrekov, bombarde le Conseil Suprême de l’Oudmourtie avec les demandes de reconnaissance officielle de son peuple. La Société s’efforce aussi de populariser la culture musicale bessermiane peu connue jusque là. C’est grâce à ces activités que le problème est reconnu et mis sur l’agenda politique, les mass médias aidant. En 1992 le Conseil Suprême de l’Oudmourtie (qui devient entre temps un Etat fédéré) édicte la décision n°293 : "De rétablissement du nom du peuple de Bessermianes". La décision résulte de la pression exercée par la Société qui organise une campagne de presse, quelques petites manifestations, mais aussi d’un soutien proposé par les milieux académiques aux Bessermianes. L’Institut Oudmourte de l’Histoire, de la Littérature et de la Langue profite de l’occasion pour organiser des recherches sur l’histoire et la culture des Bessermianes. Ce sont les chercheurs de l’Institut qui donnent des preuves de la spécificité des Bessermianes; plus de 5 monographies et plusieurs articles sont publiés et deux thèses consacrées à ce sujet sont soutenues. L’opinion des chercheurs, en plus de la campagne de presse, est devenue les facteurs décisifs influençant la décision finale.

Dès leur reconnaissance officielle, les Bessermianes retrouvent le droit non seulement d’utiliser l’ethnonime mais aussi de profiter des programmes d’Etat destinés à soutenir les peuples minoritaires. En 1996 le peuple des Bessermianes est reconnu par les autorités fédérales; une Société du peuple des Bessermianes de l’Oudmourtie est créée. Depuis cette année la fête bessermiane traditionnelle, la Korban, est organisée tous les ans au village de Chamardan. Le folklore bessermiane est largement popularisé grâce à la sortie d’un CD où les chants traditionnels sont enregistrés. Ces chants, les bessermiane-krez, sont très particuliers: quelques personnes, de 3 à 8, chantent ensemble des chants différents mais le résultat est harmonique. Plusieurs activités culturelles se mettent en place dans le cadre du programme de renaissance de la culture bessermiane réalisé par le gouvernement oudmourte. En 1999, la délégation bessermiane participe de plein droit au Congrès des peuples minoritaires de Russie. Coïncidence ou non, les comités de village (dits "de l’autogestion populaire") et les starostes des villages bessermianes sont plus actifs et plus efficaces que les villages tatars, oudmourtes ou russes voisins.

Néanmoins, la "renaissance" est relative. Les chercheurs de l’Institut Oudmourte ne dénombrent que 3 500 Bessermianes (de personnes s’identifiant en tant que tels) en Oudmourtie, plus quelques centaines à la région voisine de Kirov. Plus de 90 pour cent des Bessermianes habitent à la campagne : les 20 villages bessermianes des districts de Balézinsky, Yarsky, Youkamensky et Glazovsky et 60 villages où la population bessermiane est mélangée avec les Russes et les Tatars. Les traditions musicales, quelques aspects de la vie quotidienne et le costume traditionnel restent à peu près les seuls traits de ce que l’on nomme "la culture bessermiane". Toute littérature indépendante est absente, aussi que des coutumes vraiment particulières.

Mots-clés

minorité ethnique, culture traditionnelle, revendication ethnique


, Russie, Oudmourtie

Commentaire

L’histoire des Bessermianes est commune à plusieurs ethnies minoritaires en Russie. Les événements du début des années 1990 ont éveillé plusieurs "minorités au sein de minorités" qui arrivent, tôt ou tard, à bénéficier du statut d’un peuple à part. Les décisions oudmourtes concernant les Bessermianes ont joué un rôle dans l’établissement de la liste fédérale des minorités ignorées jusque-là. Le plus souvent, la culture des nouveaux peuples est partagée entre deux pôles : d’une part, ce sont des traits "exotiques" qui attirent des intellectuels et des touristes, d’autre part, c’est la vie quotidienne des populations largement rustiques, souvent incultes. Entre ces deux extrémités il n’y a que le vide.

Notes

Les publications et les enregistrements concernant les Bessermianes sont concentrés à l’Institut Oudmourte de l’Histoire, de la Littérature et de la Langue auprès du Département de l’Oural de l’Académie de Sciences de la Russie (426004, Ijevsk, Lomonosova 4 - Tél. + 3412 755 321). La Société de la culture bessermiane, présidée par Valerian SABREKOV se trouve à l’adresse suivante: 427600, Glazov, Pervomaïskaya 33 - Tél. + 34141 351 33.

Source

Entretien ; Document de travail

Association France Oural - 14, rue des Tapisseries, 75017 Paris, FRANCE - Tél : +33 (0)1 46 22 55 18 / +33 (0)9 51 33 55 18 - Fax : +33 (0)9 56 33 55 18 - France - www.france-oural.org - franural (@) free.fr

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