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Les self made women dans les provinces russes

Iaroslav STARTSEV

08 / 2001

Les attitudes traditionnelles à l’égard de rôles sociaux respectifs de l’homme et de la femme sont encore dominantes en Russie. Faute d’une culture féministe ou réellement égalitaire, même les études et les sondages sociologiques consacrés à la recherche et à l’analyse des classes moyennes ne prêtent pas d’attention particulière au phénomène des femmes indépendantes ayant acquis une position sociale importante grâce à leurs propres efforts. Une des dernières études de ce genre ne parle des femmes de la classe moyenne que dans la catégorie "personnes dépendantes" (les femmes à charge d’hommes, qu’il s’agisse de filles, d’épouses ou de concubines - voir les notes). Néanmoins, le phénomène existe même si le nombre de self made women n’est pas trop élevé.

La position sociale étant largement définie par la position professionnelle, on peut parler de 3 catégories de femmes concernées: 1) les femmes-entrepreneurs; 2) les femmes occupant des postes élevés dans les entreprises privées ou publiques; 3) les femmes occupant des hautes positions dans l’administration ou au sein d’organisations politiques, ces deux secteurs étant confondus jusqu’à former un tout indifférencié, en Russie d’aujourd’hui.

Les femmes-entrepreneurs apparaissent dans les provinces russes dès le début des transformations économiques et plusieurs traits de cette catégorie sont typiques, sans différences majeures d’un cas à l’autre. Ce sont des femmes seules, divorcées le plus souvent mais avec enfant(s) à charge. Elles créent des entreprises petites ou moyennes, surtout des entreprises de commerce de détail, plus rarement des entreprises d’autres secteurs du tertiaire (centre de soins dentaires ou agence immobilière jusqu’à un centre d’expositions industrielles ou une école privée). Il s’agit souvent de secteurs du marché ignorés ou délaissés par les entrepreneurs-hommes. Le capital initial est formé par des crédits pris à des particuliers ou à des entreprises. Les créditeurs sont toujours des hommes, ils sont toujours des anciennes connaissances des femmes-entrepreneurs (ancien collègue, ancien amant, ami d’école, parent). Les conditions de crédit sont aussi typiques: sauf les intérêts et la responsabilité ordinaire, le créditeur participe aux bénéfices de l’entreprise, souvent de façon illégale. Ainsi, les femmes utilisent les secteurs vides du marché et l’appui traditionnel de la part de ses amis mâles pour s’émanciper ensuite. Deux exemples: 1) une femme subventionnée par un ancien collègue devenu criminel organise une agence immobilière (Ekatérinbourg). A part le crédit proprement dit et les intérêts, l’homme exige de 30 à 50 pour cent des bénéfices. La situation dure deux ans ; quand les exigences du créditeur deviennent encore plus importantes, la femme décide de déposer une plainte. Le criminel est blanchi mais il ne prétend plus à l’agence. 2) Un homme d’affaires (région de Tioumen) concède aux demandes de sa femme en lui donnant de l’argent pour monter une boutique d’objets ménagers bon marché, tandis qu’il importe en gros les machines ménagères. Suite à la crise de 1998, son commerce arrête et plusieurs dettes restent à payer. C’est la boutique de sa femme qui fonctionne toujours et qui lui permet de faire marcher les affaires, avec son épouse en tant que partenaire à part égale cette fois.

La seconde catégorie est représentée par des comptables ou des professeurs aussi bien que par des journalistes, managers ou agents publicitaires. A la différence de l’époque soviétique, les représentantes de ces professions sont obligées de faire des efforts importants pour trouver un emploi suffisamment rémunéré; la rareté de tels emplois et la concurrence avec les hommes qui sont souvent préférés, a priori, sont les principales difficultés rencontrées. Les employeurs qui préfèrent que ces postes soient occupés par des femmes citent toujours les mêmes qualités les ayant fait opter pour ce choix: haute qualification professionnelle, assiduité, absence d’ambitions trop élevées (une femme n’est pas estimée être un vrai concurrent pour son supérieur), sens de responsabilité, exécution nette des ordres et une exécution adroite. Ces qualités sont souvent considérées comme caractéristiques pour les femmes et rares chez les hommes. Le vrai contenu des fonctions remplies par les femmes de cette catégorie, malgré toutes les différences, peut être résumé par le terme "adjoint" ou "spécialiste sans ambitions". Les observations montrent qu’il s’agit plutôt d’une astuce : plusieurs femmes jouent volontiers les dociles pour correspondre à l’image traditionnelle ; la situation change quand la nouvelle employée voit sa position s’assurer.

Les représentantes de la dernière catégorie arrivent à la fonction publique ou aux états-majors de partis politiques grâce à leurs connaissances anciennes (celles qui ont une expérience pareille dès l’époque soviétique) ou grâce à des "pistons" fondés sur les liens de parenté ou de concubinage. Toutefois, des efforts indépendants sont nécessaires pour faire une carrière dans ce secteur. Apparemment, les positions hautes et moyennes dans le service public demeurent réservées aux hommes ; les femmes y sont beaucoup plus rares qu’à des postes comparables dans le privé.

Le contexte socio-psychologique de la situation décrite ci-dessus est aussi intéressant. A coté de quelques femmes ambitieuses, la majorité est presque forcée d’entreprendre des efforts indépendants pour retrouver une position sociale élevée ou moyenne: le motif principal pour plusieurs femmes est la pauvreté, l’absence d’un homme qui aurait pu les prendre à charge (femmes seules ou mariées mais dont le mari ne gagne rien), le désir d’élever les enfants dans de bonnes conditions. C’est après qu’un goût des affaires apparaît. Peu à peu l’attitude change du coté des femmes, mais les hommes sont moins mobiles: les partenaires de femmes-entrepreneurs se demandent toujours "qui est l’homme qui est derrière". D’ailleurs, une situation intermédiaire devient de plus en plus à la mode. Un businessman plus ou moins chanceux organise une entreprise à part pour sa femme, sa fille ou son amie en fournissant le capital initial, les contacts avec des partenaires etc. Il en est de même avec les hauts fonctionnaires ou même avec les représentants de professions libérales. Il n’est pas question, dans ce cas, d’indépendance féminine quelconque.

Mots-clés

femme, genre, participation des femmes, rôle des femmes, travail des femmes


, Russie

Commentaire

Les femmes indépendantes et occupant des positions sociales élevées sont encore rares en Russie, surtout en province. Plusieurs cas où une apparence d’autonomie existe, s’avèrent souvent être le résultat d’un soutien important de la part d’un homme.

Source

Texte original

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