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Le Grand Nord russe à l’ère des nouvelles technologies

L’informatique et les télécommunications dans les régions pétrolières du Grand Nord.

Iaroslav STARTSEV

09 / 2002

Jusqu’au début des années 1960, le Grand Nord russe était un no man’s land habité par des peuples nomades vivant d’élevage, de chasse et de pêche. L’extraction du pétrole et du gaz était effectuée par des gens venus dans le Grand Nord pour y travailler quelques mois ou quelques années et ensuite regagner "le continent ". Mis à part cela, il n’y avait que des prisons et des bases militaires.

La région de Tioumen, située en Sibérie occidentale à 1700 km à l’est de Moscou après l’Oural, couvre environ 1,5 million de km2 et s’étend sur 2100 km du nord au sud et 1400 km de l’est à l’ouest. Sa population compte environ 3,2 millions de personnes comprenant un faible pourcentage d’autochtones, Khantys, Mansis, Nénètses, dont les districts autonomes font partie de la région. Le district des Khanty-Mansis produit trois quarts du pétrole russe et celui des Iamalo-Nénètses produit près de 90 pour cent du gaz russe. Ces régions comptent désormais parmi les plus riches de Russie, mais sont quasiment dépourvus de tout équipement et infrastructure. Depuis 1994-1995, ces districts ont décidé de disposer eux-mêmes de leur budget, préférant être directement subordonnées à Moscou sans passer par Tioumen. L’une des tâches à laquelle s’attellent les nouvelles autorités consiste à informatiser et développer les communications - un réel problème dans des régions où l’hélicoptère est le seul moyen d’accès à la moitié des villages.

La mise en place de solutions réseaux et l’installation de matériel informatique ont commencé dès 1995 dans le district des Khanty-Mansis. Les équipements ont été acquis auprès de fournisseurs de Moscou et d’Ekaterinbourg, les logiciels adaptés, et les solutions réseaux fournis par des programmateurs de Novossibirsk, Tomsk, Omsk et Moscou. Le gouverneur de la région a opté pour l’adoption d’un système d’information électronique sur le modèle de celui utilisé par l’Administration de la région de Iaroslavl. L’objectif initial, l’informatisation des bureaux de l’administration régionale, est devenu vite plus ambitieux. En effet, dès 1997 l’informatisation des collectivités locales, de certaines tâches de gestion, des établissements scolaires et la création d’un "espace d’information régional commun" ont été mis à l’ordre du jour. Il s’agit d’un système Intranet reliant les établissements publics et les autorités de la région via Internet. Les deux premiers objectifs ont été atteints, sous la forme de systèmes informatisés GIS (Geographical Information System), de sondages et de support à la prise des décisions, de recherches sur les catastrophes naturelles, etc. Les établissements secondaires, les universités sont désormais informatisés, avec des ordinateurs accessibles aux étudiants ; quelques écoles primaires dans les grandes villes (Sourgout, Nijni-Vartovsk) et dans la capitale (Khanty-Mansiisk) le sont aussi. L’objectif actuel est la création d’un centre de documentation électronique pour les écoles et une expansion de l’équipement afin d’équiper toutes les villes.

Parallèlement, les changements touchent aussi le secteur des communications. Au début des années 1990, peu de particuliers dans la région possédaient une ligne téléphonique, plusieurs administrations locales n’étaient même pas équipées. En 2001, toutes les localités sont reliées au réseau téléphonique, dans certains cas équipées de téléphones mobiles satellitaires. La compagnie "KhantymansiiskTELECOM" qui possède le monopole dans la région est passée aux technologies numériques. Ainsi près de 93 pour cent des stations téléphoniques sont numériques ; ce qui place la région à la première place nationale (dans certaines régions russes ce taux est inférieur à 5 pour cent).

Les changements sont toujours dus aux efforts d’entreprises informatiques de Moscou (par exemple, Corporation UNI) et de Sibérie occidentale. Profitant de la dynamique, des centres de recherche et des entreprises informatiques se sont installés dans la région. Un Institut régional de recherche dans le domaine des technologies de l’information a été récemment créé à Khanty-Mansiisk. Les entreprises informatiques essaiment et proposent des services et des outils spécialisés.

La situation est comparable dans la région voisine, le district des Iamalo-Nénètses. Une nuance importante : le réseau des autoroutes y est encore moins développé à cause des problèmes dus au froid, ce qui pose des difficultés de transport. Quant aux communications, il est impossible de mettre des antennes relais au sol. Le problème des communications est donc résolu grâce aux satellites "Yamal" essentiellement financés par la compagnie russe "GAZPROM" qui a le monopole du gaz. Les satellites permettent aux deux régions d’avoir leur propre télévision dont les transmissions sont diffusées partout en Sibérie et dans l’Oural. Dans le district des Iamalo-Nénètses (50 stations de communication avec les satellites), les mobiles via les satellites remplacent les téléphones cellulaires presque inexistants dans ce pays de grands déserts glaciaux.

Il faut souligner le caractère particulier de cette zone géographique qui a la chance d’avoir des ressources en pétrole et gaz ; ce qui permet aux gouvernements locaux de bénéficier de revenus importants via les impôts et donc de financer ces coûteuses technologies de pointe. Beaucoup de régions confrontées aux mêmes conditions climatiques ne peuvent en profiter. Cependant ces conditions particulières sont à double tranchant ; personne ne se soucie de préserver les cultures autochtones, les exploitants pétroliers se moquent de protéger l’équilibre écologique et la région est confrontée à un grave problème de pollution. L’installation de ces technologies, même si les écoles et universités en profitent également, n’a pas été faite dans un but philanthropique et profite avant tout à une minorité privilégiée.

Mots-clés

technologie de l’information et de la communication, télécommunications, minorité ethnique, aménagement du territoire, conditions de vie, énergie fossile, informatique


, Russie, Sibérie

Commentaire

Le mode de développement de l’informatique et des télécommunications, et le style de construction des bâtiments publics ne sont pas sans rappeler certains aspects des monarchies du Proche-Orient : les ressources technologiques et autres ne font qu’accroître le pouvoir presque absolu et paternaliste des gouverneurs. Le district des Khantys-Mansis est, par exemple, la région pilote d’un grand projet fédéral portant sur la création d’un système informatisé permettant d’archiver toutes les informations sur la population. Cette gigantesque base de données sera mise à la disposition de la police et l’armée, générant un risque pour les libertés individuelles. La région était également pilote pour le système électronique d’organisation des élections. D’aucuns y voient une des raisons du score étonnant des gouverneurs sortants toujours réélus avec plus de 80 pour cent des voix.

Source

Texte original

Association France Oural - 14, rue des Tapisseries, 75017 Paris, FRANCE - Tél : +33 (0)1 46 22 55 18 / +33 (0)9 51 33 55 18 - Fax : +33 (0)9 56 33 55 18 - France - www.france-oural.org - franural (@) free.fr

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