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Maïeutique interculturelle

La rentrée Sud du Collège coopératif de Paris

Marie-Lise SEMBLAT

11 / 2002

Le Collège Coopératif de Paris appartient au Groupement des Collèges coopératifs avec ceux d’Aix-en- Provence, Lyon et Rennes. A la fois organisme de formation supérieure pour adultes et lieu de recherche, il est né à partir de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Ses formations diplômantes permettent la validation des acquis tant professionnels qu’expérientiels, elles portent surtout sur le développement social, les sciences de l’éducation, le développement territorial et la coopération internationale. La pédagogie active mise en ouvre est centrée sur les adultes, acteurs de leur propre formation et détenteurs de savoirs liés à leurs pratiques.

La dimension Nord/Sud est, depuis l’origine, une constante forte d’identification du Collège Coopératif de Paris. Dans cet esprit, la rentrée dite « Sud » est surtout destinée à des étudiants boursiers de la Coopération française, qui travaillent en alternance. C’est-à-dire que, durant trois ans, ils vont connaître des phases de regroupements en formation intensive au Collège coopératif, pour repartir entre deux travailler et conduire leur recherche dans leur pays. Ceci explique la phase de deux mois (janvier à mars) de présence au Collège plutôt que les neuf mois d’une année universitaire classique ; cela conduit à programmer un atelier par semaine au lieu d’un atelier par mois, comme c’est le cas pour ceux qui suivent le parcours classique.

Dans le cadre de cette « rentrée sud » de janvier 2002, l’interview selon la méthode DPH a été utilisée à la troisième séance avec un groupe de neuf adultes en formation continue qui, de manière intensive et sur un temps court, doivent produire une question de recherche qui devienne objet d’une description raisonnée dans le cadre d’une monographie.

Le groupe réunit des hommes et des femmes de divers continents. C’est ainsi que, chaque semaine, durant deux mois, quatre Sénégalais, une Gabonaise, un Mozambicain, un Kanak, un Français, une Française (travaillant au Maroc et réalisant sa monographie sur le Mozambique où elle venait de passer plusieurs années) ont, au sein d’un atelier coopératif de recherche-action, identifié leur objet et leur question de recherche dans l’interactivité et la collégialité du groupe. Ces dernières se complexifient par l’accompagnement et la guidance de deux animateurs impliqués dans l’atelier.

La technique mise en ouvre permet de vérifier le rôle essentiel du dialogue comme outil d’émergence des idées, véritable outil de maïeutique s’inscrivant dans la pédagogie du Collège coopératif telle que Henri Desroche l’initie. Il reprend à son compte la formule de Socrate dans le texte de Platon intitulé « Théététe » ou « De la science » :

« Quant à mon art d’accoucher à moi, il a, par ailleurs, toutes les mêmes priorités que celui des sages-femmes ». Mais Socrate ajoutera qu’il s’agit que l’examen porte « sur l’enfantement… des âmes et non… des corps ».

Ainsi, il s’agit de faciliter l’émergence d’un potentiel qui est à la fois culturel et praxéologique (au sens de « science de la pratique » énoncé par Lobrot). Ce modèle qu’Henri Desroche, dans « Entreprendre d’apprendre » nomme « maïeutique » est une « pédagogie des sujets » qu’il oppose au modèle « didactique » considéré comme « pédagogie des objets » L’autobiographie raisonnée est élaborée alors, devenant l’outil majeur que Desroche inaugure pour permettre ensuite l’accouchement de projets.

Dans le cas présent, il s’agit de projets de recherche liés et inscrits dans un parcours de vie. Ceux-ci sont le résultat d’une combinatoire entre le sujet, acteur-chercheur, et un objet de recherche identifié à partir de ce qui fait problème dans la pratique d’acteur. Comme le souligne avec clarté Gaston Bachelard dans le « Nouvel esprit scientifique » : « Au-dessus du sujet, au-delà de l’objet immédiat, la science moderne se fonde sur le projet. Dans la méditation scientifique, la méditation de l’objet par le sujet prend toujours la forme du projet ».

Une telle démarche met en oeuvre une subtile alchimie et trace un chemin dénommé « trajet » par Desroche. Le trajet est à la fois individuel et collégial au sein de l’atelier coopératif de recherche-action.

Le recours à l’interactivité de binômes d’interviewers - interviewés qui, dans un deuxième temps, permutent leurs rôles a permis de dialectiser plus facilement le rapport entre le parcours raisonné du sujet et cette part de la réalité sociale, qu’il veut interroger pour l’analyser et la transformer.

Le groupe, composé en majorité d’Africains entraînés aux subtilités d’une culture orale, va utiliser le dialogue comme élément de rupture et de « rupture épistémologique ». En effet, le besoin de précision et de clarté de celui ou celle qui questionne oblige, celui ou celle qui est questionné à quitter le domaine vague et flou de l’opinion pour s’engager dans celui d’une raison active et féconde.

Les membres du groupe reconnaîtront à l’issue de la séance :

  • avoir clarifié leur objet et leur question de recherche,

  • avoir lié leur autobiographie et le projet de recherche,

  • s’être mutuellement compris.

L’interculturalité du groupe a trouvé, dans ces duos restitués ensuite au grand groupe, une forte caisse de résonance, elle a même engendré des situations cocasses au travers des situations d’inter connaissance. C’est ainsi qu’Edgar s’est étonné qu’Henri, Kanak, venu de Nouvelle Calédonie et animant depuis plusieurs années l’émission de radio Ededo, se présente comme « un chef », il lui dira: « c’est une blague ». Pour Edgar, éducateur de jeunes en banlieue, la notion de chef renvoie au chef de bande et certainement pas au chef coutumier comme l’est effectivement Henri dans sa tribu de l’île de Maré en Nouvelle Calédonie.

Pour chacun et chacune, la question de recherche prend sens dans le parcours de vie et s’arrime dans une pratique sociale. Les interviews facilitent une première articulation à ce niveau, elles vont, à un autre niveau, établir des passerelles entre les membres du groupe d’horizons culturels et professionnels différents. La complicité, et la collégialité mises alors en ouvre deviennent des ferments pour les projets de chacun, enrichis de ceux de tous.

Mots-clés

recherche action, enseignement supérieur, diversité culturelle, dialogue interculturel, formation permanente


, France

Commentaire

Les concepts de « coopération » et « d’inter » du Collège coopératif ont pu dans cet atelier réunissant des adultes en formation continue de différents continents trouver leur pleine mesure grâce aux outils de compréhension que les interviews DPH ont suscité.

Notes

Fiche rédigée à partir de l’expérience de l’auteur et des notes de l’atelier Sud, animé par Pascal Cluseau et Marie-Lise Semblat.

Source

Texte original

Collège Coopératif de Paris - 15 rue Ambroise Thomas, 75009 Paris, FRANCE - Tél. : 33 (0)1 49 49 07 07 - Fax : 33 (0)1 49 49 07 00 - France - www.cc-paris.org - info (@) cc-paris.org

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