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Une lutte de longue haleine pour sauver le plus grand fleuve de l’Inde, le Gange. Deuxième partie

Les Eco Friends montrent l’exemple par des actions concrètes, surveillent les mesures officielles et conçoivent des solutions à long terme

Ina RANSON

12 / 2001

En 1997, les Eco Friends décident de réaliser une action exemplaire. Avec de nombreux volontaires, ils organisent la surveillance systématique du Gange, sur un parcours de 10 km, en impliquant autant que possible des pêcheurs et des petits agriculteurs vivant le long du fleuve. Les Eco Friends espèrent sensibiliser ainsi encore plus de monde et convaincre les agences gouvernementales d’agir enfin et de réfléchir sur des solutions à long terme. Ils déclarent donc le 5 juin (journée mondiale de l’environnement) journée de nettoyage du Gange.

Sur le parcours surveillé, on constate une pollution considérable et on enlève alors 180 cadavres d’hommes ou de bêtes ! Cette action a un impact très important dans les médias. Mais il n’y a aucune réaction de la part des responsables officiels.

Alors Rakesh lance une nouvelle campagne : il écrit des lettres à 150 autorités, à des responsables au niveau local et au niveau de son Etat, aux ministres, à la Cour suprême de l’Inde, à la Cour de l’Etat Uttar Pradesh... La réponse d’une personne influente permet enfin une action décisive. Sur l’initiative d’un juge de la Cour de l’Etat, une procédure légale contre la pollution du Gange est lancée. Elle vise à dévoiler les mensonges du rapport de 1997. La Cour exige la constitution d’un comité chargé d’une enquête approfondie. Celui-ci présentera trois volumes de rapports d’audits confirmant les observations des Eco Friends.

La Cour ordonne la fermeture d’un nombre important d’usines. Sont concernées, entre autres, 150 entreprises de l’industrie du cuir à Kanpur, 150 entreprises du textile à Varanasi, 10 unités de teinture de tapis à Mirzapur. Désormais, les systèmes de pompage des stations d’épuration disposeront enfin d’électricité 24 heures sur 24. Une police spéciale de surveillance est formée pour les localités situées le long du Gange et de la Yamuna. Enfin, la Cour décide aussi de soutenir le lancement d’une "fondation pour le Gange", exempte d’impôts.

L’année 1998 est très difficile pour Rakesh. Il reçoit de nombreuses menaces. "C’est compréhensible, dit-il. Les gens ont eu tellement peur de perdre leur travail. Il leur a fallu du temps pour comprendre qu’il s’agissait de décisions vraiment nécessaires."

Surveiller continuellement les mesures officielles

Le deuxième plan d’action pour le Gange conçu pour compléter le premier et pour réparer ses défauts, est toujours en cours de réalisation. Il concerne plusieurs Etats (Uttar Pradesh, Bihar, Bengale de l’Ouest, Delhi et Haryana). Les Eco Friends font de leur mieux pour surveiller les actions. Cela ne leur est pas rendu facile. A côté des comités d’experts habilités à conseiller les autorités communales, existent, en principe, des "comités de surveillance des citoyens", et un certain nombre de villes ont en effet pris soin de les constituer. Elles y ont invité des scientifiques, des délégués, des fonctionnaires de leur choix, même des volontaires de certaines associations - mais elles n’ont jamais voulu y inclure des Eco Friends. "Les dispositifs de contrôle sont insuffisants, dit Rakesh. Nous demandons que dans chaque communauté, on mette sur pied un organisme permanent qui veille à l’efficacité des mesures prises. Nous en sommes encore loin !"

Des projets à long terme, dans les villes et dans les campagnes

Actuellement, il s’agit de lutter contre les pollutions les plus dangereuses. Mais pour Rakesh et ses amis, il est clair qu’à plus long terme il faudra faire beaucoup plus.

Les Eco Friends ont mené des enquêtes dans 20 villages situés au bord du fleuve, en aval de Kanpur, notamment auprès des plus pauvres, le plus souvent des "intouchables". Presque dans toutes les familles, ils ont trouvé des personnes présentant des eczémas ou de graves affections de l’estomac. Les terres sont partout en train de se dégrader. Non seulement il y a souvent des poissons morts mais le bétail aussi est affecté et meurt parfois pour des raisons inexpliquées. Quant aux nappes phréatiques, sources d’eau potable, elles sont en grande partie très polluées.

Les Eco Friends ont obligé les instances officielles à réagir en alertant les médias et en organisant des manifestations avec les petits paysans dans les rues de Kanpur. Des scientifiques ont été chargés d’analyser l’eau, le lait et les récoltes. Ils ont constaté partout une quantité alarmante de chrome et d’autres substances dangereuses, souvent cancérigènes. Alors le gouvernement local a réagi en installant des stations médicales gratuites. Un des villages a même été adopté par l’armée qui veut y promouvoir un "développement intégré".

Les autorités ont été obligées par la Cour de l’Etat d’installer des stations d’épuration pour 400 usines de l’industrie du cuir. Actuellement, seulement une quarantaine en a été équipée ! "Nous craignons aussi que les mesures d’épuration restent souvent inefficaces, dit Rakesh. A long terme, nous souhaitons que les entreprises polluantes qui longent le Gange soient délocalisées. Les villages vivraient mieux s’ils étaient transformés en villages écologiques où les paysans pratiquent une agriculture biologique. C’est un projet d’avenir. Actuellement, c’est la phase de prise de conscience. Dans chaque village, nous avons aidé à mettre sur pied un comité de 10 personnes, composé de femmes et d’hommes. Ils ont maintenant de plus en plus confiance en leurs propres capacités."

Où Rakesh puise-t-il son énergie pour tous ces combats et projets ? Il sourit : "Je n’ai parlé que de quelques-unes de nos préoccupations. Nous en avons beaucoup d’autres encore : lutter contre l’invasion des sacs en plastique, exiger le dépôt surveillé des déchets toxiques, en particulier un traitement approprié des boues d’épuration, par exemple... Nous menons une lutte qui sera très longue et qui dépassera peut-être le temps de ma vie personnelle. Pourquoi est-ce que je me soucie tant du Gange ? C’est aussi une question spirituelle."

Mots-clés

épuisement des ressources hydriques, pollution de l’eau, éducation à l’environnement, santé et environnement, lutte contre la pollution, traitement de l’eau


, Inde, Kanpur, Gange

Commentaire

Comme d’autres groupes qui ont pris conscience des enjeux de l’avenir, Rakesh se situe dans la tradition du Mahatma Gandhi. Même s’il s’agit encore de groupes minoritaires, leurs luttes sont très probablement décisives pour la réalisation d’un développement durable en Inde.

Notes

Contact : Rakesh K Jaiswal, Eco-Friends, Kanpur 208001, India - rakjai@sancharnet.in

Cette fiche a été rédigée lors de l’Assemblée mondiale des citoyens organisée par l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire, Lille, décembre 2001.

Entretien avec Rakesh K Jaiswal

Source

Entretien ; Articles et dossiers

Down to Earth, 30 nov 1988, p. 40-41. Revue du Centre pour les Sciences et l'Environnement (CSE) à Delhi.; Voir aussi fiche Une lutte de longue haleine pour sauver le plus grand fleuve de l'Inde, le Gange. Première partie. Comment développer une stratégie à long terme pour prévenir la destruction des ressources vitales.

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